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30 Août

Que vaut le nouvel album de Lana Del Rey ?

 

La chanteuse américaine de 34 ans aux airs de pin-up épingle un nouveau disque à son tableau de chasse. Norman Fucking Rockwell  ! est un sixième album puissamment intime qui incarne une certaine Amérique.

Par Violaine Schütz

Once Upon A Time In Hollywood

 

 

Le sixième album de Lana Del Rey, Norman Fucking Rockwell  !, aurait pu emprunter le nom du nouveau Tarantino : Il était une fois à Hollywood. La chanteuse à l'eye-liner sixties sait mieux que personne nous replonger dans une pop comme on en faisait en Californie, au temps des Beach Boys et des surf records. Un disque qui aurait pu sortir avant l'assassinat de Sharon Tate, quand on laissait ses maisons ouvertes et qu'on conduisait des bagnoles à toits ouvrants, les cheveux au vent. Mais si le soleil berce les ballades de Del Rey, elle ne se départit jamais de sa mélancolie, ni de sa nostalgie. Le doux-amer est devenu sa marque de fabrique, tout comme ses cheveux hollywoodiens et ses micro-shorts. Car Lana le sait : cette Amérique de starlettes et de loosers majestueux qu'elle chante si bien n'existe plus. Et Lana susurre ses refrains avec des tremolos dans la voix telle une Cat Power – sa grande amie – pour millennials. Parmi les flammes du déclin, elle s'impose en guide inespéré : “You lose your way, just take my hand”, chante-t-elle sur Marines Apartment Complex. Et évidemment, on la suit cette prêtresse au fard néon.

Lana Del Rey – “Doin’ Time”

Labyrinthe de références

 

À l'heure où le streaming et Internet n'étaient que chimères, quand on achetait un disque, chaque détail de la pochette ressemblait à une porte ouverte pour partir à la conquête de l'univers de l'artiste. Norman Fucking Rockwell ! est de cette trempe. Lana a laissé à l'auditeur des clés à découvrir au fil des écoutes, distillant les indices et références à la pop culture au compte goutte. En bonne fan de Lynch, la diva aime brouiller les pistes. Il y a d'abord ce titre qui fait référence à un artiste : Norman Rockwell, peintre américain qui caricaturait l' American way of life. Puis on se penche sur cette étrange pochette où elle pose à côté de Duke Nicholson, le petit-fils de Jack Nicholson, sur un bateau, avec un décor californien rongé, au loin, par le feu. Jack Nicholson était le héros de Shining et d'Easy Driver : soit le visage le plus noir des déviances de l'Amérique. Del Rey en profite aussi pour régler – dans ses paroles – ses comptes avec Kanye West et évoquer Sylvia Plath et Life On Mars de David Bowie. Ce n'est pas juste une chanson dit-elle de cette dernière. Un commentaire sur notre monde devenu aussi irréel que la planète mars ?

“Love Song” – Lana Del Rey

Mise à Nue

 

On a beaucoup reproché à Lana Del Rey, quand elle est apparue en 2011 dans le clip éthéré de Video Games, d'être une créature retouchée, à la limité du cliché et trop formatée. Des lèvres gonflées, des robes de poupée et des minauderies vintage qui appartiennent désormais au passé. Il suffit d'écouter l'un des plus beaux morceaux du disque, Love Song, pour se rendre compte que la Lana 2019 est du genre folk dépouillé plus que glam pop. Avec l'aide de Jack Antonoff (qui a travaillé avec Taylor Swift, Lorde, Pink et St Vincent) à la production, l'égérie du parfum Gucci Guilty a gardé sa aura poétique et sexy mais s'est débarrassée de ses coquetteries. Guitare, piano, voix, histoires d'amours contrariées et désarroi politique : le terreau est aussi simple qu'hypnotique. Mais la chanteuse s'est aussi délesté de tout stéréotype. Pas de tubes évidents, des clips à rallonge façon films... Et surtout, qui peut encore dans la pop d'aujourd'hui – et à son niveau - se targuer d'un morceau psyché de presque 10 minutes comme le sublime Venice Bitch ? A part Lana Fucking Del Rey ?

 

 

Lana Del Rey, Norman Fucking Rockwell [Polydor], disponible.

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