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Numéro
28 Les Calamités

Les Calamités, le groupe de rock féminin des eighties validé par Etienne Daho et réédité par le label Born Bad

Musique

Véritable curiosité, les Calamités sont un groupe de filles (comprenant un garçon) français des années 80 qui vient d’être réédité par le label branché hexagonal Born Bad (Zombie Zombie, La Femme, Marietta, J.C Satàn, Bryan’s Magic Tears). Fraîche, moderne, naïve, efficace et un brin kitsch, leur musique pop-rock-punk chantée dans la langue de Molière ou en anglais et adulée par Etienne Daho, n’a pas pris une ride. Portrait d’un trésor caché.

Dans les années 80, en France, il existe des groupes déments dont la leadeuse est une fille : Elli & Jacno, Niagara, les Rita Mitsouko… Mais très peu de formations sont presque exclusivement féminines. Les Calamités, groupe fondé à Beaune, en Côte-d'Or, en 1982, fait donc office de petite curiosité. Composé de trois filles (et d'un garçon), il fait à l’époque l’effet d’une bombe, partout où il se produit. Isabelle Petit (guitare, chant) et Odile Repolt (guitare, chant) nous expliquent, via Zoom : "À l’époque, on détonnait avec nos looks - on achetait nos boots à Londres - et le fait qu'on soit des filles jouant du rock. Les groupes de mecs étaient bienveillants avec nous, la plupart du temps. Mais certaines personnes venaient aux concerts pour vérifier si on savait vraiment jouer d’un instrument."

 

En 1984, les Calamités, des adolescentes qui s’étaient rencontrées dès le lycée, et s’ennuyaient dans leur région, sortent un album intitulé À bride abattue, une merveille pop-rock-punk-chanson d’une fraîcheur demeurée intacte. Alors que nous en sommes en pleine période new wave, elles créent la surprise en s'inspirant des mélodies sucrées et innocentes des girls groups des années 60 et en chinant leurs vêtements en Angleterre. Publiée sur le label indépendant culte New Rose, leur musique aux paroles naïves et pleines d’humour (qui parlent le plus souvent de garçons) permet aux Calamités de tourner un peu partout en France. Amies avec les groupes phares de l’époque comme les Dogs, Niagara ou les Olivensteins, elles se séparent pourtant en 1988, quand Caroline Augier, leur bassiste, part vivre en Angleterre. Elle va y retrouver un membre du groupe londonien de rock et de surf nommé The Barracudas. L’amour, toujours…

@ Born Bad Records @ Born Bad Records
@ Born Bad Records

Le groupe n’aura à son actif qu’un vrai succès commercial, Vélomoteur (écoulé à 350 000 exemplaires), qui restera seize semaines dans le Top 50 en France, mais leur maigre discographie regorge de tubes instantanés comme l’irrésistible Toutes les nuits, Malhabile ou Le Supermarché. Elles ont aussi connu leur quart d'heure de gloire aux États-Unis sous le nom de The Calamities. Aujourd’hui réédité sous forme de compilation par le label branché hexagonal Born Bad Records (La Femme, Zombie Zombie, Marietta, J.C Satàn, Bryan’s Magic Tears), leur œuvre n’a pas pris une ride.

 

C’est le chanteur Etienne Daho, un de leurs plus grands fans, qui résume le mieux, dans le communiqué de presse qui accompagne le disque, l'aura magique des Calamités : "Cet album (À bride abattue) était absolument tout ce qui me plaisait. Des compos géniales, urgentes et bien troussées. Des textes fins et malicieux, un son lo-fi spectorien (du nom du producteur américain Phil Spector) comme dans les sixties avec des voix angéliques et tout plein d’harmonies. Sur la pochette, un girl group d’étudiantes en jupes serrées, queues de cheval et escarpins, qui balançaient leurs titres avec l’air de ne pas y toucher." Muriel Moreno, la chanteuse de Niagara, dira aussi au sujet de la formation, juste après leur séparation : "Il n’y a qu’un bon groupe de filles français, Les Calamités, mais elles préfèrent s’occuper de leurs études." Alors qu’Odile et Isabelle des Calamités ont totalement délaissé la musique - notamment pour travailler pour l’Office national des forêts - leurs mélodies insouciantes et charmantes font un bien fou à (ré-)entendre.

 

Encore 1983/1987 (2022) des Calamités, disponible en CD, sur YouTube et en vinyle chez Born Bad Records.