Propulsé par l’émergence de la musique électronique, le sample est devenu un langage musical à part entière. Le musicologue Christian Béthune confirme: “Échantillonner, c’est donner à voir sur un autre plan différentes qualités que, pour diverses raisons, l’objet échantillonné n’est pas actuellement en mesure de faire valoir.” Celui qui sample doit assembler un meuble en kit sans la moindre anicroche, sculpter le son, le (re)composer. Ainsi, dans son titre A$AP Forever (2018), A$AP Rocky reprend les accords du Porcelain de Moby, composé 20 ans plus tôt. Il en accélère la mélodie, change la hauteur de la tonalité et va jusqu’à créditer l’auteur du morceau, à savoir Moby. L’hommage du rappeur new-yorkais est clair, net et précis. Sauf que le titre Porcelain a lui-même été construit à partir d’un extrait du morceau Fight for Survival (1960) d’Ernest Gold…

 

Même cas de figure quelques années plus tôt lorsque la chanteuse Rihanna intègre, dans son titre Please Don’t stop the music, la ritournelle : “Mama-say, mama-sa, ma-ma-ko-ssa” extraite du Wanna Be Starting Somethin’ (1982) de Michael Jackson. L’hommage est clair, net et précis… jusqu’à ce que le saxophoniste camerounais Manu Dibango sorte de l’ombre et revendique la paternité de la rengaine issue de Soul Makossa (1972). “Michael est incroyable, comment peut-on être malhonnête comme cela ?, s’émeut Manu Dibango face aux caméras du Parisien en 2009. Dans les années 70, on a constaté que les gens devenaient fous dès que l’on jouait ce titre en concert. Ils enlevaient leur chemise, il sortaient les briquets… mais ça s’arrêtait là. Nous n’aurions jamais pensé que ce morceau deviendrait un tube.” Et de poursuivre : “S’il m’avait crédité à la sortie de son morceau en 83, il n’y aurait eu aucun problème. Tu peux gagner de l’argent avec ton disque dès lors que le compositeur gagne sa vie lui aussi. Mais ces gens-là prennent tout pour eux et ne laissent rien aux autres.

 

Le 3 février 2009, Manu Dibango poursuit Sony BMG, Warner et EMI en justice, les maisons de disques de Michael Jackson et de Rihanna, pour utilisation du thème de Soul Makossa sans autorisation de son auteur. Quinze jours plus tard, le tribunal rend sa décision: il classe l’affaire sans suite. La procédure judiciaire s’achèvera finalement à l’amiable avec un arrangement financier entre les maisons de disques et le saxophoniste. Plus tard, Manu Dibango relativisera face à un journaliste de TV5 Monde : “Finalement, Michael Jackson a fait revivre cette chanson. Il a écouté la musique de Manu, il a aimé, il a pris. Il y a eu un procès, il y a eu des arrangements… mais comme on dit: ‘à grand artiste grands problèmes’.