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Oasis: le jour où Maradona a menacé de tirer sur les frères Gallagher

Musique

Disparu à la suite d’un arrêt cardiaque ce mercredi 25 novembre, Diego Armando Maradona n’était pas seulement une légende du football argentin, c’était une rockstar, capable d’intimider les indécrottables frères Gallagher du groupe Oasis en menaçant de leur faire tirer dessus, lors d’une soirée brûlante à Buenos Aires. 

Diego Maradona, vainqueur de la Coupe du Monde 1986 avec l'Argentine, Mexico © Flickr

Lorsque les frères Gallagher remarquent l’arrivée de Diego Maradona dans un bar de Buenos Aires, où ils se trouvent pour fêter la fin de la tournée sud-américaine qu’ils ont entamé quelques semaines plus tôt avec leur groupe Oasis en 1998, les souvenirs remontent à la surface. En 1986, celui qu’on surnomme “El Pibe de Oro” (le gamin en or) a anéanti les espoirs de tout un peuple en éliminant l’équipe d’Angleterre en quart de finale de la Coupe du Monde de football, sous la chaleur écrasante de Mexico. Cinq petites minutes auront suffit à l’argentin pour entrer dans la légende, en marquant un premier but de la main – la fameuse “main de dieu” – avant de partir du milieu de terrain pour éliminer la moitié de l’équipe adverse et marquer un but considéré par beaucoup d’amateurs de football comme le but du siècle. 

 

Le genre de souvenir qui laisse des traces, surtout quand on a 19 et 14 ans, et que l’on est aussi entiché de ballon rond que Noel et Liam Gallagher, supporters du club anglais de Manchester City depuis l'enfance. Mais lorsque l’on se trouve dans le même bar qu’un footballeur aussi légendaire que Diego Maradona, tout cela n’a plus aucune importance. Les enfants terribles du rock anglais mettent leur ego de côté et gagnent avec quelques amis l’étage du bar où se trouve Maradona, en bonne compagnie. Dans une interview accordée à un média britannique, Liam Gallagher raconte, entre les innombrables fuckin’ qui ponctuent ses phrases, que seuls les deux frères ont été autorisés à entrer, le temps d’une photo. 

 

Entre les mannequins et les traînées de poudre qui s’accumulent sur les tables, les deux frères découvrent alors Maradona, les yeux exorbités, suant à grosses gouttes, en train de jongler et dribbler avec un bouchon de bouteille. Après une rapide photo, les deux membres d’Oasis sont priés de quitter la fête. Un proche de Maradona les accompagne vers la sortie et confie d’un ton menaçant : “Diego m’a dit que si vous approchiez l’une des femmes qui l'accompagnent, il vous fera tirer dessus”. “On a rencontré Maradona deux fois, et c’était un vrai connard, effrayant et magnifique (...) un soldat dont aucun footballeur n’atteindra jamais le niveau” se souvient Liam Gallagher au moment de rendre un dernier hommage au Pibe de Oro sur Twitter.

Aussi explosif balle au pied que verre à la main, Diego Armando Maradona est en effet le genre de personne qui peut vous faire tirer dessus. Un “ange à la figure sale” élevé au rang de divinité lors de son arrivée à Naples en 1984, où 75 000 spectateurs étaient venus à sa rencontre dans l’enceinte du stade San Paolo. À Naples, Maradona marche sur l’eau, apporte aux supporters deux titres nationaux et un titre européen en sublimant à lui tout seul une équipe jusqu’ici moyenne. En retour, ses coéquipiers fournissent leur urine pour l'aider à passer les tests anti-dopage... 

 

Car en dehors du football, des facettes plus obscures de la personnalité de Maradona gagnent du terrain. L’idole du peuple napolitain se perd dans des soirées endiablées, semblables à celle découverte par les frères Gallagher quelques années plus tard. Un parrain de la mafia locale, Carmine Giuliano, le protège mais le fournit également en prostituées et cocaïne. Déjà bouleversé par l’arrivée d’un enfant issu d’une relation extraconjugale, qu’il refuse de reconnaître, Maradona est condamné à quinze mois de suspension par la ligue italienne en 1991, après avoir été testé positif à la poudre blanche lors d’un énième contrôle antidopage. 

 

Le mythe plie mais ne rompt pas. Avec la mauvaise foi qui leur est chère, les amateurs de football expliqueront certainement que les démons du joueur ont participé à définir les contours de sa légende.“Si Andy Warhol était encore vivant, il aurait sans aucun doute mis Maradona dans ses sérigraphies, aux côtés de Marilyn Monroe et de Mao Tsé-toung” remarque avec humour le cinéaste Emir Kusturica, qui lui a consacré un documentaire en 2008. Les dirigeants napolitains viennent d’annoncer que le stade San Paolo, nommé à la grâce du saint protecteur de la ville de Naples, allait être renommé en l’honneur de Maradona. Preuve qu’au moment de partir, le gamin de Buenos Aires est plus que jamais devenu une divinité, à qui les anges vont devoir faire de la place.