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14 Janvier

Le jour où Warhol est devenu le serviteur de Miles Davis

 

En février 1987, à l’occasion d’un défilé au sein d’un night-club mythique de Manhattan, le trompettiste Miles Davis lance un regard noir à l’artiste Andy Warhol et lui ordonne de porter sa cape devant une assistance médusée…

Par Alexis Thibault

Gentleman flambeur, le trompettiste Miles Davis a révolutionné le jazz avant de s’attaquer aux autres genres musicaux avec une adresse délirante. Du funk au zouk caribéen de Kassav, du bebop des années 40 au prémices du rap initié maladroitement par les gamins des rues de New York… Ce compositeur irascible changera de cap à chaque nouvel album – plus d’une quarantaine de 1948 à 1991, année de son dernier souffle.

 

Le trompettiste fait volte-face et lance un regard noir à son ami en vociférant : “Andy, ramasse ma putain de cape. 

 

Miles Davis a 61 ans en février 1987. Il participe au défilé du créateur japonais Koshin Satoh sous les lueurs orangées du Tunnel, night-club emblématique de Manhattan où Larry Clark tournera une scène de son Kids sept ans plus tard, où le personnage principal de l’American Psycho de Bret Easton Ellis avait ses habitudes… Le jazzman déteste toujours autant la foule. Mais ce soir-là, il fait une exception et accepte de défiler pour l’événement en compagnie d’Andy Warhol, un ami proche. Les deux hommes présentent différentes pièces toute la soirée jusqu’au grand final, pour lequel Miles Davis enfile un lamé or doté d’une longue cape bouffante. Le musicien a toujours eu de l’allure, mais habillé ainsi, il est tout simplement “divin” selon Warhol.

Lorsque Miles Davis quitte sa loge, il grimace comme si quelque chose l’empêchait de se déplacer. Et pour cause, sa cape traîne par terre. Le trompettiste fait volte-face et, pris par le stress et l’excitation, lance un regard noir à son ami en vociférant : “Andy, ramasse ma putain de cape.” 

 

Autour d’eux, personne n’ose prononcer le moindre mot. D’autant que la garde rapprochée du père du pop art est plutôt vexée que quelqu’un – aussi talentueux soit-il – ose s’adresser de la sorte à son patron. Mais, contre toute attente, Andy Warhol esquisse un large sourire et acquiesce sans jeter un seul regard à l’assistance décontenancée. Les deux hommes s’engagent alors dans l’allée, Miles Davis devant, trompette en bouche, et Andy Warhol sur ses talons, le bout de sa cape interminable entre ses mains. Autour d’eux, le public rugit, conquis par le défilé et la scène insolite qui se déroule devant ses yeux… Andy Warhol ne cachera jamais l’amitié mêlée d’admiration qu’il entretenait avec Miles Davis. Le maître du pop art s’éteint quelques jours plus tard.

 

Découvrez la critique du documentaire Miles Davis : Birth of the cool.

 

D’après Miles & Me [Le Castor Astral] de Quincy Troupe (2000).

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