C’est au beau milieu d’une plage bordée d'une impressionnante falaise que Nakhane se réveille dans un cercle de fleurs, vêtu d’un costume rose pale en satin brodé. Un maquillage bleu pailleté accentue son regard pénétrant et son corps androgyne et gracieux s’abandonne finalement au rythme de "New Brighton", une liturgie spirituelle aux touches world mâtinées de pop, où Nakhane s’affranchit de Dieu. Portrait d'une résurrection. Captivés, on se laisse emporter par l'artiste à l'allure de Bowie qui nous emmène dans un somptueux pavillon à l’abandon, où les meubles emballés sont comme des reliques de son passé, un passé fortement marqué par la religion qu’il a décidé d’abandonner dans un désir d’émancipation. Celui qui a quelque chose de divin redevient humain, assis dans une chambre à la décoration surannée, à nouveau entouré de fleurs et d’objets religieux (statuette de la vierge, chapelets, croix), où il caresse, l’air endeuillé, la photo d’un gamin — lui, sûrement — et celle d’une iconographie. 

 

Son renoncement à la foi chrétienne, Nakhane en fait le thème majeur de son album, dont le titre, You Will Not Die, lui est venu après un rêve : “Une nuit, j’ai rêvé qu’une voix me donnait une date, celle de ma mort. Je ne vais pas vous dire laquelle, mais tout d’un coup, moi qui ne vivais que dans la peur du châtiment divin, j’ai eu la certitude que je ne mourrai pas demain, ni dans dix ans. Ç’a été une incroyable libération. J’ai décidé de rattraper le temps perdu, de vivre enfin ma vie.” Et ce silence, qui vient soudainement remplacer la prière, ce dialogue ininterrompu avec Dieu, Nakhane ne peut le combler que par la musique. Si, autrefois, elle était essentiellement acoustique, Nakhane puise désormais dans l’électro des clubs gays qu’il réinvente avec brio. 

 

Actuellement en tournée, Nakhane sort le 26 octobre une édition collector de son album You Will Not Die, une version enrichie de six nouveaux titres dont le titre New Brighton, en featuring avec l'Anglaise Anohni (Antony and the Johnsons), où la sensualité et l'intensité des voix se mêlent harmonieusement à l'énergie d'une pop électro nappée de synthés.