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Numéro
18 Hommage à Nicolas Ker, rockeur subversif et collaborateur d’Arielle Dombasle disparu tragiquement

Hommage à Nicolas Ker, rockeur subversif et collaborateur d’Arielle Dombasle disparu tragiquement

MUSIQUE

Leader du groupe Poni Hoax, le musicien Nicolas Ker est décédé le 17 mai à l’âge de 50 ans. En mars 2020, la chanteuse, actrice et vidéaste Arielle Dombasle racontait à Numéro la vie tumultueuse de ce rockeur torturé, véritable icône de l’underground, et évoquait leur collaboration sur son album Empire.

Nicolas Ker et Arielle Dombasle. Photo: Charlélie Marangé. Nicolas Ker et Arielle Dombasle. Photo: Charlélie Marangé.
Nicolas Ker et Arielle Dombasle. Photo: Charlélie Marangé.

En mars 2020, la chanteuse Arielle Dombasle présentait à Numéro son nouvel opus, Empire, collaboration avec le chanteur de Poni Hoax, Nicolas Ker. Une figure incontournable du post-punk français, disparue ce lundi 17 mai à l’âge de 50 ans. Cet album noir conviait les spectres du rock gothique chers au poète torturé, né au Cambodge en 1970. Une véritable icône de l’underground qui aura signé quatre albums avec le groupe Poni Hoax : Poni Hoax (2006), Images of Sigrid (2008), State of War (2012) puis Tropical Suite (2017). On lui doit également un album solo en 2016 – Les Faubourgs de l’exil – et deux projets en duo avec Arielle Dombasle : La Rivière Atlantique en 2017 et Empire trois ans plus tard. Hommage à Nicolas Ker en trois questions à son amie Arielle Dombasle…

 

 

Numéro: Avez-vous rencontré Nicolas Ker dans un lieu peu recommandable et bourré d’anecdotes ?

Arielle Dombasle: Peu recommandable, je ne crois pas ! C’était au Cirque d’hiver, un endroit légendaire et mythique qui nous a permis d’emprunter le chemin des éléphants. On m’avait proposé de chanter avec Poni Hoax pour un spectacle burlesque en septembre 2014. Vous savez, ces filles compagnes de Dita Von Teese qui ont joué dans le film Tournée de Mathieu Amalric. Avec Nicolas, nous nous sommes tout de suite très bien entendus : il m’a parlé de Pasolini, de Tarkovski, des frères Karamazov, de David Lynch, et de bien d’autres choses passionnantes.

 

Arielle Dombasle, Nicolas Ker - “Just Come Back Alive”

Dans le communiqué de presse qui accompagnait votre album, Empire, le journaliste Benoît Sabatier posait une question que je vous retourne : les couples les plus mal assortis sont-ils destinés à créer les œuvres les plus terrassantes ?

Nous sommes à la recherche de l’altérité depuis Aristophane. La recherche de l’autre est indispensable mais il faut bien évidemment que cette altérité soit désassortie. Moi je viens du Bel canto, du Conservatoire de musique, du blues, des cantiques, de la soul, mais je n’avais jamais fait du “rock gothique new wave” comme cela. En fin connaisseur des années 80, Nicolas Ker m’a initiée à David Bowie, à Morrissey, aux Smiths, à Joy Division, aux Stooges, à Nike Cave, au Velvet Underground (surtout du début)… un rock mélodique, gothique et noir qui m’a passionnée. Cette album s’adresse probablement aux mêmes personnes que La Rivière Atlantique [2017]. On me parle souvent de culture de niche, pourtant, le public de nos concerts est très éclectique. Il y a des individus qui viennent me voir et d’autres qui se ruent sur Nicolas qui est une bête de scène. Je crois que cet album s’adresse à ceux qui aiment l’électro, ceux qui aiment The Cure, David Bowie, The Doors, The Police, PJ Harvey, Nike Cave, ceux qui aiment l’électro berlinoise, mais surtout, cet album s’adresse aux gens sensibles.

 

 

Selon vous, qui avez longtemps côtoyé Nicolas Ker, l’esprit rock a-t-il totalement disparu, ou peut-on encore être subversif ?

Nicolas n’a pas l’esprit rock, Nicolas est un punk. Un être moral qui ne serait jamais subversif avec les faibles et les gentils. C’est une sorte d’Artaud moderne. Je vous rappelle qu’il est un prince cambodgien : son grand-père était le chef du protocole du roi Norodom Sihanouk et sa mère est tombée amoureuse du proviseur du lycée français. Toute sa famille a été exécutée, on a retrouvé leurs têtes dans des sacs plastique. Les bombes, les Khmers rouges… il s’en est sorti et a fait maths sup’ avant de faire du rock. Nicolas est un personnage romanesque archi traumatisé. Reconnaissez qu’il n’a rien d’un rockeur en carton-pâte qui se jette sur un canapé en cuir, une canette de bière à la main, pour faire genre.