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5 choses que vous ne savez (peut-être) pas sur le colossal “Nevermind” de Nirvana qui fête ses 30 ans

Musique

Le 24 septembre 1991, soit il y a 30 ans exactement, sortait Nevermind, le deuxième album de Nirvana au succès aussi inattendu que tonitruant. Retour sur les recoins méconnus du chef-d'œuvre grunge qui a autant changé le rock et la pop culture que notre façon de nous habiller.

1. Une déflagration inattendue

 

Quand Nirvana sort Nevermind, le grunge n’est pas encore l'esthétique puissante qu’il deviendra. Et surtout cette musique mélangeant punk, metal et rock indépendant par essence anti-establishment était tout sauf commerciale. D’ailleurs, le label du groupe, Geffen Records, n’espérait pas des chiffres de ventes aussi dantesques. Bleach (1989), le premier album de Nirvana n’avait pas dépassé les 40 000 exemplaires vendus avant l’explosion du son de Seattle. Si Nevermind s’était écoulé à 250 000 copies, comme le Goo (1990) de Sonic Youth, aussi publié par Geffen, le label se serait déjà estimé heureux. Sauf que l’album de Nirvana va réussir un véritable exploit en parlant, comme personne ne l’avait jamais fait, à une jeunesse aussi désoeuvrée que son leader. En incarnant à la perfection le vague à l’âme des kids des années 90, Nevermind, réalisé avec un budget de 65 000 euros, va se vendre à plus de 30 millions d'exemplaires, détrônant un an après sa sortie le Dangerous (1991) de Michael Jackson en haut des charts. Sauf que ce qui aurait pu être une excellente nouvelle pour un groupe lambda va signer le début de la fin pour Kurt Cobain, ancien ado torturé et timide qui ne s’est jamais imaginé en héraut de toute une génération. Et surtout pas, selon ses mots  “en produit de consommation courante diffusé en heavy-rotation sur MTV.

2. Un lien étroit avec les féministes

 

Kurt Cobain n’hésitait pas, dès qu’il en avait l’occasion, à fustiger les propos homophobes et sexistes. Il avait un jour déclaré : “S’il y a parmi vous des gens qui détestent les homosexuels, les gens d'une autre couleur ou les femmes, s'il vous plaît, foutez-nous la paix ! Ne venez pas à nos concerts et n'achetez pas nos disques.”  Dans cet esprit, peu courant à l’époque dans un milieu du rock très macho, Nevermind entretient un lien très fort avec les riot grrrls, ces musiciennes punk féministes des années 90. Plusieurs chansons (dont Drain You et Lounge Act) ont été inspirées par l’ancienne petite-amie de Kurt Cobain, Tobi Vail, qui a fait partie du groupe riot grrrl Bikini Kill. Quant à Smells Like Teen Spirit, la phrase lui a été soufflée par Kathleen Hanna, leadeuse de Bikini Kill et icône girl power. Après une discussion nocturne avec Cobain à propos de l’anarchisme et du féminisme, elle avait tagué sur un mur : "Kurt Smells Like Teen Spirit". Elle ne faisait alors pas référence à l’adolescence, mais à Teen Spirit, une marque de déodorant féminin porté par Tobi Vail.

3. Une pochette controversée

 

Avant que le “Nirvana Baby, Spencer Elden, ne porte plainte cette année contre l’utilisation de son image - sans son consentement - sur la pochette de Nevermind, cette dernière avait déjà inquiété Geffen. Les patrons du label et les disquaires avaient suggéré d’ajouter un autocollant noir sur le sexe de l’enfant. Kurt Cobain aurait alors répondu, que dans ce cas, il fallait aussi ajouter la mention : “Si cela vous choque, c'est que vous êtes un pédophile qui s’ignore.”  Selon la légende, le chanteur était obsédé par les accouchements aquatiques (et les grossesses) et aurait voulu, au départ, illustrer l’album avec une image d’accouchement qui aurait sans doute été encore plus polémique.

4. Des influences new-wave un peu trop prononcées

 

Le riff ténébreux de Come As You Are a bercé les ados des années 90. Mais ceux qui ont bien connu la new wave des années 80 ont été frappés par sa ressemblance avec un morceau du groupe britannique gothique Killing Joke intitulé Eighties (1985). Suite au suicide de Kurt Cobain, le groupe a renoncé à porter l’affaire devant les tribunaux. En 2003, Dave Grohl, ex-batteur de Nirvana, leader des Foo Fighters et grand fan de Killing Joke, a accepté de jouer gracieusement sur un album de la formation.

5. Une release party punk et symbolique

 

Lors de la release party organisée par leur label, Nirvana auraient dû être les grandes stars de la soirée. Sauf que les festivités qui avaient lieu en 1991 dans un petit bar de Seattle se sont rapidement compliquées. Éméchés, les membres du groupe se sont livrés à une bataille de nourriture, incluant une pastèque remplie de vinaigrette. Gêné par les mondanités, le trio s’est finalement vu reconduire à la porte. Une tournure punk qui reflète bien l’esprit anticonformiste du groupe. Au sommet de son succès, le trio continua à montrer qu’il n’était pas d’accord avec le statut d’idole dont on l’affubla en brisant des guitares dans des salles de concert noires de monde.

 

Réédition de Nevermind (2021) sous forme de coffret comprenant 5 disques et 1 DVD, disponible le 12 novembre prochain chez Universal.