Dans son nouveau clip Clout, Offset arbore une chevelure qui oscille entre un hommage aux rappeurs des nineties et Couette-Couette dans le dessin animé Les Razmoket. Sur un fond jaune poussin à s’en bruler les rétines, il se laisse chevaucher par sa femme, Cardi B, qui par un twerk sulfureux rappelle qu’elle n’a jamais connu l’expression “société patriarcale”. Extrait de son récent album solo Father of 4, le rappeur d’Atlanta quitte un temps la clique Migos pour une trap assourdissante qui épuise les codes du genre : style, sexe et influence.

 

Au-delà de toute métaphore, le groupe Migos est, de fait, une aventure familiale : Offset, né Kiari Kendrell Cephus à Lawrenceville, dans l’État de Géorgie, est le cousin de Quavo, né Quavious Keyate Marshall à Athens, Géorgie, lui-même oncle de Takeoff, né Kirshnik Khari Ball, également à Lawrenceville. Ensemble, les trois rappeurs ont mené une véritable révolution au sein de leur genre, le hip-hop, en mêlant leur inventivité rythmique unique et leur compréhension brillante des mécanismes de la pop culture contemporaine. À partir de 2013, le groupe se distingue immédiatement par son triplet flow, le flowternaire, dénommé dès lors le “Migos flow”. Alors que le rap s’est construit sur des rythmes binaires, les trois complices créent un phrasé plus chaloupé, plus libre, qui joue avec le beat et semble le défier. Outre leur parfaite complémentarité et leur virtuosité dans les freestyles, les improvisations typiques du hip-hop, les Migos structurent leurs morceaux autour du principe d’appels et de réponses hérité de l’histoire de la musique noire – du gospel au jazz en passant par le blues – et transforment ce principe en un système ironique ou quasi-autoparodique qui fait de leur musique un produit déjà pop. Ils systématisent ainsi l’utilisation des “ad-libs” [onomatopées qui habillent les morceaux de rap], et ponctuent leurs chansons d’une collection de “Mama!”, “Skrrt!”, “Woo!” et autres interjections. Les critiques musicaux, volontiers conservateurs, crient au désastre, à l’appauvrissement du genre et à la perte du talent de parolier qui a fait la grandeur du rap. En termes d’image et de look, les Migos font preuve de la même capacité, typique des millennials, à penser les choses à la fois au premier et au quinzième degré.