L’histoire de la pop music retentit de séparations fracassantes de groupes à succès, sur fond de guerres d’ego et de lancements de carrières solos. Véritable exception culturelle sur de nombreux terrains, le hip-hop a toujours su nourrir ses valeurs fondamentales, l’unité et la fraternité – ce qui n’a pas empêché de tragiques et sanglantes guerres fratricides. Lorsque Offset, membre du trio américain Migos, nous rencontre pour évoquer la sortie de son premier album en nom propre, il ne manque donc pas de rappeler que son escapade solitaire ne remet pas en cause son attachement au groupe qui l’a fait émerger. “Mon envie de faire un album personnel est assez récente, elle n’est pas venue d’un sentiment de manque ou de frustration. C’est quelque chose de purement positif, je me suis simplement dit : ‘Il est temps de montrer au monde ce que tu peux faire par toi-même.’ L’essentiel pour moi restera toujours le groupe. C’est là d’où je viens, c’est ma famille. Et la famille, c’est tout ce qui m’importe.

 

 

“Aujourd’hui la mode est ce qui te démarque d’un autre artiste. La manière dont tu t’habilles démontre ta considération vis-à-vis de toi-même. Une tenue à 50 dollars peut sembler en valoir 5000 en fonction de ton attitude et de ta façon d’interpréter ce que tu portes.”

 

 

Au-delà de toute métaphore, le groupe Migos est, de fait, une aventure familiale : Offset, né Kiari Kendrell Cephus à Lawrenceville, dans l’État de  Géorgie, est le cousin de Quavo, né Quavious Keyate Marshall à Athens, Géorgie, lui-même oncle de Takeoff, né Kirshnik Khari Ball, également à Lawrenceville. Ensemble, les trois rappeurs ont mené une véritable révolution au sein de leur genre, le hip-hop, en mêlant leur inventivité rythmique unique et leur compréhension brillante des mécanismes de la pop culture contemporaine. À partir de 2013, le groupe se distingue immédiatement par son triplet flow, le flow ternaire, dénommé dès lors le “Migos flow”. Alors que le rap s’est construit sur des rythmes binaires, les trois complices créent un phrasé plus chaloupé, plus libre, qui joue avec le beat et semble le défier. Outre leur parfaite complémentarité et leur virtuosité dans les freestyles, les improvisations typiques du hip-hop, les Migos structurent leurs morceaux autour du principe d’appels et de réponses hérité de l’histoire de la musique noire – du gospel au jazz en passant par le blues – et transforment ce principe en un système ironique ou quasi autoparodique qui fait de leur musique un produit déjà pop. Ils systématisent ainsi l’utilisation des “ad-libs” [onomatopées qui habillent les morceaux de rap], et ponctuent leurs  chansons d’une collection de “Mama!”, “Skrrt!”, “Woo!” et autres interjections. Les critiques musicaux, volontiers conservateurs, crient au désastre, à l’appauvrissement du genre et à la perte du talent de parolier qui a fait la grandeur du rap. En termes d’image et de look, les Migos font preuve de la même capacité, typique des millennials, à penser les choses à la fois au premier et au quinzième degré. Avec ses vêtements toujours assortis, son port systématique de lunettes noires, ses accumulations de bijoux et de motifs chatoyants, le groupe promulgue dès son apparition sur les radars en 2013, avec les hits Versace et Hannah Montana, une image de marque parfaitement unifiée. Les grincheux parlent d’un rap pensé uniquement pour faire la fête, ou pour être joué dans les strip clubs qui sont légion à Atlanta. Internet se chargera de faire passer les Migos au rang de nouveau phénomène mondial, qui divise et déchaîne les passions.

 

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