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Qui est Orville Peck, le cowboy queer qui casse les codes de la country ?

Musique

En 2019, le cowboy masqué Orville Peck débarque tel un ovni sur le devant de la scène country. Avec son premier EP intitulé “Pony”, le chanteur ouvertement queer bouscule les codes d’un genre musical parfois jugé étriqué et désuet.

S’il y a bien une notion clé pour comprendre la musique country, c’est celle de la tradition. Caractéristique du sud des États-Unis et des provinces maritimes du Canada, la country est parfois surnommée le “blues des blancs”, renvoyant alors à des pratiques culturelles propres à ces régions d’Amérique. Si le genre musical ne s’est jamais vraiment exporté de notre côté de l’Atlantique, il s’est imposé aux États-Unis comme style principal, devenant un symbole du pays au niveau international. La country est caractérisée par l’utilisation du banjo, de l’harmonica, de la guitare et du violon, prônant des valeurs conservatrices au niveau social, familial et religieux. Son public est parfois désigné par le terme “white trash”, cette classe populaire du sud des États-Unis réfractaire au changement, souvent raciste, homophobe et misogyne. En 2019, la chanson Old Town Road de Lil Nas X avait d'ailleurs été expulsée du classement des meilleures chansons country du Billboard, justifiant une non-représentation des éléments actuels du genre muscial. Cette décision avait déclenché la colère des internautes, qui voyaient là une manière de discriminer le jeune chanteur noir âgé de 19 ans. Cette vision de la société transparait alors dans les paroles de certaines chansons, à l’image du titre Picture To Burn (2006), issu des débuts country de la chanteuse américaine Taylor Swift : “Va raconter à tes amis que je suis folle et obsessionnelle, je dirais aux miens que tu es gay.” On est alors très loin de son hymne pop à la communauté LGBTQIA+, You Need To Calm Down (2019). La chanson A Country Boy Can Survive de Hank Williams porte également les valeurs d’une Amérique profonde, attachée à son second amendement et son droit à l’arme à feu : “Tu ne peux pas nous affamer ou nous faire fuir, nous sommes ces vieux hommes éduqués avec des armes, nous disons le bénédicité, et si ça ne te plait pas, on n’en a rien à faire.”

“A Country Boy Can Survive” de Hank Williams

Dans ce cadre qui apparait presque figé dans le temps, un mystérieux cowboy masqué aux looks décalés apparait tel un ovni dans l’industrie de la country. Avec son premier EP intitulé Pony (2019), Orville Peck tranche avec les codes du genre musical. Le chanteur aborde de manière frontale des thèmes jusqu’alors peu explorés par la country tels que les romances homosexuelles. Dans Drive Me, Crazy – une ballade de camionneur, portée par la voix aux tons de miel et de whisky du chanteur –, Orville Peck propose une réflexion sur les leçons tirées d’une vie passée sur la route, parodiant les clichés sentimentaux du genre. Il y raconte la rencontre entre deux routiers dont les regards se croisent dans le rétroviseur, partageant alors un court moment venant troubler la solitude de leur quotidien : “Je t’ai vu me doubler dans la double file tout à l’heure, et j’ai aperçu ton regard dans le miroir. Je pensais que tu m’avais peut-être également vu. Tu pourrais tirer un coup. Mais tes phares s’éloignent, rouges, rouges comme les yeux dans la distance, malheureusement ces doubles files ne sont pas si fréquentes.” Ce vent de fraîcheur dans l’industrie de la country sera salué lors des A2IM Libera Awards 2020 – une cérémonie récompensant les meilleures performances de labels indépendants – où Pony remportera la distinction de meilleur album country de l’année.

“Drive Me, Crazy” de Orville Peck

À la ville comme à la scène, Orville Peck apparait toujours derrière son masque en cuir noir agrémenté de franges : “Le masque fait partie moi, c’est ma façon de m’exprimer en tant qu’artiste, c’est un élément caractéristique d’Orville Peck, explique le musicien. Comme l’a dit Dolly Parton, d’abord tu dois te démarquer, puis après tu leur donnes la substance. Il m’aide également à aborder des sujets plus intimes et personnels dans mes chansons. D’une certaine manière, je pense qu’il m’aide à m’ouvrir aux gens et à me rapprocher d’eux.” En plus de sa collection de masques, le chanteur arbore des looks inspirés par l’univers du rodéo et des cowboys, à base de denim, de franges et de santiags : “Ce qui me plait dans cette esthétique, c’est le parallèle entre ces hommes qui prônent leur virilité tout en portant des costumes roses éblouissants à strass. J’ai toujours aimé ce contraste.”

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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Si le personnage d’Orville Peck insuffle un renouveau à l’image quelque peu vieillotte de la country, le chanteur défend pourtant son amour du genre musical. Il est fan des artistes qui ont constitué “l’âge d’or” de la country, tels que Dolly Parton, Willie Nelson et Johnny Cash, mais également d’emblèmes plus récentes. Pour son nouveau single Legends Never Die, Orville Peck s’associe à Shania Twain, rendue célèbre pour ses hymnes country tels que Man! I Feel Like a Woman (1997), ou bien encore You’re Still The One (1998). Dans la vidéo accompagnant le morceau, la chanteuse canadienne revêt même l’ensemble léopard qu’elle arborait dans le clip de That Don’t Impress Me Much (1998), clin d’œil à une chanson devenue un classique du genre musical.

“Legends Never Die” de Orville Peck et Shania Twain

Le second EP d’Orville Peck, Show Pony, est d’ores et déjà disponible.