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18 Octobre

Comment Mottron peint-il avec la musique ?

 

Auteur-compositeur-interprète, Pierre Mottron s’apprête à révéler son premier album. Maître de la composition, obsédé par la justesse de l’émotion, le jeune trentenaire produit sa musique comme un peintre compose son tableau, en capturant dans ses mélodies, par touches infiniment subtiles, des impressions fugitives. Portrait.

Par Alexis Thibault

Photo par Jennifer Latour.

Au Japon, la lueur rouge des enseignes se reflète sur les façades baignées d’une clarté verte: en une fraction de seconde, la teinte se modifie… Pierre Mottron appelle cela “la couleur de la ville”. C’est de ces paysages urbains perdus dans son subconscient que les compositions du jeune musicien Français s’inspirent. Comme s’il transcrivait en musique le cinéma taïwanais des années 70, héritier de la Nouvelle Vague, qui parle de tout et de rien avec une poésie un peu triste.

 

 

Le morceau Lighter : une marche impériale, perdue entre le rouge et le vert…

 

 

Chanteur, producteur et pianiste de 32 ans, Pierre Mottron vit à Tours, mais a passé la moitié de sa vie au Canada. Disponible prochainement, son premier album est un exutoire. Il y parle de ses expériences et de ce qu’il appelle les “sentiments purs” avec une voix angélique. Pensées comme des pièces de haute couture, ses compositions architecturales ne sonnent pas comme du jazz mais en suivent la démarche :“J’agis comme un peintre qui revient sur une toile, et réinterprète certaines choses différemment, parce qu’il était dans l’erreur sans le savoir.”

Mottron – “Lighter”

Mottron sculpte les sons et les silences, le plein comme le vide. Face à son œuvre déchirante, les plus démunis crient à l’inclassable. D’autres en appellent à la pop baroque, un genre fourre-tout qui oscille entre envolées lumineuses et obscurité abyssale. Un seul est, selon lui, parvenu à une dénomination subtile : “Un journaliste japonais a employé le terme ‘pop impressionniste’. Cela me correspond. Mon rapport à la musique est très visuel, j’essaie de retranscrire une lumière, une image, une scène.

 

 

Il faut arrêter de considérer que la musique est à notre service et doit nous satisfaire immédiatement.”

 

 

Le morceau Lighter condense à lui seul la démarche du musicien. Tandis qu’une basse électronique s’acharne dans un leitmotiv infernal, des voix miroitantes se superposent. Une marche impériale, perdue entre le rouge et le vert. Le réalisateur du clip, Olivier Groulx, imagine alors une suite de tableaux et convoque dans la foulée Galo Olivares, directeur de la photographie du Roma d’Alfonso Cuarón : “Olivier Groulx a immédiatement pensé à un court-métrage en plusieurs épisodes, le seul moyen de mettre ma musique ‘narrative’ en images.” Plus tard, le titre Indecent surgit telle une lubie de Björk. Une œuvre imprégnée de la mélancolie brésilienne de Caetano Veloso : “À l’origine il s’agissait d’une pièce de piano. Mais j’ai découvert le mellotron, un instrument à clavier souvent utilisé dans le rock progressif. J’ai alors totalement repensé le morceau en y intégrant des violoncelles et des flûtes pour lui donner un aspect beaucoup plus… juste.”

Mottron – “Indecent”

L’aspect visuel de sa musique n’échappe à personne, et encore moins aux professionnels de l’image. C'est en effet Mottron que Charlotte Le Bon approche pour composer la bande originale de Judith Hotel, court-métrage que l’ex-Miss météo de Canal+ imagine en 2018. Il met en scène un insomniaque qui réserve une chambre dans un établissement très prisé, et croise en chemin un mangeur de cartouches d’encres et une influenceuse mythomane… Sur les images, Mottron décline – au piano – un leitmotiv enivrant: “Avec Charlotte, nous étions à la recherche de quelque chose de romantique, de dramatique. Lorsqu’on illustre un film, le travail du compositeur est plus évident : il convient simplement de magnifier une scène. Il n’est plus nécessaire de se demander si notre émotion est légitime.” Ensuite, ce seront les réalisateurs de la série espagnole Elite qui choisiront certains de ses morceaux pour figurer sur la B.O.

 

 

Autrefois inspiré par les Britanniques Robert Wyatt et David Sylvian, Mottron ne cherche pas à faire plaisir à ses auditeurs à grand renfort de contenu superflu: “Produire de la satisfaction est extrêmement fade. Le dégoût, lui aussi, est intéressant.” Ennemi des simulacres, Mottron refuse d’aborder des thèmes indétrônables, ces sujets indiscutablement vrais auxquels il est impossible de se confronter. Il exploite plutôt sa vulnérabilité comme un esclavagiste. Ses chansons ont un début, un milieu et une fin. Des refrains et des mélodies. Que présentent-elles donc de si inhabituel ? Simplement : une succession d’émotions qui ne durent qu’un instant. Obsédé par la justesse, Mottron pourchasse opiniâtrement un moment éphémère, cet instant de fragilité entre deux accords, épisode presque imperceptible, souvent inatteignable : “Il faut arrêter de considérer que la musique est à notre service et doit nous satisfaire immédiatement. Moi-même, j’ai souvent envie de composer alors que je n’ai rien à dire, comme une sorte de manie parasitaire. Mais cela n’a aucun sens, cela ne sert à rien.”

 

 

L’album de Mottron sortira prochainement. Il sera en concert au MaMa Festival, le 18 octobre à 22h00 aux Trois Baudets​.

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