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Sky Ferreira: portrait d’une enfant du siècle

 

Égérie du parfum Illicit de Jimmy Choo, la jeune chanteuse devrait sortir d’ici quelque temps son nouvel album. En attendant, Numéro a rencontré la it-girl à la réputation sulfureuse.

À 23 ans, Sky Ferreira est aujourd’hui aussi connue pour sa musique que pour ses frasques. Mais la jeune Californienne sulfureuse assume pleinement ses failles. Armée d’une détermination farouche, elle a fait de ses faiblesses une force et incarne aujourd’hui l’image du nouveau parfum de Jimmy Choo, Illicit. Rebelle et provocante, la jeune artiste, qui revendique haut et fort l’influence de David Lynch, prépare en ce moment son deuxième album, dont le titre résonne avec sa vie mouvementée : Masochism.

Photo Frederic Auerbach

“Illicit”, un mot au parfum de scandale qui sied à merveille à Sky Ferreira. Mais qu’on se rassure, lorsqu’on la rencontre dans sa suite de l’hôtel Mondrian à Londres, la musicienne la plus sulfureuse de la scène rock indépendante n’a pas de nouvelles frasques à son actif. Son arrestation en septembre 2013 pour possession de drogue en compagnie de son petit ami Zachary Cole Smith du groupe DIIV – l’héroïne qui s’était glissée dans la voiture du musicien n’était pas seulement Sky Ferreira – est loin derrière. Ses aventures avec ses amies Katy Perry et Miley Cyrus (dont elle a assuré la première partie de la tournée en 2014), du déjà-vu. Si Sky Ferreira a encore quelque chose d’“Illicit”, c’est qu’elle est l’égérie du parfum de Jimmy Choo ainsi baptisé. “Adulte” et sophistiquée : telle est la nouvelle image qu’elle offre dans la campagne photographiée par Steven Klein. “Il était temps de faire découvrir un autre aspect de ma personnalité, explique la Californienne de 23 ans. Moins adolescente, plus femme. Ce sont aussi ces collaborations qui financent ma liberté artistique et me permettent de prendre le temps nécessaire à la réalisation de mon deuxième album.” Après avoir signé son contrat en 2009, la fille de Venice Beach avait déjà fait patienter sa maison de disques pendant quatre ans avant de sortir son premier opus… avec quelques heurts.

 

Sky Ferreira a beau, comme à son habitude, se recroqueviller sur elle-même en interview, se cacher derrière ses longs cheveux (au choix, selon les jours : peroxydés, bruns, bleus…) et son regard charbonneux, elle sait aussi asséner ses vérités et assumer son pragmatisme. Digne représentante de sa génération, elle se livre sans filtre – si ce n’est ceux fournis par Instagram pour retoucher ses selfies. “J’ai appris très jeune que je ne pouvais compter que sur moi pour obtenir ce que je voulais”, déclare-t-elle d’emblée. À 15 ans, Sky Ferreira a déjà contacté les producteurs suédois Bloodshy & Avant (Britney Spears, Madonna, Kylie Minogue) qui succombent à son charme. Elle signe avec un grand label, Parlophone. Elle suscite aussitôt l’admiration de créateurs comme Hedi Slimane ou Marc Jacobs, qui la fait défiler en 2013. Son album n’est pas encore sorti que Sky Ferreira est déjà une it-girl en couverture des magazines… et victime des tabloïds. Sacrifiée sur l’autel de la célébrité. “On ne sait pas ce qu’on fait à 15 ans, avoue-t-elle. J’ai cru que tout allait se régler à la sortie de l’album. Qu’on allait enfin me juger sur ce que je faisais. C’était naïf. Trop de gens avaient intérêt à ce que les rumeurs continuent : les personnes du marketing pour vendre mon disque, les médias pour attirer les lecteurs.

 

À la différence d’autres jeunes filles, sa crise d’adolescence, Sky Ferreira la fait, elle, en direct, sur la Toile, à l’échelle mondiale. Sa musique est une grande catharsis publique des problèmes qu’elle n’a pas réglés. Night Time, My Time, le titre de son premier album, fait ainsi référence aux paroles de Laura Palmer, héroïne du film Twin Peaks de David Lynch. Une jeune fille violée et tuée par son père. Sky Ferreira, elle-même, ne cache pas avoir subi des abus sexuels dans sa jeunesse. La chute et l’abandon de soi ont toujours été à la source des fascinations les plus virulentes. “Être honnête et vulnérable représente pour moi ce qu’il y a de plus héroïque, explique-t-elle. Évidemment, lorsqu’on est une femme artiste et qu’on est à fleur de peau, on vous traite de folle et on vous considère comme faible. Mais lorsque c’est un homme, on dit que c’est émouvant. Quoi qu’il en soit, il faut avoir échoué pour apprécier les victoires.” On ne s’étonnera pas du titre de son prochain album, annoncé pour fin 2015, mais qui devrait au mieux sortir en 2016, Masochism. “J’ai toujours cru qu’il fallait mériter l’amour et le bonheur, qu’il fallait être malheureuse pour être heureuse, et que les choses n’avaient de sens que si elles naissaient dans la douleur. Le titre de l’album est pour moi une manière d’affronter cela, et de passer à autre chose… même si je cherche toujours les problèmes.

 

La jeune fille rit beaucoup, d’elle-même surtout, lucide sur la vacuité de la plupart de ses propos. Elle vaut mieux en cela que les personnages “fucked-up” du roman californien Zombies de Bret Easton Ellis, auxquels elle fait penser au premier abord. “C’est que je ne viens pas vraiment de ce qu’on peut appeler une famille conventionnelle, aime-t-elle à rappeler. Mes parents étaient trop jeunes et ma grand-mère a pris le relais. J’ai appris très vite à être indépendante. C’est cette ‘différence’ qu’on m’a reprochée à l’école… et plus tard. J’ai toujours refusé d’entrer dans une boîte ou de me soumettre aux règles. Je pense que tout être humain mérite mieux que de suivre une formule qu’on a établie pour lui.” Celle de la musique de Sky Ferreira est un mélange des plus éclectiques, entre rock sale et influences électro. Elle promet un son plus agressif et électronique dans le prochain. “David Lynch demeure une influence essentielle, souligne-t-elle. J’ai suivi un de ses cours dans ma jeunesse. D’ailleurs, j’ai bien plus de compétences techniques en cinéma qu’en musique. Lorsque je compose, je vois ma musique, je ne l’entends pas.” On en oublierait presque une autre référence essentielle. Dans son enfance, Sky Ferreira a souvent accompagné sa grand-mère coiffeuse chez l’un de ses clients privilégiés : Michael Jackson. Elle lui doit beaucoup.

 

 

Propos recueillis par Thibaut Wychowanok

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