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Numéro
22

Rencontre avec Priya Ragu, la femme qui condense le R’n’B et l’esprit Bollywood

Musique

Après le succès de "Good Love 2.0", la chanteuse de soul suisse d’origine sri lankaise Priya Ragu revient en force avec un nouveau single "Chicken Lemon Rice". C’est sur fond de chants d’oiseaux et de montagnes enneigées qu’elle évoque son parcours et la genèse du "Raguwavy", ce nouveau style musical auquel elle prête son nom. Il fusionne brillamment rythmes indiens, sons pop, voix soul et influences R’n’B.

© Warner Records UK

Nouvelle voix du R’n’B new-yorkais, dernière égérie Balmain ou Dior, star du prochain hit Bollywood…rien ne pourrait nous étonner avec Priya Ragu. Suisse d’origine sri lankaise, Priya Ragu a ce quelque chose qu’ont tous ceux qui grandissent entre deux cultures, qui attire et aimante comme un monde étranger et fabuleux. C’est sur fond de chants d’oiseaux et montagnes enneigées – en studio pour elle et en fond d’écran pour nous – et un soleil aussi radieux que son sourire que la chanteuse de soul hélvético-tamoulte nous en ouvre grand les portes.

 

 

Née de parents Sri Lankais ayant fui l’île à l’aube de la guerre civile, dans les années 80, Priya Ragu grandit à Saint Gall dans une famille où les après-midis dominicaux sont rythmées par la musique. Celle à qui l’on confie un violon à l’âge de sept ans s’épanouit avant tout lors de ces concerts improvisés où elle accompagne la famille au grand complet avec sa voix capable de suivre les octaves aigus des hits Kollywood, dénomination donnée au pendant sud-indien du Bollywood nord-indien venant de Chennai, la capitale tamoule. "On s’amusait beaucoup mais c’était aussi difficile et à cette époque, je n’aimais pas beaucoup les chants tamouls à cause de toutes les tonalités vraiment hautes." se rappelle-t-elle, "J’ai découvert ma vraie passion pour le chant avec Lauren Hill et Brandy. Je passais des heures dans ma chambre à reprendre leurs chansons, je réécrivais les paroles et je m’enregistrais. C’était mon hobby préféré en tant qu’enfant." Dans sa vingtaine, Priya Ragu participe à des concerts et des featurings avec des artistes locaux, sans jamais prendre la chose trop au sérieux. "J’avais mon boulot et je faisais de la musique dans mon temps libre, mais je ne pensais pas à écrire mes propres chansons. Et puis un jour, je me suis dit que ça ne pouvait pas être ça la vie, que j’avais la chance d’avoir ce talent et qu’il fallait que je vois ce que je pouvais en faire si je me donnais l’espace et le temps pour l’exprimer."

 

 

Tout juste la trentaine, Priya Ragu s’envole alors pour New York. On l’imaginerait volontiers se frayer un chemin parmi les scènes alternatives, participant à des jams sessions improvisées dans des bars ouverts jusqu’au petit matin, éclosant comme une fleur au printemps ayant attendu son heure de gloire pendant si longtemps... en réalité, elle passe le plus grand clair de ces six mois dans son studio et sa chambre à chanter et écrire. "J’ai été vraiment surprise d’avoir tout ça en moi. En fait, je crois que je n’avais jamais vraiment essayé. Avant, je pensais qu’écrire des chansons, c’était s’asseoir et travailler pendant une ou deux heures. Mais ce n’est pas vrai, parfois ça prend bien plus de temps." Il lui aura fallu six mois de travail en solitaire outre-Atlantique pour comprendre que "La clef c’est de travailler tous les jours, de venir au studio et de voir ce qui passe. Parce que tu ne sais jamais ce que la créativité fera advenir."

© Warner Records UK

Quand elle ne travaille pas, Priya Ragu parcours les rues de New York, où elle l’avoue avec un sourire, "je dépensais mon argent pour des chaussures!". Son style vestimentaire fait écho à son style musical, s’imprégnant du métissage culturel dans lequel elle grandit. Dans son premier clip Good Love 2.0, pour lequel elle a travaillé avec le styliste Longchenti Longchar basé à New Dehli, on la voit ainsi parée de magnifiques saris rouge, bleus, beiges sous lesquels se découvrent des tee-shirts synthétiques jaune néon à manches longues et cols hauts, ou encore habillée d’un jumpsuit à la coupe inspirée d’un kimono traditionnel. Sur ses portraits officiels, dont le stylisme a été entre autre confié à Kanika Karvinkop, qui allie influence orientale et vêtements occidentaux, Priya Ragu porte des boucles d’oreilles en argent et des bagues en or indiennes en forme de serpents et de fleurs orientales qu’elle assortie avec des lunettes de soleil 90’s en demi-lune à la Spice Girls.

 

 

La genèse de cette fusion musicale éclatante entre orient et occident, Priya Ragu la raconte ainsi : "Un jour mon frère m’a tout simplement dit, pourquoi on ne changerait pas le beat pour un rythme indien ? Et c’est comme ça que ça a commencé. On a sorti un morceau et les retours ont été très bons. J’ai compris quel était mon but en tant que musicienne et quel serait mon style." "Raguwavy", c’est le nom que la chanteuse et son frère, qui est aussi producteur, ont décidé de donner à ce style de musique coloré et clinquant où la voix pop-soul de Priya Ragu sublime les samples de B.O. de films tamouls, de chants religieux, les teintes d’instruments traditionnels indiens comme le tabla, et les rythmes electro-pop. Il n’aura pas fallu attendre la sortie d’un album pour que le Raguwavy convainc un public à l’image de son éclectisme. Mis en avant par Rolling Stones India, Priya Ragu fait aussi un tabac en Europe et aux États-Unis. Son titre Good Love 2.0, choisi comme bande-son du jeu vidéo FIFA 2021, atteindra bientôt le million d’écoute sur Spotify. Le titre tourne sur la BBC et fait partie des coups de coeurs du New York Times. Il a également déjà été remixé, entre autres par Honey Dijon et Little Dragon. Mais Priya Ragu n’est pas en reste. Alors qu’elle nous confie "ne toujours pas réaliser ce qui s’est passé en 2020", elle sort début février un deuxième single intitulé Chicken Lemon Rice. En attendant de pouvoir réaliser son rêve de "partir en tournée en Inde et au Sri Lanka", la chanteuse assidue continue à "show up" tous les jours dans son studio suisse pour travailler, lentement mais sûrement comme une marche en montagnes, à un premier album prometteur.