Le regard est noir et assassin, assorti d’une simple phrase : “please excuse me for being antisocial” (excusez-moi d’être asocial, s’il-vous-plaît en français). Une attitude – et une typographie – qui rappelle étrangement l’inscription qui ornait l’album Ye du rappeur né à Atlanta, Kanye West : I hate being Bi-Polar it’s awesome (je déteste être bipolaire, c’est génial). La comparaison ne s’arrête pas là : elle pourrait se poursuivre jusque dans les voix respectives et étonnamment similaires de ces deux parias autoproclamés. Élevé à Compton, berceau du gangsta rap en Californie, Roddy Ricch, enfant terrible de la scène américaine, ne cache pourtant pas ses inspirations puisées dans la trap d’Atlanta, terre de rappeurs tels que Future, Young Thug et… Kanye West. 

 

Malgré une enfance passée sous le soleil de Californie, Rodrick Wayne Moore, Jr. – de son vrai nom – n’échappe pas au destin chaotique que connaissent beaucoup d’adolescents de Compton. Après un passage en prison, Roddy Ricch est expulsé de la maison familiale, et s’installe alors chez des proches à l’autre bout du pays, à Atlanta. L’adolescent aurait pu s’enliser dans le crime, mais cette expérience change sa vie. À mesure qu’il observe, impuissant, ses amis mourir autour de lui, Roddy Ricch décide de dédier sa vie au rap. 

 

Chant peiné sous couvert d’Auto-tune sur une production délicate : Roddy Ricch a trouvé sa formule

 

Fruit de plusieurs mois de travail d’écriture intensive, Die Young, un premier single teinté d’amertume sur la mort de XXXTentacion, voit le jour en 2018. Chant peiné sous couvert d’Auto-tune sur une production délicate : Roddy Ricch a trouvé sa formule. Après deux mixtapes, le rappeur sort son premier album à seulement 21 ans, en décembre 2019. Please Excuse Me for Being Antisocial est un premier disque à la fois brilliant et écorché, entre piano mélancolique et chorale gospel. 

 

Dès lors, la toîle s’emballe. Le second titre de l’album, The Box, sans aucune sortie single, ni même un clip, se hisse en à peine un mois à la première place du classement Hot 100, établi par le magazine américain Billboard. Il s’agit du classement hebdomadaire des cent chansons les plus populaires aux États-Unis, toutes catégories musicales confondues. Par la même occasion, l’album passe premier du classement Billboard 200 qui recense les deux cents meilleures ventes d'albums sur le territoire des États-Unis toutes catégories musicales confondues. Un succès inédit qui ne manque pas d’irriter le chanteur Justin Bieber. Malgré ses efforts, il n’est pas parvenu à faire de son nouveau single, Yummy, le numéro un du moment. Pourtant, il s’est tué à la tâche, adressant une floppée de stories à ses fans afin qu’ils streament le morceau sans relâche.