09 Novembre

Rosalía, la tornade aux accents flamencos et R’n’B adoubée par Pedro Almodóvar

 

Ce n’est pas avec Rosalía que le réchauffement climatique va se calmer. Que ce soit dans ses clips, où elle danse avec passion, ou dans un album sidérant mariant R’n’B dans l’air du temps et tradition flamenca, elle incendie tout sur son passage. Pedro Almodóvar et Pharrell Williams ont déjà succombé. Le reste de la planète ne devrait pas tarder.

Par Violaine Schütz

1. Pas tout à fait une débutante

 

Son nom ne vous dit peut-être rien, mais cette jeune Catalane de 25 ans qui vit à Barcelone est déjà une star en Espagne. Le clip de son tube Malamente a été visionné plus de 27 millions de fois, ce qui l’a érigé en phénomène. Elle a déjà participé à des festivals de danse contemporaine et sorti un premier album, Los Ángeles, en 2017. S’inscrivant dans la mouvance du “nouveau flamenco”, elle troublait le public traditionnel du genre dans sa version la plus pure en mâtinant cette musique primale de rock indé. Vocalement, la brunette ressemble à un croisement entre Rihanna, pour le falsetto, et une Janis Joplin pour le côté écorché. Avec son second album qui sort ces jours-ci, El mal querer, son charme hybride et son timbre qui vient des tripes explosent. L’album, produit par El Guincho (souvenez-vous du tube électro Bombay qu’on entendait partout en club l’été 2014) réussit même le pari de réconcilier les générations en mêlant l’âme du flamenco à des sonorités R’n’B, pop et trap. Pour frapper du pied sur la piste de danse, même sans castagnettes.

 

 

Elle a la voix d’une ancienne chanteuse de flamenco et une sagesse qui ne correspond pas à son âge. Elle devrait être fière d’être indéfinissable. Pedro Almodóvar

Rosalía – “Malamente”

2. Des clips fougueux

 

Les vidéos léchées de Rosalía réalisées, par le collectif barcelonais Canada (auquel on doit des publicités pour Adidas, Nike et Stella McCartney), ont joué un rôle important dans sa course vers le succès. Proches des clips de M.I.A., des chorégrahies de Beyoncé, des films de Tarantino et des courts-métrages arty de Nowness, on y voit la chanteuse danser le flamenco sur fond urbain (béton, parkings et grosses cylindrées). Le coup de foudre provient de ce choc des cultures. C’est l’œuvre d’une auteure-compositrice-interprète qui a digéré YouTube, les années 2000 et l’hégémonie de la culture hip-hop, mais qui voue depuis l’adolescence un culte à des sonorités ancestrales (elle a même écrit une thèse sur le flamenco). La brune cache derrière ses crop tops et ses joggings taille basse l’aura d’une vieille âme et une présence mystique de sorcière ibérique. Et sous les nappes synthétiques et festives se révèle un disque concept sur l’amour et la passion dans ce qu’elle a de plus fatale. El mal querer est en effet inspiré de Flamenca (“flamboyante”), un roman courtois du XIIIe siècle sur une jeune femme dont le fiancé est si jaloux qu’il l’enferme pour ne plus qu’on la regarde. Sur scène et dans ses vidéos, Rosalía dégage le côté tragique d’une Isabelle Adjani dans Possession. Difficile de ne pas la regarder droit dans les yeux, difficile de ne pas tomber amoureux.

 

 

La jeune fille qui semble toujours au bord de la crise de nerf a fait chavirer Pharrell Williams, Charli XCX, Dua Lipa, Angèle, Kiddy Smile, Emily Ratajkowski et Arca.

Rosalía – “Di mi nombre”

3. Une artiste totale

 

En juillet dernier, Rosalía a tourné dans le film de Pedro Almodóvar, Dolor y gloria (Douleur et Gloire) aux côtés de Penélope Cruz et Antonio Banderas. Le cinéaste aimanté par les femmes de caractère” est tombé amoureux de son charisme, de sa verve et de son style haut en couleur. Il a déclaré à son sujet : Elle a la voix d’une ancienne chanteuse de flamenco et une sagesse qui ne correspond pas à son âge. [Elle] devrait être fière d’être indéfinissable.” La jeune fille, qui semble toujours au bord de la crise de nerf, comme toutes les héroïnes d’Almodóvar, a également fait chavirer Pharrell Williams, Charli XCX, Dua Lipa, Angèle, Kiddy Smile, Emily Ratajkowski et Arca, avec qui elle a commencé à composer des morceaux. Autant dire que Rosalía n’est pas près de faire retomber la hype sur tout ce qui vient d’Espagne (le girls band Hinds, les séries La Casa de Papel et Elite, ou encore le festival Primavera Sound). Mélange vibrant d’attachement aux racines et d’ouverture sur le monde, de tradition et de futurisme, de sex-appeal et d’attitude guerrière, Rosalía rédéfinit les contours d’une héroïne ancrée dans son temps. Elle a récemment confié à Dazed & Confused: “Je n’arrêterais pas de me battre jusqu’à ce qu’on voie autant de femmes que d’hommes dans les studios d’enregistrement et qu’on leur donne naturellement la même valeur.” On ne pouvait rêver meilleur soldat pour la cause des femmes.

 

 

El mal querer (Sony) de Rosalía, disponible.

 

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