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Rencontre avec Samara Joy, révélation des Grammy Awards 2023 que les stars adulent déjà

MUSIQUE

Sacrée “Révélation de l’année” en février lors des Grammy Awards 2023, la New-Yorkaise Samara Joy fait fi des conventions musicales de l’époque et s’impose comme la meilleure chanteuse de jazz de la génération Z. La digne héritière d’Ella Fitzgerald ou de Billie Holliday est la star de la campagne du label américain Theory Holiday photographiée par Tyler Mitchell.

Samara Joy - “Guess Who I Saw Today”

1. Samara Joy, chanteuse de jazz, révélation des Grammy Awards 2023 et star de la nouvelle campagne Theory.

 

Samara Joy McLendon se souviendra longtemps de la journée du 5 février 2023. Du haut de ses 23 ans, la chanteuse new-yorkaise a foulé par deux fois la scène des Grammy Awards, à Los Angeles. D’abord lorsqu’elle interprète son titre Can’t Get Out of This Mood dans une robe de soirée rose pâle, introduisant avec élégance le pianiste qui l’accompagne. Sa prestation – entre démonstration vocale ultra technique et retenue chic – lui vaut une standing ovation de ses homologues. Ensuite lorsqu’elle remonte sur scène un peu plus tard pour récupérer son trophée : le Grammy Awards de la “Révélation de l’année”. Samara Joy s’impose devant la Brésilienne Anitta, Domi & JD Beck, Latto, Måneskin, Molly Tuttle, Muni Long, Omar Apollo, Tobe Nwigwe et Wet Leg. Elle affronte alors le regard des superstars qui l’ont inspirée et applaudie un peu plus tôt : “Mon dieu ! Je ne sais vraiment pas quoi dire. Je vous regardais à la télévision pendant si longtemps… moi, simple petite fille du Bronx.” C’est une robe écarlate qu’elle porte cette fois, comme si le précieux sésame parachevait sa mue en grande dame du jazz. Elle rejoint alors le club très fermée des musiciennes sacrées “Révélation” avant elle : Megan Thee Stallion, Olivia RodrigoBillie EilishDua LipaAmy WinehouseNorah Jones ou encore Lauryn Hill

 

– J’ai vu votre silhouette sur un écran géant dans les rues de Londres. Vous êtes la nouvelle égérie du label new-yorkais Theory, je trouve ça plutôt chic !

– C'est énorme ! Après les Grammys, j’étais un peu inquiète à l’idée de devoir multiplier les événements mondains… Je débarque tout juste dans le monde de la mode et je suis très contente que ce soit avec Theory car je suis une femme assez réservée et je ne voulais pas quelque chose de trop exubérant ou de trop aventureux. La qualité et la forme des pièces sont parfaites et Theory correspond parfaitement à mon image. Que demander de plus ? C’est la meilleure façon de pouvoir faire découvrir ma musique au plus grand nombre.

Samara Joy - “Can't Get Out Of This Mood ”

2. L’héritière de Billie Holliday et Ella Fitzgerald

 

La musique de Samara Joy évoque les vitres trempées d'un café enfumé, les clubs de jazz distingués du Manhattan des années 50, les cigares rougeoyants et les chapeaux de feutre des mélomanes oisifs. Elle la décrit comme une montagne russe – de la rage à la douceur – et y voit du rouge, du bleu, du jaune et un peu de vert. Entre les contre-temps du swing des années 20 et les thèmes dynamiques du bebop jazz – dont les mélodies sont jouées avant mêmes d’êtres écrites sur une partition – Samara Joy se complaît dans un genre afro-américain traditionnel à contre-courant des styles musicaux de son époque. En digne héritière d’Ella Fitzgerald ou de Billie Holliday, elle convoque le scat de Louis Armstrong – une improvisation dans laquelle les paroles sont remplacées par des onomatopées pour imiter des instruments – et les murmures d’une contrebasse à défaut des basses vrombissantes et saturées du hip-hop contemporain. C’est ce qui poussera d’ailleurs le label emblématique Verve Records (Nina Simone, Sarah Vaughan ou Joao Gilberto) à lui signer un contrat. Déjà sacrée “Meilleure artiste de l’année 2021” par le magazine JazzTimes, Samara Joy s’est imposée dans le milieu musical en seulement deux albums solo, Samara Joy (2021) et Linger Awhile (2022) tout comme une certaine Amy Winehouse l’a fait vingt ans avant elle avec Frank (2003) et Back to Black (2006). Mais la concernant, elle citera Whitney Houston, James Brown, Duke Ellington et Beyonce

On dit souvent que le jazz est un genre musical élitiste. Faites-vous de la musique pour vous-même ou pour les autres ?

– J’aime beaucoup cette idée : faire de la musique pour les autres. Mais si c’était vraiment le cas, cela signifierait que j’aurais une responsabilité bien trop grande à endosser et ce ne serait plus amusant. J’ai besoin d’en profiter moi-même pour être excitée à l'idée de la partager avec les autres. Donc je pense que je fais de la musique… pour moi. J'essaie de ne pas trop écouter ce qu’on me dit : “J’aimerais que tu chantes ceci, j’aimerais que tu fasses cela…” Je préfère me demander si, moi, j’en ai réellement envie.

Samara Joy pour Theory

3. Samara Joy : du réseau social TikTok aux Grammy Awards

 

Samara Joy grandit dans le quartier défavorisé du Bronx des années 2000. Membre d’une famille de musiciens, son père bassiste lui enseigne les rudiments de la soul tandis que ses grands-parents, membres d'une chorale de gospel, lui transmettent leur amour du chant. Adolescente, elle poursuit justement la tradition familiale en intégrant la chorale de l’église puis un groupe de jazz à la Fordham High School for the Arts. Elle y remportera son premier concours musical, puis les prix finiront par garnir son étagère. Étonnamment, Samara Joy se prend réellement de passion pour le jazz vers l’âge de 18 ans, préférant créer des situations humoristiques sur le réseau social TikTok où elle est suivie par près de 200 000 abonnés. Mais sa voix mi-suave mi-cristalline lui permet finalement de s’imposer comme la première chanteuse de jazz classique de la génération Z. Ses morceaux ont déjà des airs de standards…

– À quoi ressemblait le quartier de votre enfance ?

– Les rues étaient assez calmes. La maison dans laquelle j’habitais était directement reliée à celles de nos voisins. À droite et à gauche. Donc nos familles étaient plutôt proches, surtout lorsque j’étais petite. Comme ma grand-mère gardait de nombreux enfants du quartier, la maison était toujours remplie de jouets et des dessins-animés passaient toute la journée à la télévision, sans interruption. Lorsque je n’allais pas au parc, je voyais des enfants dévaler les escaliers à toute vitesse. C’est comme ça que j'ai grandi, dans la maison de ma grand-mère.

 

Le 10 septembre, Samara Joy a débarqué à Paris à l’occasion de la 22e édition du festival Jazz à la Villette (qui se tenait en parallèle au sein de la Philharmonie de Paris, du 30 août au 10 septembre). Au programme : un hommage à Erykah Badu avec José James, la sublime chanteuse Oumou Sangaré, les légendes du hip-hop De La Soul en live band, GoGo PenguinAnne Paceo ou encore le claviériste éthiopien Mulatu Astatke. Précédée du pianiste et organiste Julius Rodriguez, Samara Joy a pu compter sur un public entièrement acquis à sa cause. Et quelle prestation époustouflante…

 

Les pièces de la campagne Theory Holiday 2023 sont à retrouver sur le site de la marque.