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02 Avril

Rencontre avec Shay, la princesse trash du rap

 

À seulement 27 ans, la chanteuse belge Shay a déjà tout d’une reine dans l’univers du rap. Après un premier album sorti en 2016, “Jolie Garce”, unanimement salué par la critique et désormais disque d’or, elle est revenue sur le devant de la scène, en mai dernier, avec un deuxième opus, “Antidote”. Forte de ces deux albums très remarqués, elle poursuit son ascension magistrale et fait son entrée en beauté dans le monde de la mode sous l’égide de Riccardo Tisci, directeur artistique de Burberry, qui l’a choisie comme égérie de sa campagne de fin d’année 2019 “What is love ?”. Rencontre. 

Par Chloé Sarraméa, Portraits par Urivaldo Lopes, Réalisation Edem Dossou

Corset en cuir, mesh et dentelle, et casquette, BURBERRY.

La rappeuse Shay ne s’engage jamais à moitié dans un projet. Elle n’est pas du genre à reculer, par exemple, devant des conditions difficiles lorsqu’elle doit enregistrer des clips ou shooter ses pochettes d’album. Pour celle de son deuxième opus, Antidote, dévoilé en mai dernier, elle n’a donc pas hésité un seul instant à “rester plongée dans de l’eau glacée pendant des heures”. Camille, sa manucure, l’aide à peaufiner son personnage de poupée trash jusqu’au moindre détail. Celle qui, avec une infinie patience, pose sur ses doigts des griffes vert fluo, des faux ongles zébrés, ou colle des strass argentés sur l’intégralité de ses mains.

 

 

Vernis ultra colorés, crème sur le corps, maquillage, perruque… la préparation de Shay exige des heures. Toute son équipe est aux petits soins. Certains lui présentent des fruits épluchés, tandis que d’autres lui apportent une orange pressée, lui tendent une cigarette préalablement allumée ou ajustent avec précision la ceinture sur sa robe Burberry en dentelle blanche. Voilà donc à quoi ressemble la vie d’une chanteuse aux milliers d’albums vendus… à celle d’une véritable princesse. Tout son entourage a appris à composer avec la passion de ses fans : “C’est des malades, mais je les aime, confie affectueusement la rappeuse belge. En France, tous les artistes ont des fans hyper polis, et moi, ils m’agressent ! Quand je mentionne Edem [son styliste] ou Camille sur mon compte Instagram, ils les harcèlent de messages : ‘Shay bosse sur quoi en ce moment ? Envoie des projets !’ ‘La prochaine fois que tu la vois, dis-lui que je l’aime, donne-lui mon numéro, s’il te plaît.’ C’est particulier, c’est sûr… je crois que c’est ce qu’on appelle l’amour passionnel.”

 

 

À leurs débuts, peu d’artistes connaissent la chance insolente d’une Shay. Alors qu’elle n’avait même pas choisi de faire de la musique, à 19 ans elle se retrouve d’emblée propulsée dans l’arène de Bercy, debout devant 17 000 personnes, donnant la réplique au célébrissime Duc de Boulogne, alias Booba, le parrain du rap français. Shay se souvient de cette incroyable trajectoire : “À cette époque, la musique était un hobby pour moi. J’étais jeune, j’écrivais un peu, j’enregistrais des chansons sur un magnétophone. Un jour, mon frère a eu l’idée de me filmer [son frère est compositeur. Lui-même produit des titres de rap sous la signature de Le Motif] et m’a écrit un morceau pour l’occasion. Ce dernier n’est jamais sorti officiellement, mais il a quand même un peu circulé en privé, et Booba l’a écouté. J’étais lamentable, je portais un haut hyper moulant et une montre G-Shock par-dessus mon tee-shirt… Bref, Booba a vu cette vidéo et il m’a appelée direct. J’en ai alors profité pour lui faire écouter Cruella, un autre morceau que j’avais écrit. Il a accepté de venir poser sa voix dessus à Bruxelles, et c’est devenu un titre de sa mixtape Autopsie 4. Voilà comment tout est parti”, confie-t-elle.

Haut à volants en dentelle brodée, robe-corset en mesh et dentelle, et sandales, BURBERRY.

Extrêmement fidèle, le public de Booba attend beaucoup de ses concerts. Alors, quand le pape du rap invite une jeune fille de 19 ans à monter sur scène avec lui, comment encaisse-t-elle la pression qui pèse sur ses épaules ? “À l’époque où cela m’est arrivé, je n’avais pas du tout conscience de ce que Booba représentait. Mais je me suis vite rendu compte de l’ampleur du truc… Du coup, j’ai fait n’importe quoi ! Je n’étais jamais montée sur scène, j’étais une petite folle, je refusais de répéter, je n’arrivais pas à me réveiller à l’heure…” Heureusement pour la jeune insouciante, Booba, référence absolue de la musique urbaine en France, a pour habitude de chapeauter les artistes en devenir qu’il repère, et de lancer la carrière de ceux qu’il estime prometteurs (comme les rappeurs Maes, Niska ou un autre Belge, Damso) avant de les laisser prendre leur envol.

 

 

C’est donc en toute logique sur 92i, le label de Booba, que Shay sort son premier album Jolie Garce en 2016. Elle met trois ans à mûrir le suivant, Antidote, qui sort en mai 2019 chez Capitol : “J’étais signée chez 92i, et j’ai finalement décidé de partir. Je me suis séparée de Booba parce qu’on avait des visions différentes au niveau artistique”, déclare celle qui est aussi la petite cousine d’un autre artiste de la scène urbaine, le rappeur à texte Youssoupha. En écoutant ses rimes comme “La jolie garce va tous les catch up [les attraper]” (Catch Up sur l’album Jolie Garce), ou des déclarations comme “J’aimerais qu’il y ait plus de rappeuses, mais aucune n’est à la hauteur. Les seules qui essaient, je n’aime pas”, beaucoup imaginent que la Bruxelloise aux cils télescopiques est présomptueuse. Elle assure pourtant que c’est tout l’inverse : “Je suis très réservée dans la vie, je n’arrive pas à m’ouvrir. Dans Antidote, j’ai essayé de traduire par la musique les émotions que j’ai tant de mal à exprimer. Je me suis libérée, j’étais contente. Et cela m’a inspiré le nom de l’album.”

 

 

À 8 ans, Shay organisait des petits concerts devant son grand-père, le chanteur de rumba congolais Tabu Ley Rochereau, “pour l’impressionner”. Désormais armée d’un peu plus d’assurance, elle n’hésite pas à approcher des compositeurs renommés qui partagent sa vision de la musique, à l’instar du rappeur belge Damso, parolier acclamé, qui lui a même écrit la chanson Pleurer. “Je le connais depuis huit ans. Quand on s’est rencontrés, je rappais déjà, et lui, pas encore. Il a toujours voulu écrire pour moi… Un jour, on était en studio, on discutait, et il m’a interrompue : ‘Mais pourquoi tu ne racontes pas tout ça dans un morceau ?’ Comme les mots ne me venaient pas, il a accepté de le faire pour moi, un vrai cadeau.” En résulte un titre déjà plébiscité, où Shay se confie : “Vingt-sept balais, questions-doutes/ J’m’oublie pour des gens qui n’pensent qu’à eux/ J’pourris doucement en manque d’aveux.”

 

 

Entre les shootings, la Fashion Week de Londres (où on pouvait l’apercevoir en front row), les campagnes Burberry (dont elle partage l’affiche avec Carla Bruni, notamment) et les dîners avec son ami et styliste favori Riccardo Tisci, Shay ne perd pas une seconde. Elle compose tous les jours : “Je ne me laisse aucun temps mort. Je travaille déjà sur mon prochain projet, chez moi, à Bruxelles. Dans mon studio, j’ai mis des lampes rouges. Dès que j’y entre, je m’immerge tout entière dans mon univers. Plus qu’un endroit où je me sens bien, c’est vital pour moi.”

 

Antidote de Shay (Capitol) disponible.

Trench en gabardine de coton, jupe avec trench en gabardine de coton amovible, corset en cuir, mesh et dentelle, casquette, bague monogrammée en or et cristal, et sandales, BURBERRY. Réalisation : Edem Dossou. Coiffure : Yann Turchi avec Redken chez Bryant Artists. Maquillage : Aurore Gibrien avec Dior chez Bryant Artists. Manucure : Cam Tran. Assistant réalisation : Kevin Lanoy. Numérique : Thomas Clodine-Florent. Retouche : Mario Ernun. Merci à l’atelier de Daniel Adric.

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