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24 Octobre

Summer Walker, la star qui ne voulait pas être célèbre

 

Avant de devenir stripteaseuse, Summer Walker chantait dans sa salle de bain. Parfois effrayée par le monde, la chanteuse représente pourtant le futur du R’n’B américain. Portrait d’une star en puissance timide qui voudrait redevenir elle-même.

Par Alexis Thibault

Accrochée au manche d’une guitare qui la rassure, Summer Walker fredonne devant sa caméra et ressuscite l’ère MySpace sans le vouloir. Sa baignoire fait office de scène, sa salle de bain d’auditorium. Plus tard dans la soirée, elle enfile son costume de stripteaseuse et s’abandonne à la fournaise d’un club qui a fonction d’exutoire. Les deux épisodes seront partagés sur Instagram comme si ce dédoublement de la personnalité était ordinaire.

 

Aujourd’hui, Summer Walker a 23 ans. Elle compose depuis qu’elle est en âge de le faire. Si elle le pouvait, la Texane se contenterait de glisser ses partitions sous la porte avant de s’enfuir en silence… mais le star-system en a décidé autrement. En 2018, elle signe sur le label LVRN qui soutient notamment le chanteur d’Atlanta 6lack. Très vite, les adeptes de R’n’B adoubent cette soul girl d’un nouveau genre qui pourrait pleurer sur scène à tout moment, tourmentée par les regards et l’affection que les gens lui portent.

“Girls Need Love” de Summer Walker.

Dévoilé mi-octobre, le clip Playing Games condense – musicalement et esthétiquement – tous les éléments nécessaires à l’élaboration d’un titre de R’n’B efficace : étendue sur un divan noir, protégée par une brassière à froufrou rose qui renforce son personnage de mante religieuse lassée par les hommes, Summer Walker contemple un type enchaîné, en lévitation au dessus d’elle. Avec l’album Over It, elle a tenté de fuir sa réalité. Parachutée dans l’industrie musicale, elle doit incarner celle qui se sent bien. Une bombe sexuelle implacable dont l’esthétique Haribo renferme pourtant une mélancolie sombre.

 

Summer Walker ne s’en cache pas : la musique est sa came. Un besoin vital, une thérapie pas vraiment assumée. Donc elle se shoote à la néo-soul d’Erykah Badu et d’Amy Winehouse puis fantasme les années 90 jusqu’à reprendre les mélodies d’Usher. Timide, parfois maladroite, c’est abritée sous la capuche d’un sweat-shirt noir qu’elle entonne le Girls Need Love qui l’a rendue célèbre dans le Jimmy Kimmel Live en février dernier. L’astuce, un groove déjà vintage, la délicatesse de Jhené Aiko et l’attitude de quelqu’un qui se contrefout du triomphe. On retient Body et Stretch You Out partagé avec le rappeur A Boogie wit da Hoodie. Ici ou ailleurs, Summer Walker est encore dans sa salle de bain.

“Playing Games” de Summer Walker.

Telle une célébrité agoraphobe qui subit son statut, Summer Walker produit des chansons d’amour en slow motion. Elle aurait pu se contenter de composer pour les autres mais elle a actionné la machine infernale. Sa tournée a d’ores et déjà débuté, la jeune femme doit affronter la foule alors qu’elle peine déjà à affronter le monde. Incapable de contrôler son image, elle l’a confiée au capitalisme, passant de la jeune chanteuse source de fantasme à la pin-up façonnée par le marché. Le pire dans cette histoire, c’est que la soul de Summer Walker est revigorante.

 

 

Over It, de Summer Walker, disponible.

“Body” de Summer Walker

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