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Suprême NTM en quatre morceaux coup de poing et inoubliables

Musique

Dévoilé hors compétition lors du Festival de Cannes en juillet dernier, Suprêmes est le premier biopic sur le groupe de rap mythique Suprême NTM, en salle ce mercredi. Si Joeystarr y est incarné par Théo Christine et Kool Shen par Sandor Funtek, le film, réalisé par Audrey Estrougo, se penche sur les débuts du duo originaire du 93, de sa naissance en Seine-Saint-Denis dans un climat violent, à son premier Zénith en 1992. Pour l’occasion, Numéro revient sur quatre morceaux coup de poing et inoubliables du groupe, dont certains ont suscité la polémique, et plus encore…

1. Le Monde de demain (1990), un véritable cri du cœur

 

Extrait du premier maxi [aujourd’hui appelé EP] de Suprême NTM sorti en 1990, Le Monde de demain est le tout premier tube du duo de rappeurs, dévoilé seulement un an après la formation du groupe en 1989. Produit par DJ S, ce titre a été enregistré dans un contexte marqué par une montée des émeutes dans les quartiers, notamment au moment où un jeune de 21 ans a trouvé la mort le 6 octobre 1990, à Vaulx-en-Velin, près de Lyon, à l’occasion des mouvements de lycéens. Comme un véritable cri du cœur, Le Monde de demain évoque, de manière crue et lucide, la violence dans les banlieues, à travers un texte poignant sur la jeunesse française désabusée qui se révolte. Sur un beat funk et des textes ultra conscients, ce morceau a fait connaître le groupe auprès d’un public plus large, et a ensuite ouvert la porte à une nouvelle ère dans le rap, celle de la dénonciation, avec des artistes comme IAM et MC Solaar.

2. J’appuie sur la gâchette (1993), le morceau accusé de faire l’apologie du suicide

 

Sorti en 1993 sur le deuxième album du groupe, J’appuie sur la gâchette est l’un des premiers titres polémiques de Suprême NTM. Si Joeystarr et Kool Shen avaient fondé la promotion de ce disque sur le fait qu’il ne passerait jamais à la radio, le morceau a en effet été très mal reçu par le public, puisqu’il a été accusé de faire l’apologie du suicide. Bien que J’appuie sur la gâchette soit un morceau extrêmement dur et réaliste, il évoque en réalité la situation d’isolement des individus déclassés dans la société, sujet encore très tabou à l’époque. Le titre n’est pratiquement pas joué en radio (comme beaucoup de morceaux de rap à ce moment-là) et son clip n’est jamais diffusé à la télévision avant minuit. Au final, ce disque fut donc l’une des plus mauvaises ventes dans la carrière du duo.

3. Police (1993), jusqu’à une condamnation en justice

 

À l’instar de J’appuie sur la gâchette, Police est l’un des singles du deuxième album de Suprême NTM, sorti en 1993. S’il est l’un des morceaux les plus hardcore du groupe, le titre a largement entretenu la sulfureuse réputation du duo de Seine-Saint-Denis. Dans Police, Joeystarr et Kool Shen accusent, dans des termes plus que virulents, les forces de l’ordre d’abuser de leur pouvoir, paroles qui ont même entraîné une enquête de la police nationale, affaire qui restera sans suite. Cependant, le morceau prend une véritable dimension politique le 14 juillet 1995, lorsque le groupe s’en prend aux forces de l’ordre au moment de chanter le titre lors d’un concert à La Seyne-sur-Mer (Var). Suprême NTM est alors poursuivi pour “propos outrageants”, et écope de deux mois de prison avec sursis et d’une amende de 25 000 francs chacun.

4. Ma Benz (1998), le titre accusé de renvoyer une image dégradante de la femme

 

Sorti en 1998 et produit en collaboration avec le musicien Lord Kossity, Ma Benz est l’un des plus gros succès de Suprême NTM, avec plus de 140 000 exemplaires vendus. Pour illustrer le morceau, Joeystarr et Kool Shen se retrouvent devant un objectif grand angle digne des clips américains de l’époque, entourés de strip-teaseuses qui dansent autour d’une voiture. Accusée de renvoyer une image dégradante de la femme en hypersexualisant les comédiennes – en plus des paroles plutôt suggestives du titre –, la vidéo est alors censurée par le CSA [Conseil supérieur de l’audiovisuel], et est diffusée à la télévision seulement après 22 heures.

 

Suprêmes (2021) d’Audrey Estrougo, en salle mercredi 24 novembre.