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06 Février

Les Strokes mettent Paris en émoi

 

Nouveaux messies d’une scène punk-rock trop longtemps endormie, les New-Yorkais n’ont jamais connu de traversée du désert. The Strokes débarque à Paris le 18 février… dans un Olympia pris d’assaut.

Par Nathalie Fraser, et Gonzague Dupleix

The Strokes photographiés par Jean-Baptiste Mondino.

Bercés par Blondie, les Velvets et autres Television, les Strokes sont un groupe de rock’n’roll comme on n’en fait plus : un esprit rétro doublé d’un flair novateur les démarque du lot et suscite un engouement généralisé. D’abord chez Geoff Travis, directeur du légendaire label anglais Rough Trade, suffisamment impressionné par leur première démo pour la sortir telle quelle. Puis la presse internationale a vite fait de s’emparer du phénomène : “Les Strokes vont changer votre vie”, déclarait le New Musical Express à leurs débuts. Mais la cerise sur le gâteau, c’est le look affiché par ces cinq bouilles d’anges. Cravates, vestes étriquées, tignasses savamment décoiffées et pantalons moulant des fesses inexistantes, le style “Strokes” fait l’unanimité et séduit autant les fans, qui se précipitent dans les friperies pour mieux imiter leurs idoles, que le monde de la fashion. Marc Jacobs et Kate Moss sont des inconditionnels, Jean- Baptiste Mondino leur trouve “des têtes géniales” et perçoit chez eux une rage et un charisme hors du commun. Une image judicieusement calculée, selon certains critiques, pour qui le passé glamour des comparses – écoles privées en Suisse, parents célèbres – ne rimerait pas avec cuir noir. 

 

The Strokes – “Reptilia”

Ces fils de bonnes familles se seraient relookés pour la bonne cause, abreuvés de références de seconde main. Et alors ? Avec un premier album plébiscité et vendu à 1,6 millions d’exemplaires (Is This It, une affirmation comme un coup de poing dans la gueule, le point d’interrogation oublié “pour raisons esthétiques”), ils font salle comble et ont l’Amérique à leurs Converse. Qu’ils soient “authentiques” ou pas, les Strokes ont réussi leur coup. Un succès facile à comprendre lorsqu’on se plonge dans la fosse de leurs concerts. Mines épanouies et T-shirts trempés de sueur, les fans répondent présents. La France a longtemps attendu les Strokes, repartis conquérir leur pays après une première percée européenne. Sur scène, la puissance quasi taciturne du groupe n’est pas sans rappeler Oasis au faîte de leur carrière, dopée. Bain de foule spectaculaire pour le chanteur Julian Casablancas, dont la voix étonnante est soutenue par la basse du déconcertant Nikolai Fraiture (Lurch de la Famille Addams en blouson de cuir) et la batterie frénétique de Fab Moretti. Mais c’est l’alchimie entre les deux guitaristes Albert Hammond Jr. et Nick Valensi qui catalyse l’énergie Strokes, une vitalité à la croisée du punk et du bon vieux rock’n’roll.

The Strokes – “Last Nite”

Le XXIe siècle promettait l’avènement de l’électro, mais les Strokes en ont décidé autrement. First Impressions of Earth, troisième album sorti en 2006 achève de convertir les années 2000 au rock. Cette idéologie continue son imprévisible traversée des âges et frappe chaque décennie de son sceau. En 2001, la technologie s’implante dans la plupart des productions discographiques, et donne lieu aux expérimentations électroniques les plus abstraites, et aux mélanges de genres les mieux sentis. L’un des auteurs de ce basculement – en l’espèce Fabrizio, gravure de mode frisottée et batteur métronomique du groupe – , nous livrait son point de vue sur la question : “Il me semble que les gens en ont eu marre d’écouter des groupes de pop arrivistes, et se sont tournés vers autre chose, auquel ils pourraient se rattacher.” Et d’évoquer les années CBGB’s et l’incroyable impact des Ramones comme “un petit quelque chose qui laissait penser que tout le monde était capable d’en faire autant.”

The Strokes – “Under Cover of Darkness”

Plus tard, l’irrésistible arrogance du groupe se fait plus lyrique. Les Strokes jouent davantage avec les textures et les structures. Le son râpeux et savamment poussiéreux des débuts se fait plus rutilant. Plus pro. Subtilement corrosive, la voix de Julian Casa- blancas, élément majeur du combo new-yorkais, dirige les lignes d’errance de ces bohémiens mondains. Jadis distordue par un micro intentionnellement cheap, elle accepte dorénavant son unique présence, titube, vacille et flanche, puis se relève de plus belle. Tribulations sous contrôle d’un cousin éloigné du princier Morrissey. “Nous sommes toujours animés par ce même feu, cette grâce et cette fièvre”, commentait l’avisé Fabrizio. Nous tâchons de ne jamais nous répéter, il me semble que c’est aussi simple que ça”, enchaînait alors Nick. Une sentence que les croisés du “c’était mieux avant”, noteront précieusement sur leurs tablettes, avant de s’embusquer au tournant, le couperet à la bouche. 

 

Leur dernier album studio, Comedown Machine, remonte à 2013. Entre temps, seul l’EP Future Present Past (2016) a permis au fans de se mettre quelque chose sous la dent. Le 18 février, les New-Yorkais débarque à Paris, à l’Olympia, pour un concert… déjà complet.

 

The Strokes en concert à l’Olympia Bruno Coquatrix, le 18 février 2020.

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