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The Velvet Underground : 5 choses que vous ne savez peut-être pas sur le groupe fétiche d'Andy Warhol

Musique

Le documentaire sur le Velvet Underground réalisé par le cinéaste américain Todd Haynes, qui a électrisé Cannes, sera diffusé le 15 octobre prochain sur Apple TV+. L’occasion de revenir sur les aspects méconnus d’un groupe qui a révolutionné la pop culture, que ce soit à travers sa musique avant-gardiste ou son attitude arty et sulfureuse.

C’est l’un des groupes qui a suscité le plus de vocations

 

Dans les années 80, le légendaire Brian Eno a déclaré au Los Angeles Times : "Je parlais à Lou Reed l’autre jour et il me disait que le premier album du Velvet Underground n’a été vendu qu’à 30 000 exemplaires (58 476 exemplaires s’en sont écoulés en réalité) dans ses cinq premières années. Je pense que chacun de ceux qui ont acheté une de ces 30 000 copies a fondé un groupe !." Il serait difficile de lister tous les artistes que le Velvet Underground a influencé, que ce soit par ses sonorités avant-gardistes mêlant très librement rock, folk, protopunk et bien d'autres choses encore ou son aura décadente. Les New Yorkais avaient beau se vivre comme un anti-groupe et se comportaient souvent de façon odieuse avec leur entourage et leurs fans, ils sont devenus l'inverse de leurs grandes idées en gagnant le statut d'idoles.

 

Iggy Pop, David Bowie, Talking Heads, R.E.M., Nirvana, Sonic Youth, Daft Punk, mais aussi de nombreux groupes de punk, de new-wave et de rock indépendant ont tous puisé dans les mélodies psychédéliques, les envolées expérimentales ou le bruit blanc produit par la formation emmenée par Lou Reed. En 1996, c’est une autre pionnière, Patti Smith, qui a introduit le groupe au Rock and Roll Hall of Fame, une institution américaine qui signifie qu'on détient enfin ses lettres de noblesse dans le sérail des musiques à guitares. En septembre dernier, la sortie d’un album hommage intitulé I'll Be Your Mirror : A Tribute to The Velvet Underground & Nico réunissant St. Vincent, Kurt Vile ou encore Courtney Barnett montrait, une fois encore, que l'héritage de ce groupe sombre et mystérieux n’est pas prêt de s’éteindre.

Leurs albums ont été des échecs commerciaux

 

Telle un météorite, la carrière du Velvet Underground n'a duré que quelques années, avec seulement quatre albums officiels sortis entre 1967 et 1970. Chacun d'entre eux ne s’est vendu qu’à quelques milliers d'exemplaires. Et le succès critique n’a pas non plus été au rendez-vous, la plupart des journalistes de l’époque qualifiant leur musique dissonante d’attaque contre les oreilles et le cerveau. Le premier disque du groupe devenu culte par la suite, The Velvet Underground and Nico, enregistré à Manhattan en 1966 pour une somme estimée entre 1500 et 3000 dollars, a même été rejeté par plusieurs maisons de disques. Il a finalement été signé par le label Verve qui a demandé à ces dissidents un peu trop éloignés de l'utopie hippie de l'époque de réenregistrer certains de leurs morceaux. Un an auparavant, les membres du Velvet acceptaient 75 dollars pour jouer leur premier concert dans une école publique supérieure de l’Union County (dans le New Jersey). Autant dire que cette aventure sonore était loin d'être aussi bankable que l'œuvre de leur mécène, Andy Warhol.

 

Ils cultivaient un côté littéraire et sulfureux

 

Le nom du groupe vient d’un ouvrage traitant de sadomasochisme (entre autres pratiques sexuelles jugées déviantes), écrit par Michael Leigh et publié en 1963. Les thèmes du premier album du Velvet Underground tournent eux-aussi autour de la sexualité (débridée), de l’addiction aux drogues dures et du mal-être. Lou Reed, qui avait subi dans sa jeunesse un traitement douloureux par électrochocs, abordait ces sujets avec une verve et une crudité rappelant Jean Genet. Il s’inspirait de William S. Burroughs, Allen Ginsberg, Raymond Chandler et Hubert Selby, des écrivains phares de la contre-culture pour donner plus de poésie et de profondeur au rock. Comme ces auteurs, Lou Reed et sa bande voulaient témoigner du côté obscur et marginal de New York. Le New York des laissés-pour-compte, de ceux qui traînent tard la nuit dans les rues sales, sans cheminement précis. "Take a walk on the wild side" chantera plus tard Lou Reed en solo, proposant une balade interlope au milieu des prostituées et des camés. À cause des paroles subversives de la formation, le premier album du Velvet sorti en 1967 fut banni de nombreux disquaires et radios. Même les magazines ne voulaient pas diffuser les publicités du disque. Dans les performances live des années 60, le Velvet se produisait, sur fond de films en noir et blanc, avec d’autres artistes de la Factory d’Andy Warhol dont Gerard Malanga qui dansait avec un fouet, filant la thématique BDSM. Une mise en scène provoc qui assura une fois de plus la réputation dangereuse d'un groupe qui aimait piétiner la notion de moralité.

Nico : une muse un peu trop charismatique

 

Nico, mannequin et actrice allemande à la beauté fascinante, à la limite de l'irréel, était l'une des muses fétiches d’Andy Warhol dans les années 60. Il la faisait tourner dans ses films, l’invitait à irradier de ses costumes blancs et de son blond polaire les murs argentés de la Factory, et surtout, il l'imposa au Velvet Underground en tant que chanteuse. Son but ? Donner un cachet glamour à une bande dont il ne trouvait aucun membre assez beau pour rencontrer le succès. Sauf que Nico sema vite le trouble au sein de la formation, nouant des relations amoureuses avec John Cale, bassiste et pianiste du groupe, mais aussi avec Lou Reed. Ce dernier trouvait d’ailleurs que la jeune femme lui faisait un peu trop d’ombre. L'artiste germanique quitta le groupe l'année de la sortie du premier album (en 1967) et poursuivit une longue et passionnante carrière solo qui fit elle aussi bien des émules.

 

Andy Warhol était leur Cendrillon (et leur Dracula)

 

Andy Warhol est crédité en tant que producteur du premier album du Velvet Underground avec Nico, mais il n’a pas influé directement sur leur musique. Lou Reed a avoué dans plusieurs interviews que le pape du pop art se contentait de s’assoir et de les écouter avant de s’exclamer "Oooh, c’est fantastique." Par contre, le Velvet Underground lui doit beaucoup, à commencer par la fameuse pochette "à la banane" de leur premier album. Des rumeurs prétendaient lors de sa sortie que si on pelait l’autocollant en forme de fruit – phallique – présent sur le disque, on trouverait peut-être du LSD sous la colle. Si le groupe vira très rapidement leur manager qui avait rêvé de rockeurs vêtus de noir jouant dos au public, il garda une certaine affection pour celui qu’ils surnommaient "Drella" (un croisement entre Dracula et Cinderella). En 1990, les membres de la formation new-yorkaise fraîchement réunis rendirent un bel hommage au maître (décédé en 1987) de la sérigraphie en publiant un album intitulé Songs for Drella.

 

The Velvet Underground de Todd Haynes, disponible Apple TV+ sur le 15  octobre prochain. I’ll Be Your Mirror : A Tribute to the Velvet Underground & Nico, Universal, disponible.