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13 Mai

“J’irais jusqu’à la mort pour mon art”: Yoshiki, icône du groupe culte et fou X Japan

 

En période de confinement, Numéro continue de s’intéresser aux artistes qui accompagnent nos journées en musique. Aujourd’hui, le célèbre batteur et membre fondateur du groupe de rock japonais X Japan – pionnier du mouvement visual kei où les effets visuels sont aussi importants que le son – se confie sur son grand amour pour la musique classique, ses opérations chirurgicales et ses dernières collaborations avec Marilyn Manson, Bono, Will.i.am et Jennifer Hudson. 

Par Emma Naroumbo Armaing, et Alexis Thibault

Que ce soit en groupe ou en solo, le talent de Yoshiki méduse quiconque se trouve face à lui. Fondateur et leader emblématique du groupe de rock X Japan, le batteur androgyne est le pionnier du mouvement visual kei où les effets visuels – du maquillage aux effets pyrotechniques – sont aussi importants que le son. Plus tard, il officie en tant que pianiste soliste, oscillant entre des concertos de Tchaïkovsky et des performances enflammées, dignes du groupe américain KISS. Son jeu endiablé lui vaudra d’ailleurs de multiples interventions chirurgicales, son corps est au bord de la rupture. Yoshiki a toujours cherché à repousser ses propres limites… et celles de sa musique. Il a fait de sa musique un véritable art de vivre qui s’incarne aussi à travers une mode explosive à l’esthétique loufoque. Aujourd’hui au sommet de son art, Yoshiki se confie à Numéro et évoque son succès international fulgurant mais aussi la réalité plus sombre qui se cache derrière son personnage. Rencontre. 

 

 

Numéro : Est-il vrai que lors de la Japan Expo de Paris en juillet 2007, certains de vos fans ont patienté 23 heures pour vous apercevoir et décrocher un gribouillis sur un coin de feuille ?

Yoshiki : Il me semble oui. Cela paraît difficile à imaginer, mais je me souviens de chaque instant unique passé à aller à la rencontre de mes fans. Sans eux, je ne serais pas là où je suis aujourd’hui. Ma vie a été remplie de tragédies… le suicide de mon père, les morts successives de deux des membres de mon groupe Hide et Taiji, les idées noires et les envies de suicides qui m’ont suivies pendant des années… Le soutien de mes fans m’a fait revivre. Ils m’ont sauvé la vie ! Aujourd’hui j’essaie de raconter mon histoire afin de leur rendre l’inspiration qu’ils m’ont donnés, et en tant que musicien, j’essaie de composer une belle musique afin, je l’espère, de pouvoir sauver désormais la vie des gens.

 

 

À la fin de vos concerts, il vous arrive parfois de fracasser votre batterie contre le sol. N’est-ce pas un immense manque de respect envers ceux qui se contentent de marteler des packs d’eau à chaque Fête de la musique ? 

La ligne est fine entre les rêves et la réalité, et il en va de même pour l’art et les conventions morales. Cela dépend de l’endroit où les gens tracent cette ligne. Comprenez-moi, j’ai un énorme respect pour les instruments de musique. J’irais peut-être même jusqu’à me donner la mort pour mon art… comme l’a fait mon père. C’était un souvenir d’une atrocité insoutenable, mais je considère que certaines de mes actions destructrices peuvent être de l’art... même si j’aimerai éviter toute autodestruction !

X Japan - Solo de Yoshiki (1990)

Costumes, jeu de scène… Vous avez toujours arboré votre côté rebelle et insoumis mais paradoxalement, vous semblez à fleur de peau. Faut-il pleurer souvent pour être un vrai punk ?

Je pense que la rébellion, l’insoumission et l’hypersensibilité peuvent cohabiter dans une même personne. Je me battrais avec n’importe qui si je dois le faire, je n’ai pas peur. En revanche, il m’arrive aussi de pleurer en regardant E.T. [Rires.] Et puis, quelle est la définition du mot punk ? Je change constamment sa définition ; certaines définitions s’appliquent au passé, d’autres s’élaborent au présent. 

 

 

Vous avez collaboré de nombreuses fois avec des maisons telles que Miu Miu, Louis Vuitton ou encore Stella McCartney. Quels rapports entretenez-vous avec la mode ? Pensez-vous avoir fait entrer le punk dans le milieu de la haute couture à travers votre esthétique ?

Mon père créait des kimonos à l’époque. D’habitude dans la tradition japonaise, le fils aîné reprend l’entreprise familiale, mais dans mon cas, je suis devenu musicien. Créer une marque de kimono est quelque chose de très naturel pour moi, car c’est dans mon sang. Lorsque l’on parle d’art, j’aime croire qu’il n’y a pas de frontière entre la musique et la mode. J’aimerais continuer de créer n’importe quelle sorte d’art qui inspire les gens. Avec un peu de chance, le monde de la mode peut me permettre de participer à cela, car j’ai eu beaucoup de mal à faire partie du monde de la musique. Mon approche combinant rock et musique classique était peu conventionnelle et l’industrie musicale a eu du mal à accepter mon style – je ne sais d’ailleurs pas si j’appartiens à ce monde encore aujourd’hui. Mais tant qu’il y a mes fans… Ils sont tout pour moi ! 

 

 

J’ai subi des opérations chirurgicales des cervicales à deux reprises et j’ai un disque artificiel dans mon cou. J’espère qu’aucun musicien ne suivra mes pas sur ce chemin-là !

 

 

 

Expliquez-moi en quelques mots en quoi consiste le “Visual Kei”. S’il s’agit simplement de faire du bruit avec beaucoup de lumière, je connais des types qui s’en sortent très bien devant les stades de football… Qu’est-ce qui est unique dans cette approche ? 

Le “Visual Kei” n’est pas un genre de musique ou une mode : c’est un état d’esprit. C’est la liberté de pouvoir vous définir vous-même. Même avec le rock, le genre tend à restreindre ce que vous pouvez ou ne pouvez pas faire. Je souhaitais faire tomber tous ces murs. Le “Visuel Kei” est un mouvement, une culture à part entière. 

 

 

Étant plus jeune, vous vous rêviez héritier de KISS. Quel artiste serait votre propre héritier aujourd’hui ?

Je serais honoré si des musiciens ont été inspirés par ma musique. D’un autre côté, mon jeu en tant que batteur m’a presque tué ! J’ai subi des opérations chirurgicales des cervicales à deux reprises et j’ai un disque artificiel dans mon cou. J’espère qu’aucun musicien ne suivra mes pas sur ce chemin-là !

 

 

Votre héritage semble bien assuré ! Vous avez aussi inspiré et été inspiré par nombre d’artistes remarquables. Parmi vos rencontres avec David Bowie, Michael Jackson et Marilyn Manson, laquelle était la plus improbable ?

Je regrette de ne pas avoir pu travailler avec David et beaucoup d’autres artistes extraordinaires partis trop tôt ! Je suis actuellement en train de travailler aux côtés de Marilyn Manson. Je pense que nous avons réussi à faire une série incroyable de morceaux, qui sera disponible bientôt, je l’espère. Marilyn n’est pas seulement un artiste hors-pair, il est aussi un grand ami !

Yoshiki - “Anniversary” (1999)

Avec tous vos projets musicaux, cinématographiques et de mode à la fois, trouvez-vous encore le temps de pianoter du Chopin ? 

Oui, je joue du piano tous les jours ! Je jouerai sûrement du Chopin, du Liszt, du Bach, du Beethoven et du Tchaïkovski lors de mon prochain concert classique. 

 

 

Quel est donc ce fameux projet musical #SING4LIFE que vous avez mis en place avec Bono, Jennifer Hudson et Will.i.am pendant le confinement ? 

Bono et Will.i.am sont des amis à moi. Un jour, Marc Benioff [P.D-.G du groupe éditeur de logiciels SalesForce] et Will.i.am m’ont demandé si j’étais intéressé de prendre part à ce projet. Mon ami Marc a eu l’idée de cette initiative, je suis tellement chanceux d’avoir de tels amis ! J’ai évidemment accepté et j’ai commencé à enregistrer de mon côté. Le message à retenir est que nous respectons tous une “distance physique”, mais que ce n’est pas pour autant que nous devons créer une “distance sociale”. Nous pouvons tous rester connectés à travers la musique. Je prie pour que tout le monde soit en sécurité durant cette pandémie. 

#SING4LIFE (2020) - Featuring Bono, will.i.am, Jennifer Hudson and Yoshiki

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