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28 Août

Young Thug, des HLM d’Atlanta à la tête du rap américain

 

Le 16 août dernier, à l’occasion de son vingt-huitième anniversaire, le rappeur américain Young Thug a dévoilé son troisième album “So Much Fun”.  La recette de ce dernier opus : dix-neuf titres, de nombreuses collaborations, une pincée de génie et voilà que le chanteur s’assoit sur un trône convoité : celui du rap américain.

Par Chloé Sarraméa

À Atlanta, naît Jeffrey Williams

 

Au cœur de la ville américaine d’Atlanta, siègent quelques terrasses de cafés, boutiques et autres disquaires. Sur les grandes avenues, les silhouettes se croisent et forment un décor imprégné de toutes les cultures urbaines : punks, graffeurs et adolescents arborent des baskets énormes à bouts ronds, des tee-shirts à l’effigie du rappeur 50 Cent, des tatouages et des diamants plus lourds que des clés de voiture. Ces silhouettes sont celles des jeunes qui ont grandi à Atlanta dans les années 90. À l’époque, quelques uns d’entre eux ont sans doute croisé la route de Jeffrey Williams. Dans les rues de la capitale de l’Etat de Géorgie, le petit Jeffrey – que tout le monde surnommera plus tard Young Thug – se dirige à reculons vers son école élémentaire. Les salles de classe, très peu pour lui : il quitte les bancs de l’école en sixième après avoir cassé le bras de l'un de ses enseignants. Dans la foulée, il est incarcéré pendant quatre ans dans un centre de détention pour mineurs. À sa sortie de prison, Jeffrey Williams retrouve ses dix frères et sœurs, arpente de nouveau les rues de son enfance, et traîne devant les terrasses de restaurants au moment où sa petite amie met au monde son premier enfant. Le rappeur en devenir est l’exemple même de ce que les millenials appellent alors les “thugs” : des hors-la-loi qui s’affranchissent de toutes les règles et fascinent leurs voisins de palier. Mais Young Thug, lui, a le talent en prime.

À Atlanta, Jeffrey Williams devient Young Thug

 

Filmée par Donald Glover [Childish Gambino] dans sa brillante série Atlanta, la capitale de l’État de Géorgie a confirmé son aspect cinégénique. À Atlanta, on vit, on traîne, on crée. D’autant que la cité emblématique demeure le berceau de plusieurs symboles américains (et pas des moindres) : Martin Luther King, Spike Lee, André 3000 ou… le Coca-Cola. Et Young Thug, donc, qui dicte presque les lois du hip-hop américain depuis maintenant huit ans. Celui que beaucoup décrivent comme le digne héritier de Lil Wayne, s’est imposé dans le rap jusqu’à éclipser ses congénères, mettant fin au règne des tout puissants Kanye West, Drake et autres Eminem. “Thugger” a débarqué.

 

Repéré par le rappeur Gucci Mane après la sortie de sa série de mixtapes I Came From Nothing (“Je pars de rien”) entre 2011 et 2012, Young Thug a depuis bâti un empire. Il s’impose dans le monde du rap avec des morceaux mélodieux, oscille entre rap et chant et présente un style détonant : l’artiste s’amuse avec ses cordes vocales, marmonne presque toujours et scande des “Jeffrey” aigus qui deviendront sa marque de fabrique. En 2013, Young Thug sort son premier single, Stoner, grand succès commercial, puis le célèbre Danny Glover, repris plus tard par la rappeuse plantureuse Nicki Minaj. Le style radical de Young Thug lui vaut très vite la reconnaissance de ses pairs : Travis Scott, Metro Boomin, Kanye West veulent absolument collaborer avec lui. Seule ombre au tableau, Lil Wayne – source majeure d’inspiration du rappeur – qui s’oppose au dernier projet d’album de Young Thug. Ce dernier tient à ce qu’il s’intitule Tha Carter VI, en hommage à la série emblématique de disques de son modèle, Tha Carter. Clashs, insultes et menaces vont bon train. Le rappeur d’Atlanta se ravise et sort finalement une énième mixtape, Barter 6, en 2015.

Les années passent, les tubes du rappeur sont téléchargés par millions sur les plateformes de streaming et le succès grandit. Check enflamme la Toile en 2015, With That (en duo avec Duke) cumule plus de 158 millions de vues sur YouTube et son titre Pick Up the Phone (2016) frôle la perfection: son rythme entêtant devient l’hymne de la génération “cell phones”. À Atlanta, le succès frappe à la porte de Jeffrey Williams, et les dollars enfoncent la porte.

À Atlanta, Young Thug écrit So Much Fun

 

Vendredi 16 août, toujours à Atlanta. Il est minuit heure locale quand Young Thug, fête son vingt-huitième anniversaire. Ses six enfants sont couchés et c’est à cette heure tardive qu’il célèbre ­– dans un studio enfumé – une année supplémentaire et la sortie de son troisième album studio, So Much Fun. Ce dernier opus (“tellement marrant” en anglais) est une déclaration d’amour : une ode à l’argent, à l’alcool, au sexe et aux drogues. Monnaie courante dans le rap.

 

Mais si So Much Fun se distingue des autres albums de rap sortis cette année, c’est parce qu’on retrouve la patte de Young Thug : différentes voix, différents rythmes, des onomatopées à n’en plus finir et des textes que le rappeur d’un mètre quatre-vingt-onze écrit lui-même. Dans le premier morceau de l’album Just How It Is, tube en devenir, il scande dans un refrain entêtant “I got cars galore, lil' bitch, 'cause I'm rich” (“J’ai des voitures à gogo, p’tite chienne, car je suis riche”), et précise dans The London, dernier titre de l’album (en collaboration avec Travis Scott) qu’il est “dans sa Lambo et qu’elle est prête à démarrer”. So Much Fun se révèle être à la fois un éloge de l’argent, du luxe mais aussi des drogues et notamment de l’ecstasy (dans le troisième morceau de l’album, Ecstasy).

Après le temps des incarcérations, vient celui des collaborations de haut rang pour Young Thug : 21 Savage, Future, J. Cole (le protégé de Jay-Z), ou encore Quavo du trio Migos (également originaire d’Atlanta). So Much Fun signe le retour du rappeur aux dreadlocks peroxydées, il se joue de la concurrence bien installé dans sa Lamborghini.

 

So Much Fun, Young Thug, disponible. 

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