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Numéro
09 Fabrice Hyber, Fondation Cartier, Exposition, Paris, Paris+, Art Basel

L'artiste Fabrice Hyber décrypte son immense fresque exposée à la Fondation Cartier

Numéro art

À l’occasion de son exposition personnelle “La Vallée” présentée jusqu'au 30 avril à la Fondation Cartier, l’artiste français Fabrice Hyber révèle sa fascination pour les mutations du vivant et décrypte l'une des œuvres phares de cette nouvelle proposition : Error, une immense toile aux airs de fresque inspirée par l'histoire de la graine, de sa germination qui donnera naissance au monde végétal à l'arrivée de l'être humain.

En collaboration avec Paris+ par Art Basel.

  • Fabrice Hyber, “Error”, 2022.

    Fabrice Hyber, “Error”, 2022. Fabrice Hyber, “Error”, 2022.
  • Fabrice Hyber, “Error” (détail), 2022.

    Fabrice Hyber, “Error” (détail), 2022. Fabrice Hyber, “Error” (détail), 2022.

Photographie de Marc Domage. Avec l'aimable autorisation de l'artiste et de Galerie Nathalie Obadia.

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Pour commencer, quelle est l'histoire derrière cette immense toile intitulée Error, que vous présentez actuellement au sein de votre exposition personnelle à la Fondation Cartier ?

Fabrice Hyber : J’ai réalisé Error (2022) l’été dernier dans le cadre d’une exposition collective au CENTQUATRE-PARIS, qui avait pour thème les graines. Comme dans tous mes tableaux, j’ai voulu y raconter une histoire : celle de la graine, depuis son arrivée sur notre planète jusqu’à son évolution dans le futur. J’ai imaginé la terre comme un amalgame de fluides qui se transforment petit à petit, alors que la vie apparaît à travers des bactéries qui fabriqueront notre oxygène. Les graines donnent ensuite naissance au monde végétal, et tout cet écosystème fabrique l’espèce humaine qui va décortiquer le monde à son tour.

Fabrice Hyber, “Error” (détail), 2022. Photographie de Marc Domage. Avec l'aimable autorisation de l'artiste et de Galerie Nathalie Obadia. Fabrice Hyber, “Error” (détail), 2022. Photographie de Marc Domage. Avec l'aimable autorisation de l'artiste et de Galerie Nathalie Obadia.
Fabrice Hyber, “Error” (détail), 2022. Photographie de Marc Domage. Avec l'aimable autorisation de l'artiste et de Galerie Nathalie Obadia.

Que traduit la présence de l'humain au sein de cette œuvre, et notamment à travers ce personnage vert récurrent dans vos œuvres?

Le personnage vert que l’on voit à droite de la toile, c’est “l’Homme de Bessines”, qui est apparu en 1991 dans mon travail. À l’époque, j’avais trente ans et je l’ai représenté à mon effigie, en m’imaginant à quoi je ressemblerais à soixante ans. Cet homme est devenu mon personnage principal. Il s’est transformé en adoptant plusieurs apparences – comme celle que j’ai dévoilée sous forme de sculptures, il y a quelques mois dans la fontaine du Palais Royal, pour ses trente ans. Sur cette peinture, il incarne l’être humain qui arrive pour structurer le monde en le hachant, pensant pouvoir le contrôler grâce au numérique, incarné par les lignes qui quadrillent l’extrémité droite. Mais même au sein de cette organisation froide et méthodique, la vie organique parvient à ressurgir parce que le corps du personnage a fini par fusionner avec le végétal. Cette image m’a été inspirée par les carrelages des sols et salles de bain domestiques, où en raison de l’humidité, la mousse et les champignons finissent toujours par s’inviter.

 

 

“Error transmet l’idée que la vie prendra toujours le dessus. Ainsi, si l’être humain souhaite rester dominant, il lui faudra apprendre de ses erreurs.” - Fabrice Hyber

Fabrice Hyber, “Error” (détail), 2022. Photographie de Marc Domage. Avec l'aimable autorisation de l'artiste et de Galerie Nathalie Obadia. Fabrice Hyber, “Error” (détail), 2022. Photographie de Marc Domage. Avec l'aimable autorisation de l'artiste et de Galerie Nathalie Obadia.
Fabrice Hyber, “Error” (détail), 2022. Photographie de Marc Domage. Avec l'aimable autorisation de l'artiste et de Galerie Nathalie Obadia.

“Je conçois toutes mes toiles comme les tableaux vierges d’une salle de classe, dont on apprend autant en les remplissant qu’en les montrant.” - Fabrice Hyber

 

 

Pensée comme une frise, cette peinture frappe notamment par ses dimensions exceptionnelles. Comment l'avez-vous réalisée ?

Avec ses 9 mètres de long et ses 2,20 mètres de haut, cette toile s’apparente en effet à une fresque. Ce qui me plaît dans ces formats très larges, c’est qu’ils permettent au public de marcher devant l’œuvre en suivant sa progression tout en restant à son échelle. Comme souvent, j’ai enduit ma toile de blanc de lithopone avant d’y ajouter de la peinture à l’huile très diluée pour conserver une transparence dans la matière et dans les formes, comme avec l’aquarelle. Pour le fond, qui semble décliner de gauche à droite les couleurs de l’arc-en-ciel, j’ai imaginé l’histoire chromatique du ciel, de ses origines rouges emplies de soufre à l’arrivée de l’oxygène pour le rendre bleuté, jusqu’au moment où il se salit et s’assombrit, pollué par l’action de l’être humain.

Fabrice Hyber. Photographie de Franck Dubray. Fabrice Hyber. Photographie de Franck Dubray.
Fabrice Hyber. Photographie de Franck Dubray.

“Malgré l'évolution de mes sujets, je considère que je fais toujours la même peinture depuis mes débuts dans les années 80.” - Fabrice Hyber

 

 

Par leur composition et leurs thématiques, vos œuvres adoptent souvent une dimension pédagogique. En quoi cela a-t-il évolué en plus de trente ans de pratique ?

Depuis mes débuts dans les années 1980, la peinture m’apprend à trouver des formes pour répondre aux questions qui m’intéressent, dans les mathématiques, la physique quantique ou encore l’épigénétique. Durant les premières années de ma carrière, je me suis forcé à dessiner exactement ce que je pensais. Mes tableaux ont donné naissance à des paysages inventés de toutes pièces. Malgré tout, je considère que je fais toujours la même peinture depuis le début. Je conçois toutes mes toiles comme les tableaux vierges d’une salle de classe, dont on apprend autant en les remplissant qu’en les montrant. C’est pourquoi, à l’occasion de ma nouvelle exposition personnelle à la Fondation Cartier, j’ai prévu de transformer le bâtiment en école où Error sera l’une des clés pour comprendre le vivant. Elle sera accrochée au sous-sol dans ce que j’ai nommé la « salle polyvalente », aux côtés notamment de quatre peintures verticales représentant des êtres en mutation. Cette immense toile transmet l’idée que la vie prendra toujours le dessus. Ainsi, si l’être humain souhaite rester dominant, il lui faudra apprendre de ses erreurs.

 

 

Fabrice Hyber, “La Vallée”, jusqu’au 30 avril 2023 à la Fondation Cartier, Paris. 

Fabrice Hyber est représenté par Galerie Nathalie Obadia (Paris, Bruxelles).