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FIAC digitale : 7 œuvres en phase avec leur époque sélectionnées par Numéro art

Numéro art

Présentée du 4 au 7 mars 2021 (2 et 3 mars pour les VIP), la programmation de la première FIAC intégralement digitale frappe fort. Numéro art a pioché parmi une offre immense 7 œuvres étonnantes, réalisées par des figures reconnues ou des talents plus émergents, dont les prix n'excèdent pas les 70 000 euros.

  • Korakrit Arunanondchai, “Painting with history (embrace)“ (2020). 62 000 €. Courtesy of C L E A R I N G Gallery

1. Korakrit Arunanondchai à la galerie CLEARING : Painting with history (embrace) (2020)

 

 

Né à Bangkok puis formé à New York, Korakrit Arunanondchai s’est imposé en artiste-chaman prodige de notre monde globalisé, passionné à la fois par l’imaginaire bouddhiste et animiste que par les questions écologiques contemporaines et l’effondrement de nos systèmes économiques et industriels. Ses films autant que ses sculptures très incarnées et ses installations immersives se font le reflet de ce regard composite où l’histoire et les croyances se trouvent face à leurs propres mutations. En atteste cette œuvre où le denim imprimé, brûlé puis réassemblé sur toile, les mains peintes en rouge et jaune et le feu créent un ensemble bruyant au chaos savamment maîtrisé.

Eliza Douglas, “Untitled“ (2020). 20 000 €. Courtesy of Air de Paris Gallery

2. Eliza Douglas à la galerie Air de Paris : Untitled (2020)

 

 

Dans les tableaux d’Eliza Douglas, des fragments de corps se mêlent à des détails de vêtements et distillent un univers empreint d’un détachement étrange et absurde. Pour l’une de ses séries les plus célèbres, l’Américaine férue de mode  – aperçue d'ailleurs à plusieurs reprises sur les podiums des défilés Balenciaga ces dernières années – reprend des tee-shirts imprimés habillés de super-héros, de zombies ou de noms de groupe de métal, dont elle reproduit les détails textiles et visuels à l’huile sur toile. Cette œuvre présentée par la galerie Air de Paris à la FIAC rejoindra bientôt les cimaises du Palais de Tokyo dans le cadre de la carte blanche offerte à l’artiste allemande Anne Imhof, dont Eliza Douglas est la muse.

Raphaela Simon, “Dicker Schuh“ (2020). 18 000 €. Courtesy of Max Hetzler Gallery

3. Raphaela Simon à la galerie Max Hetzler : Dicker Schuh (2020)

 

 

Peint en rouge écarlate sur fond noir, cet immense escarpin à talon ne pouvait pas se manquer aux murs de l’espace parisien de la galerie Max Hetzler il y a encore quelques semaines. Son auteure, la jeune plasticienne allemande Raphaela Simon, s’est amusée pendant des mois à parcourir l’application Vestiaire Collective pour en extraire des vêtements et accessoires, ensuite détourés et représentés sur fonds colorés pour être élevés au même rang que des revolvers ou des saucisses. Désireuse de représenter le théâtre d’une société consumériste submergée d’objets qui, de plus en plus, passent d’un propriétaire à un autre, l’artiste les sacralise par la peinture autant qu’elle les aplanit, non sans cynisme. N'en reste plus que leur substance visuelle et bidimensionnelle, manifeste à travers des formes simples et des couleurs percutantes.

Lutz Bacher, “Vegas Pants“ (2018). 60 000 €. Courtesy of Blum & Poe Gallery

4. Lutz Bacher à la galerie Buchholz : Vegas Pants (2018)

 

 

Ces quarante dernières années, Lutz Bacher s’est toujours faite discrète. Son choix d’adopter très tôt un pseudonyme masculin trompeur, allié à son indifférence générale pour les vernissages et autres événements publics du même ordre, a en partie contribué à ce positionnement. Grandement inspirée par la tradition du ready-made et par sa figure tutélaire Marcel Duchamp, l’artiste américaine réalise des photos, sculptures et mises en scène décalées que la fondation des Galeries Lafayette, lors de son inauguration en 2018, réunissait dans une exposition personnelle mémorable. Faite de 21 pantalons imprimés et remplis de paille, son installation intrigante mise en vente par la galerie Buchholz semble animer un théâtre d’épouvantails déchus aux corps tronqués.

Miriam Cahn, “kurz vor dem aufwachen” (1993). 42 000 €. Courtesy of Jocelyn Wolff Gallery

5. Miriam Cahn à la galerie Jocelyn Wolff : kurz vor dem aufwachen (1993)

 

 

Dans l’œuvre figuratif de Miriam Cahn, la couleur et le corps se mêlent pour déployer un vocabulaire visuel aussi brûlant que jubilatoire. Légende vivante de la peinture encore trop méconnue du grand public, l’artiste suisse poursuit depuis les années 70 une pratique qui interpelle, souvent avec violence, par sa crudité parfois radicale. Si l’on connaît surtout ses figures nues dégenrées ou ses femmes fécondes faisant de leur fertilité et de leur féminité une arme, ses travaux plus modestes à la craie sur papier petit format sont tout aussi puissants : sur ces cinq dessins rappelant la peinture onirique d’un Chagall, toute l’intensité de son regard transparaît dans des formes abstraites aux pigments flamboyants.

Sterling Ruby, “FLOWER (7552)“ (2020). 25 000 € - 50 000 €. © Sterling Ruby. Courtesy Gagosian

6. Sterling Ruby à la galerie Gagosian : FLOWER (7552) (2020)

 

 

Céramiques aux épais glacis, toiles réalisées telles des collages, sculptures monumentales, mais aussi plus récemment accessoires de mode, vêtements et robes haute couture… Les oeuvres de Sterling Ruby repoussent les limites de leur médium, entremêlant références à l’histoire de l’art, à l’artisanat et à l’esthétique industrielle. Si l’artiste américain s'illustre en peinture par son utilisation criarde des couleurs, de l’acide sur la toile et des techniques de délavage du textile, on découvre à la galerie Gagosian un échantillon étonnant de sa pratique de la céramique : cette fleur aux airs de pavot porte sur elle toutes les aspérités de sa technique, révélateurs essentiels du processus plastique de son auteur, qui la recouvre ici d’une teinte mordorée plutôt inhabituelle dans son vocabulaire esthétique.

Bojan Sarcevic, “New Emotional Style” (2020). 65 000 €. Courtesy of Frank Elbaz Gallery

7. Bojan Sarcevic à la galerie Frank Elbaz : New Emotional Style (2020)

 

 

Récemment exposé à la galerie Frank Elbaz, Bojan Sarcevic y mettait en scène une humanité à l'Âge de glace, pétrifiée, où l’humain sculpté s'hybridait avec des machines. Particulièrement inspiré par les récits et le cinéma de science-fiction des années 70 et 80, l’artiste né à Belgrade et aujourd’hui installé à Paris fige dans ses objets un avenir glaçant dont cette installation présentée à la FIAC et mise en vente à 65 000 euros offre un aperçu éloquent. L’empreinte d’une forme industrielle y est ici taillée dans un bloc de marbre agissant comme un socle, sur lequel apparaît une machine à glaçons mais également un morceaux de calcaire : le minéral brut se mêle ainsi au mécanisme de transformation d’un élément naturel, comme pour montrer à l’humain l’esquisse matérielle de sa propre désincarnation.

 

 

Découvrez la première édition digitale de la FIAC du 4 au 7 mars 2021 ici.