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Numéro
18

Avant-propos : Pourquoi il faut aller voir l'expo de Kenny Dunkan pendant la FIAC

Numéro art

Invités de ce nouveau Numéro art spécial FIAC 2021, les stars de l'art américain Rashid Johnson et Mark Bradford partagent leurs réflexions sur le rôle de l'artiste dans la société et l'importance de la question de leur identité, africaine-américaine dans les deux cas, dans leur création. Des questionnements qui rejoignent ceux de l'artiste français Kenny Dunkan, exposé à partir du 22 octobre au Studio des Acacias à Paris, et dont le mentor n'est autre que... Rashid Johnson.

Kenny Dunkan, “No apologies” (2020). Courtesy Galerie Les filles du calvaire

“Comment peut-on être un artiste gay latino-américain de couleur et être malgré tout poétique ?” Mark Bradford reprend à son compte, dans ces pages, cette interrogation de Felix Gonzalez-Torres. Comment, aujourd’hui comme hier, être un artiste noir et gay sans produire des œuvres qui soient surdéterminées par ces catégories ? Des œuvres qui puissent être subtiles et poétiques malgré tout ? – et ce “tout” est beaucoup. Des créations qui ne répondent pas à ce que l’on – interrogeons aussi ce “on” – attend d’un artiste gay de couleur. Toujours dans ces pages, Rashid Johnson ne dit pas autre chose : “L’un des grands débats de ma vie d’artiste a toujours été de savoir comment répondre à mes préoccupations en tant qu’homme noir américain, et de parler des conditions de cette expérience, sans être otage de cette expérience.” Engagés, ces artistes n’ont jamais cédé au didactisme et au repli sur soi, lui préférant toujours la création et la poésie. Sans jamais éluder la révolte et la violence.

 

Kenny Dunkan appartient lui aussi à cette famille d’artistes. Le travail de ce Français d’une trentaine d’années était mis à l’honneur dans notre précédent numéro. On y célébrait alors sa manière si singulière de transcender son héritage caribéen au sein d’installations, de sculptures, de photographies et de vidéos avec un luxe de détails et de matières techniques (plastique, mousquetons, mousse) formant des ensembles hyper contemporains qui font aussi bien référence aux domaines de la mode et du luxe qu’à celui de la spiritualité. Son corps noir était déjà un support majeur – et symbolique évidemment – de sa production. Depuis, Kenny Dunkan est devenu le premier artiste lauréat du mentorat de Reiffers Art Initiatives.

 

Ce nouveau fonds de dotation n’est pas étranger à Numéro art. Créé par son directeur de la publication Paul-Emmanuel Reiffers, qui m’a proposé d’en être le directeur délégué, Reiffers Art Initiatives partage naturellement les valeurs du magazine : promouvoir la jeune scène française et la diversité culturelle. Il offrira désormais, chaque année, à un jeune créateur de cette scène l’occasion de suivre un mentorat sous la direction d’un artiste de renommée internationale. Rashid Johnson a choisi d’être ce mentor pour Kenny Dunkan en 2021. “Il y a quelque chose de viscéral dans l’art de Kenny, nous a-t-il confié. Il y est question du corps, d’engagement, de conflit... Ses œuvres créent de réels moments d’ambiguïté. Vous ne savez jamais si elles sont objets d’une performance, ou de torture, ou de plaisir... Il y exprime sa propre vision, ce qu’il est, authentiquement. C’est la marque d’un véritable artiste.” Depuis toujours, nous expliquait d’ailleurs Kenny Dunkan, son art a cherché à “générer [sa] propre image et non celle qu’on [lui] a assignée”. Aboutissement de leurs échanges et de ce premier mentorat Reiffers Art Initiatives, une nouvelle exposition de Kenny Dunkan ouvre ses portes à Paris pendant la FIAC, au Studio des Acacias. Son titre ne devrait étonner personne : “NO APOLOGIES”.

 

 

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Kenny Dunkan, “No apologies” (2020). Courtesy Galerie Les filles du calvaire