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Numéro
31 Le jour où un ballet a pulvérisé la tradition et les codes de la danse

Le jour où un ballet a pulvérisé la tradition et les codes de la danse

Numéro art

Le 30 septembre 1922 eut lieu au Landestheater de Stuttgart la première d’un événement intitulé Ballet triadique par son auteur, Oskar Schlemmer...

Illustration : Soufiane Ababri. Illustration : Soufiane Ababri.
Illustration : Soufiane Ababri.

Il est alors professeur au Bauhaus, l’école d’art fondée en 1919 à Weimar par l’architecte Walter Gropius, qui l’a invité à prendre la direction du département de sculpture et de peinture murale.

 

De ce ballet légendaire, Schlemmer fit les premières esquisses dix ans plus tôt, en 1912. Il en présenta des extraits en 1916, sur une musique d’Arnold Schönberg, mais n’eut absolument aucun succès. Il le modifia, changea la partition musicale. Schlemmer n’était ni danseur ni chorégraphe, mais cherchait une forme d’expression en accord avec ses convictions artistiques. “Je suis trop moderne pour peindre des toiles, écrit-il dans son journal en 1925. La crise de l’art me tenaille. Je souffre l’angoisse plus que je ne peins ! Théâtre ! Musique ! Ma passion! Mais aussi l’étendue de ce champ. Des possibilités théoriques à ma mesure, qui me sont naturelles. Libre cours à l’imagination. Ici je peux être nouveau, abstrait, tout.

 

En opposition radicale avec les préoccupations de la danse moderne dans les années 20, centrées sur l’expression individuelle et la célébration du naturel (comme chez le chorégraphe hongrois Rudolf Laban dont les danseurs évoluent quasi nus dans les prés), Schlemmer conçut d’abord les costumes, puis inventa une chorégraphie adaptée aux diverses contraintes que ces costumes infligeaient aux corps des interprètes : équilibre compromis par des volumes disproportionnés, vision et respiration rendues difficiles par le port de masques... Ces costumes se présentent comme des sculptures, certains évoquent une sorte de décadence du tutu classique, d’autres modifient la silhouette par l’ajout de grosses boules ou de cornets. Le ballet, découpé en trois parties, est interprété par trois danseurs (deux hommes et une femme) qui exécutent trois fois quatre danses (solos, duos, trios) dans trois décors de couleurs différentes (jaune citron, rose et noir).

 

De cet événement historique, peu de choses subsistent : fragments de musique (finalement composée par l’Allemand Paul Hindemith), photos et costumes. Il fut cependant souvent remis en scène tout au long du 20e siècle, et aujourd’hui encore, dans des versions dont il est difficile de dire si elles sont conformes au ballet initial. Il est aussi souvent cité comme un moment saillant dans l’évolution de la danse contemporaine, bien que, dans son essai intitulé Mathématique de la danse (1926), Schlemmer ne laisse que peu de doutes quant à son opinion sur cette discipline qui – c’est ce qu’il écrit dans ce texte – “joint la méthode du professeur de lycée à l’extase expressionniste; où la coquetterie pure et doucereuse voisine avec l’héroïsme de poubelle.