235


Commandez-le
Numéro
12 Sterling Ruby - Palazzo Diedo - Berggruen

L’influent homme d’affaires et collectionneur Nicolas Berggruen installe l’artiste Sterling Ruby au Palazzo Diedo à Venise

Numéro art

Fils du grand galeriste et collectionneur Heinz Berggruen dont les Klee, Picasso, Matisse ou encore Giacometti sont aujourd’hui exposés dans le musée qui porte son nom en Allemagne, Nicolas Berggruen vient d'annoncer que le Palazzo Diedo à Venise accueillerait son tout nouveau centre Berggruen Arts & Culture destiné à promouvoir le travail des artistes contemporains. Premier invité en résidence dans les espaces monumentaux du palais, le célèbre Californien Sterling Ruby y dévoile une première sculpture inspirée par son enfance en Pennsylvanie. Le premier acte d’un projet en 4 volets.

Sterling Ruby photographié dans son atelier de Los Angeles par Reto Schmid pour Numéro art. Sterling Ruby photographié dans son atelier de Los Angeles par Reto Schmid pour Numéro art.
Sterling Ruby photographié dans son atelier de Los Angeles par Reto Schmid pour Numéro art.

“Avec le Palazzo Diedo, il ne s’agit pas seulement de présenter l’art de notre époque, de lui offrir une belle vitrine comme le font déjà d’autres institutions ou évènements à Venise, mais de revenir à ce que la cité des Doges avait l’habitude de faire : produire de l’art.” Nicolas Berggruen

 

Le palais qui fut, tour à tour, au XXe siècle, un palais de justice et une école accueillera en 2024 l’artiste star Sterling Ruby en résidence. Il y produira une grande exposition se déployant dans les vastes espaces d’un Palazzo Diedo rénové. D’ici là, l’artiste californien interviendra tout au long des travaux. Premier volet : une sculpture monumentale évoquant un mobile de Calder longiligne et DIY fend la façade néo-classique dans un contraste saisissant de matières industrielles et de couleurs pop. “J’ai grandi au sein d’une petite communauté rurale en Pennsylvanie, confie Sterling Ruby. L’une des traditions locales qui m’a toujours fasciné est l’installation d’‘hex signs’ le long des routes. Ces structures géométriques peintes à la main, dans une palette de couleurs primaires, sont à la fois un symbole de protection comme le surnaturel et des emblèmes abstraits de l’ordre céleste. Ils m’ont inspiré cette première sculpture que j’ai entièrement réalisée à partir de matériaux que j’avais emmagasinés dans mon atelier de Los Angeles, allant de châssis de camions rouillés à des tubes d’acier recyclé. J’espère que l’œuvre protègera le Palazzo Diedo pendant les rénovations.

HEX, sculpture sur la façade du Palazzo Diedo où est installé Berggruen Arts & Culture, et première phase de “A Project in Four Acts” de Sterling Ruby.  Photo : Andrea Avezzù HEX, sculpture sur la façade du Palazzo Diedo où est installé Berggruen Arts & Culture, et première phase de “A Project in Four Acts” de Sterling Ruby.  Photo : Andrea Avezzù
HEX, sculpture sur la façade du Palazzo Diedo où est installé Berggruen Arts & Culture, et première phase de “A Project in Four Acts” de Sterling Ruby. Photo : Andrea Avezzù

Il y a quelques années, Sterling Ruby revenait déjà dans les pages de Numéro art sur le rôle prépondérant de son atelier. C’était un entrepôt de chariots industriels. Les précédents propriétaires avaient laissé des tables de soudage, utilisées alors pour la fabrication, et qui portaient les stigmates de cet usage ainsi que les noms et prénoms de ceux qui s’en étaient servis. Je m’intéresse aux ajouts successifs de ces marques du passé, et à la façon dont les différentes strates servent d’indices de référence – à la fois de leurs fonctions industrielles et des individus qui ont fait fonctionner cette industrie. J’aime voir les traces du travail, de la fonction productive, comme des cicatrices sur la peau. […] Il y a, dans les matériaux, une franchise qui me plaît – on peut instantanément les reconnaître et les toucher. Leur langage est à la portée d’un public très large ; chacun d’entre nous va ressentir et appréhender les matériaux d’une façon particulière, qui vient transcender leur place dans une œuvre.” À Venise – où il s’installera en résidence fin 2023 ou début 2024 –, Sterling Ruby promet de trouver l’inspiration dans ce nouvel “atelier”, s’intéressant cette fois-ci aux strates d’histoire et aux différents savoir-faire de la ville. Le Palazzo ouvrira officiellement ses portes à l’issue de cette résidence, au moment de la Biennale de Venise, avec une grande exposition de l’artiste. “Reflétant directement et matériellement les traditions artistiques et l’artisanat dont Venise est le berceau, elle questionnera ce que cela implique de reconquérir un bâtiment riche d’une aussi longue histoire”, conclut-il.

Nicolas Berggruen. Photo : Spencer Lowell Nicolas Berggruen. Photo : Spencer Lowell
Nicolas Berggruen. Photo : Spencer Lowell

Homme d'affaires et collectionneur, Nicolas Berggruen est aujourd'hui installé à Los Angeles où il a développé une amitié avec Sterling Ruby. Connu pour son influence dans le milieu de l'art, il est – ou a été – membre de comités et de conseils des plus grands musées, dont la Tate, le LACMA, le MoMa, la Fondation Beyeler et la Serpentine Galleries. Il a joué un rôle clé dans le développement de la programmation et l’autonomie curatoriale du musée Berggruen, qui a rejoint la Nationalgalerie de Berlin en 2000. Nicolas Berggruen est aussi le fondateur du Berggruen Institute à Los Angeles, aujourd’hui établi également à Beijing et Venise. Dans ce cadre, il a soutenu des projets de mise en contact de grandes figures de l’art contemporain (Anicka Yi, Ian Cheng, Rob Reynolds, Agnieszka Kurant, Pierre Huyghe, Nancy Baker Cahill) et de chercheurs en intelligence artificielle et en biologie. Le Palazzo Diedo est le deuxième édifice historique dont le Nicolas Berggruen Charitable Trust fait l’acquisition à Venise, après la Casa dei Tre Oci (sur l’île de la Giudecca), siège européen du Berggruen. Quant à l'incontournable Mario Codognato, fils du grand collectionneur et créateur de bijoux vénitien, il a été nommé directeur artistique du Palazzo Diedo. Ancien conservateur en chef du MADRE à Naples, il a organisé les rétrospectives de Jannis Kounellis (2006), Rachel Whiteread (2007), Thomas Struth (2008) et Franz West (2010). Il est par ailleurs directeur de la Anish Kapoor Foundation qui vient, elle aussi, d'ouvrir ses portes à Venise.