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Numéro
03 Le jour où Yayoi Kusama exposa des macaronis dans une galerie

Le jour où Yayoi Kusama exposa des macaronis dans une galerie

Numéro art

Le 23 avril 1964, fut inaugurée à la Castellane Gallery sur Madison Avenue à New York l’exposition “Driving Image Show” de l’artiste japonaise Yayoi Kusama, née en 1929 et arrivée à New York en 1957. Le carton d’invitation de l’exposition, en noir et blanc, comprenait notamment l’inscription : “SEX FOOD-OBSESSION, COMPULSION- FURNITURE, REPETITIVE-VISION, MACARONI-ROOM, AIR-QUANTA, INTERMINABLE- NETS, PERSEVERATION-FORMS.”...

Illustration par Soufiane Ababri. Illustration par Soufiane Ababri.
Illustration par Soufiane Ababri.

Premier d’une série d’environnements ayant le même titre, qu’elle réalisa entre 1964 et 1966, il incluait un téléviseur diffusant les informations locales, une bande-son imprimant un beat rythmé à l’ensemble, divers mannequins et objets (un sofa, un miroir sur pied, une barque disposée à la verticale) couverts de multiples protubérances phalliques blanches. Le sol était jonché de macaronis et de rotelle (des pates circulaires ajourées à la manière d’une roue de char), de même que divers objets – un tee-shirt, une robe, un sac à main... C’est aussi un mannequin couvert de macaronis qui accueillait le visiteur à l’entrée de l’exposition. Le jour du vernissage, Kusama laissa déambuler deux chiens eux-mêmes pareillement couverts de macaronis dans la galerie, qui se présentait essentiellement comme un très grand fatras d’objets singuliers. En septembre 1964, Donald Judd himself rédigea une critique de l’exposition dans le no 38 de la revue Arts Magazine et écrivit notamment : “La galerie est si exiguë qu’on est tous bloqués.” Yayoi Kusama se réjouit de l’accueil que reçut l’événement : “Il a non seulement attiré un public très nombreux, mais il a aussi énormément intéressé les gens et a acquis une énorme popularité.

 

À propos de ses Driving Image Show, Yayoi Kusama commenta : “J’ai l’impression de rouler sur des autoroutes ou d’être transportée sur un tapis roulant sans fin jusqu’à ma mort. C’est comme continuer à boire des milliers de tasses de café ou à manger des milliers de mètres de macaronis... Je suis profondément terrifiée par les obsessions qui rampent sur mon corps, qu’elles viennent de moi ou de l’extérieur. J’oscille entre des sentiments de réalité et d’irréalité.

 

Deux ans plus tard, elle participa “sauvagement” à la Biennale de Venise, sans y avoir été invitée, en déversant dans les canaux de la ville 1 500 boules miroitantes. Elle vendit chaque boule deux dollars, jusqu’à ce que les organisateurs de la manifestation lui imposent de mettre un terme à ce petit commerce. Elle retourna à la Biennale de Venise en 1993, de manière très officielle cette fois, en représentant le Japon dans le pavillon des Giardini.