Frank Uwe Laysiepen, connu sous son nom d’artiste Ulay, est mort le 2 mars 2020 des suites d’un cancer dans sa maison à Ljubljana en Slovénie à l’âge de 76 ans. Depuis les années 70, le plasticien, photographe et performeur allemand a dédié sa vie à l’exploration du corps et de ses relations à l’espace, en le poussant jusqu’à ses limites et en plaçant son langage au centre de son travail artistique : travestissement, mise en tension, étude du double et de l’identité présents en chacun d’entre nous marquent, entre autres, sa carrière. En capturant ainsi les corps dans leur complexité et leur ambiguïté, l’artiste fut l’un des représentants majeurs du mouvement baptisé body art (ou art corporel) qui a émergé à la fin des années 70. 

 

Car lorsqu’on prononce le nom d’Ulay, celui de Marina Abramovic n’est jamais bien loin. Tous deux représentants d’un art performatif provocateur, ces artistes partageront leur vie et leur œuvre de 1976 à 1988, douze années durant lesquelles leur amour nourrira leur art. La mise en scène de leur intimité engendre des performances toujours plus surprenantes, au cours desquelles les ils se mettent volontiers en danger : Light/Dark (1977) les placent en face à face, s’échangeant gifle sur gifle avec une cadence quasi militaire, tandis que The Other: Rest Energy (1980) met leurs deux corps en tension, Ulay tenant un arc armé dont la flèche pointe vers le cœur de Marina Abramovic tandis qu’un micro enregistrait les battements de leur cœur. 

 

Passion amoureuse ou “re-enactments” propre à l’art contemporain, la symbiose affichée des deux artistes devient leur marque de fabrique. On retient notamment la performance The Lovers, datant de 1988, symbole de leur séparation en tant que partenaires sur le plan artistique et dans la vie : près de 2 500 kilomètres parcourus par chacun des artistes d’un bout à l’autre de la Grande Muraille de Chine, au milieu de laquelle leurs adieux mettent fin à leur longue collaboration. Suite à cette performance, Ulay trace sa route en solitaire jusqu’à se trouver confronté à la maladie. En 2013, alors qu’il tente de combattre un cancer, l’artiste fait appel au réalisateur Damjan Kozole afin de documenter la lutte intime mais vitale d’un corps affaibli. D’abord baptisé Project Cancer, puis renommé a posteriori Performing Life par l’artiste lui-même, ce projet cinématographique fut une “filmothérapie” selon les propres mots d’Ulay. Un moyen de guérir ses maux en les mettant en scène, qui trouve une résonance d’autant plus tragique après sa triste disparition.