La singularité de cette approche attire notamment l’attention de la chanteuse Solange, qui souhaite en 2016 associer Carlota Guerrero à l’univers de son troisième album, A Seat at the Table. Lorsque la sœur de Beyoncé affine son identité visuelle à travers les vidéos qu’elle réalise avec son mari Alan Ferguson, Carlota Guerrero l’accompagne dans la direction artistique et les chorégraphies – un travail remarquable qui contribue à l’accueil très favorable et au succès de l’album. Suite à cette première exposition médiatisée de ses talents, l'esthétique léchée de Carlota Guerrero et son regard sur la femme ne tardent pas à attirer le monde de la mode. Des magazines tels que Numéro Berlin ou Vogue Spain ainsi que de grandes maisons font alors appel à ses talents de photographe, à l’instar de Dior, Nike, 3.1 Philip Lim, ou même Givenchy pour réaliser les campagnes de ses collections haute couture.

 

Intitulée Love Different, la performance de Carlota Guerrero à Art Basel Miami cette année s’inscrit dans la continuité de son œuvre prolifique. Ici, l’artiste espagnole s’associe au label Desigual pour une création guidée par l’inspiration majeure de leur collection 2020 : le baiser. Au cours de cette scène captivante, qui passe de longs baisers langoureux à l’entremêlement des acteurs dévêtus, Carlota Guerrero lève une fois de plus le tabou sur le corps nu, encore trop souvent relégué à la pornographie, en montrant sans artifices son immanente pureté. De même qu’une Rihanna pour son défilé Savage x Fenty lingerie, l’artiste tient également à mettre en avant des corps multiples, échappant aux normes instaurées par la mode et la publicité – on retrouve d’ailleurs la fille de Madonna, Lourdes Leon, au centre de cette mise en scène. Portée par son érotisme subtil et sa sensualité poétique, l’œuvre de Carlota Guerrero parvient donc à contourner l’implacable censure des réseaux sociaux, où elle fait souffler un vent de fraîcheur et de liberté.