Aujourd’hui âgée de 80 ans, Judy Chicago a enfin l’opportunité de réaliser l’un de ses plus ambitieux projets : une sculpture gonflable représentant une déesse-mère, qu’elle avait déjà imaginée en 1977. C’est à l’occasion du défilé Dior haute couture printemps-été 2020 que Maria Grazia Chiuri, directrice artistique de la maison française depuis 2016, lui permet de le mettre en forme. À travers ses collaborations avec Cindy Sherman, Mickalene Thomas, Penny Slinger, mais également des collections en référence à l’historienne de l’art Linda Nochlin et à Leonor Fini, la créatrice italienne a toujours affirmé son désir de mettre en avant les femmes illustres du monde de l’art. Faire appel à Judy Chicago, l’une des premières “artistes féministes” à s’être présentée comme telle, semblait donc tout à fait cohérent pour l’image contemporaine de Dior. 

 

Intitulée The Female Divine, l’œuvre monumentale de Judy Chicago explore la figure archétypale de la déesse-mère nourricière  – une inspiration reflétée par la collection Dior qui, quant à elle, évoque les représentations des divinités Déméter et Athéna dans la mythologie grecque. Vue du ciel, sa silhouette à la frontière entre le figuratif et l’abstrait imite d’ailleurs les formes courbes des sculptures pariétales en ronde bosse, à l’instar de la Vénus de Willendorf : un premier volume évoque la tête, un deuxième la poitrine, et un troisième le ventre. Dans le décor du musée habité par la virilité des corps sculptés de Rodin, on pourrait voir la présence de cette installation comme un pied-de-nez à cette écrasante masculinité, à laquelle The Female Divine viendrait se mesurer. Placée en bas du “ventre”, son ouverture invite à rentrer par le bas du corps comme dans un vagin, tandis que lorsque les invités en sortent, la sculpture semble en accoucher.

 

Une fois de plus, la natalité apparaît comme une thématique centrale pour Judy Chicago, comme elle l’était déjà avec son Birth Project réalisé dans les années 80. Constatant à l’époque le faible nombre de représentations de la naissance dans l’histoire de l’art, l’artiste avait sollicité plus de 150 brodeuses pour créer des toiles et tissages mettant en avant cet événement vu par les femmes elles-mêmes. Comme un écho à ces œuvres, les 21 bannières inédites installées à l’intérieur de The Female Divine furent brodées à la main par les étudiantes d’une organisation dédiée à l’artisanat basée à Bombay. Ensemble, leurs couleurs apsisantes et leurs formes douces installent les visiteurs dans un cocon utopique protégé par une mère universelle. “Ce serait comme être dans un environnement chaud, enveloppant et sûr”, explique Judy Chicago. “Comme le monde devrait l’être.”

 

The Female Divine est ouverte au public jusqu’au 26 janvier au Musée Rodin, Paris 7e.

 

Découvrez les coulisses de la création de l’œuvre ci-dessous :