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16

Pourquoi cinq hommes ont tenté de voler le musée du quai Branly

Numéro art

Vendredi dernier, le musée du quai Branly-Jacques Chirac a été la cible d'une tentative de vol par un groupe de cinq hommes, en plein jour. Ceux-ci ont tenté de dérober un poteau funéraire Bari du Congo datant du XIXe siècle, afin de dénoncer sa place dans les collections de l'institution parisienne. 

23 novembre 2018 : l’économiste sénégalais Felwine Sarr et l’historienne de l’art française Bénédicte Savoy remettent au président Emmanuel Macron un rapport qui fera date dans la politique culturelle du pays. Baptisé Rapport sur la restitution du patrimoine culturel africain. Vers une nouvelle éthique relationnelle, ce texte incitait à une réflexion active sur la propriété du patrimoine des musées français puisé dans les ex-colonies en listant près d’un million d’objets d’art africains appartenant à leurs collections. Dès lors, un débat s’anime : doit-on rendre à leur pays d’origine les artefacts qui leur appartenaient auparavant ? Ou celles-ci doivent-elles être conservées entre les cimaises des institutions françaises où elles sont installées depuis parfois plus d’un siècle ?

 

Consacré aux arts premiers et au patrimoine des civilisations d’Asie, d’Afrique, d’Océanie et des Amériques depuis son inauguration en 2006, le musée du quai Branly-Jacques Chirac était l’une des cibles principales de ces discussions. Emmanuel Macron décide d’ailleurs de restituer 26 pièces au Bénin, récupérées par l’armée française à la fin du XIXe siècle. Mais aujourd’hui, à une heure les populations du monde entier se soulèvent contre le racisme suite à l’assassinat de George Floyd, les problématiques liées à l’esclavage, aux colonies et aux figures emblématiques de ces périodes de l’histoire semblent plus que jamais remises en question. Pour preuve, il y a encore quelques semaines, des manifestants britanniques décrochaient de son socle en plein centre ville de Bristol la statue du marchand Edward Colston, jadis très impliqué dans le commerce triangulaire, pour la jeter dans l’eau de la rivière Avon.

 

C’est dans le contexte actuel tendu que cinq hommes se sont introduits en plein jour, ce vendredi 12 juin, dans l’enceinte du musée du quai Branly-Jacques Chirac. Leur but : desceller un poteau funéraire Bari du XIXe siècle afin de dénoncer leur propriété jugée illégitime de l'institution parisienne. Filmée avec un téléphone portable en heure d'ouverture aux visiteurs, cette action était délibérément réalisée à visage découvert puis publiée sur les réseaux sociaux. On y entend d’ailleurs l’un des individus déclarer aux gardiens : “Ces biens nous ont été volés sous la colonisation. On part avec notre bien, on le ramène à la maison”. Interpellé par la police, le groupe d’activistes a par la suite été remis en liberté sous contrôle judiciaire, en attendant son passage devant le tribunal correctionnel en septembre prochain.