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02 Décembre

L'artiste Sterling Ruby en couverture de Numéro art #5

 

Commandez votre Numéro art ici. Cet Américain installé dans un immense atelier à Los Angeles est célébré par une rétrospective au ICA Miami pendant Art Basel. Le critique d’art et spécialiste de littérature française Donatien Grau se souvient pour Numéro art de ses rencontres avec Sterling Ruby, un artiste complexe et passionnant, qui ne se cantonne pas à son statut de star du marché. Céramiques aux épais glacis, peintures réalisées telles des collages, sculptures monumentales… Les oeuvres de Sterling Ruby repoussent les limites de leur médium, entremêlant références à l’histoire de l’art, à l’artisanat et à l’esthétique industrielle. 

par Donatien Grau, Photos Reto Schmid

Sterling Ruby. Retouches photos de Reto Schmid : Jack hunter at The Hand of God
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Sterling Ruby. Retouches photos de Reto Schmid : Jack hunter at The Hand of God
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Sterling Ruby, “Landing Helios (7096)” (2019). Photo : Robert Wedemeyer. Courtesy Sterling Ruby Studio
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Sterling Ruby. Retouches photos de Reto Schmid : Jack hunter at The Hand of God
Sterling Ruby. Retouches photos de Reto Schmid : Jack hunter at The Hand of God
Sterling Ruby, “Landing Helios (7096)” (2019). Photo : Robert Wedemeyer. Courtesy Sterling Ruby Studio
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    Ma rencontre avec Sterling Ruby s’est faite de bien des façons différentes et en différents endroits : Los Angeles, Paris, Londres, Bâle… Il me semble que c’est d’abord la multiplicité des modalités d’interaction avec le travail d’un artiste qui démontre son unicité. Et en l’occurrence, son travail est éminemment unique, par l’éventail très large des possibilités qu’il offre à l’expérience. Je n’en rappellerai ici que quelques-unes, simplement pour donner un aperçu de ce monde en constante expansion qui est le sien. Il y eut cette visite d’atelier, il doit y avoir quatre-cinq ans de cela. Sterling venait d’investir son nouvel espace de travail, le plus vaste de tout Los Angeles avec celui de Paul McCarthy. On racontait même en plaisantant qu’il fallait quarante minutes pour le traverser. Je me rappelle ma découverte des différents espaces et des diverses pièces de l’artiste – ces sculptures en céramique qui sont devenues sa signature, en apparence si désordonnées, mais produites en réalité avec un soin infini. J’avais pu voir les toiles à peindre inutilisées qu’il récupérait pour les coudre, les raccommoder : d’un matériau abandonné, elles se transformaient en un art sombre, parfois rehaussé de couleurs éclatantes.

     

     

    Sterling est un artiste moderne, prolongeant une histoire des formes, sautant de l’une à l’autre.
    Il est aussi un artiste postmoderne, capable de travailler n’importe quel médium.

     

     

    On m’avait dit que Sterling Ruby était un artiste commercial, un “market artist” – voilà qui vient confirmer une règle fondamentale de la vie en société : ne jamais croire ce que les gens racontent. Sterling ne m’a jamais donné l’impression d’être un artiste de cette nature, et tout ce qu’il avait à sa disposition, il l’utilisait au contraire pour pousser l’art dans ses retranchements, pour aller aux limites de ce que les gens pouvaient encaisser.

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    Ma rencontre avec Sterling Ruby s’est faite de bien des façons différentes et en différents endroits : Los Angeles, Paris, Londres, Bâle… Il me semble que c’est d’abord la multiplicité des modalités d’interaction avec le travail d’un artiste qui démontre son unicité. Et en l’occurrence, son travail est éminemment unique, par l’éventail très large des possibilités qu’il offre à l’expérience. Je n’en rappellerai ici que quelques-unes, simplement pour donner un aperçu de ce monde en constante expansion qui est le sien. Il y eut cette visite d’atelier, il doit y avoir quatre-cinq ans de cela. Sterling venait d’investir son nouvel espace de travail, le plus vaste de tout Los Angeles avec celui de Paul McCarthy. On racontait même en plaisantant qu’il fallait quarante minutes pour le traverser. Je me rappelle ma découverte des différents espaces et des diverses pièces de l’artiste – ces sculptures en céramique qui sont devenues sa signature, en apparence si désordonnées, mais produites en réalité avec un soin infini. J’avais pu voir les toiles à peindre inutilisées qu’il récupérait pour les coudre, les raccommoder : d’un matériau abandonné, elles se transformaient en un art sombre, parfois rehaussé de couleurs éclatantes.

     

     

    Sterling est un artiste moderne, prolongeant une histoire des formes, sautant de l’une à l’autre.
    Il est aussi un artiste postmoderne, capable de travailler n’importe quel médium.

     

     

    On m’avait dit que Sterling Ruby était un artiste commercial, un “market artist” – voilà qui vient confirmer une règle fondamentale de la vie en société : ne jamais croire ce que les gens racontent. Sterling ne m’a jamais donné l’impression d’être un artiste de cette nature, et tout ce qu’il avait à sa disposition, il l’utilisait au contraire pour pousser l’art dans ses retranchements, pour aller aux limites de ce que les gens pouvaient encaisser.

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    Ma rencontre avec Sterling Ruby s’est faite de bien des façons différentes et en différents endroits : Los Angeles, Paris, Londres, Bâle… Il me semble que c’est d’abord la multiplicité des modalités d’interaction avec le travail d’un artiste qui démontre son unicité. Et en l’occurrence, son travail est éminemment unique, par l’éventail très large des possibilités qu’il offre à l’expérience. Je n’en rappellerai ici que quelques-unes, simplement pour donner un aperçu de ce monde en constante expansion qui est le sien. Il y eut cette visite d’atelier, il doit y avoir quatre-cinq ans de cela. Sterling venait d’investir son nouvel espace de travail, le plus vaste de tout Los Angeles avec celui de Paul McCarthy. On racontait même en plaisantant qu’il fallait quarante minutes pour le traverser. Je me rappelle ma découverte des différents espaces et des diverses pièces de l’artiste – ces sculptures en céramique qui sont devenues sa signature, en apparence si désordonnées, mais produites en réalité avec un soin infini. J’avais pu voir les toiles à peindre inutilisées qu’il récupérait pour les coudre, les raccommoder : d’un matériau abandonné, elles se transformaient en un art sombre, parfois rehaussé de couleurs éclatantes.

     

     

    Sterling est un artiste moderne, prolongeant une histoire des formes, sautant de l’une à l’autre.
    Il est aussi un artiste postmoderne, capable de travailler n’importe quel médium.

     

     

    On m’avait dit que Sterling Ruby était un artiste commercial, un “market artist” – voilà qui vient confirmer une règle fondamentale de la vie en société : ne jamais croire ce que les gens racontent. Sterling ne m’a jamais donné l’impression d’être un artiste de cette nature, et tout ce qu’il avait à sa disposition, il l’utilisait au contraire pour pousser l’art dans ses retranchements, pour aller aux limites de ce que les gens pouvaient encaisser.

Sterling Ruby, “Landing Helios (7096)” (2019). Photo : Robert Wedemeyer. Courtesy Sterling Ruby Studio

J’avais vu en lui l’un des héritiers de la génération Helter Skelter, l’exposition clef des années 90 à Los Angeles, parvenant à marier le chaos absolu à un ordre à la fois puissant et subtil. Comme c’est le cas avec la plupart de ces artistes – au premier rang desquels Mike Kelley (dont Sterling a d’ailleurs été le chargé de cours) et Paul McCarthy –, tout ce que l’on peut dire de son travail, on pourrait aussi en dire le contraire : c’est fondamentalement ce qui caractérise leur démarche. Sterling est un artiste moderne, prolongeant une histoire des formes, sautant de l’une à l’autre. Il est aussi un artiste postmoderne, capable de travailler n’importe quel médium : ses vidéos (moins connues), sa poésie, ses expérimentations sur la typographie des caractères sont tout aussi fascinantes que sa sculpture ou sa peinture.

 

Sa collaboration avec le créateur de mode Raf Simons [elle a commencé en 2009] s’inscrit quant à elle dans le droit fil des associations contemporaines entre l’art et la mode, mais elle signale aussi sa culture des marges, de ce qui est délaissé, mis au rebut. Son art correspond sans doute à ce que Martin Margiela aurait rêvé de faire dans les années 90. J’ai vu ses vêtements chez Sprüth Magers, à Londres : il avait retourné la couture contre elle-même.

Sterling Ruby. Retouches photos de Reto Schmid : Jack hunter at The Hand of God

En novembre 2018 avait lieu le vernissage de Sarah Conaway à la galerie de Mara McCarthy, The Box, à Los Angeles. L’exposition de Sarah (qui est une amie de Sterling depuis plus de vingt ans) était puissante, habitée de personnages et de souvenirs – et lui était là, venu lui rendre hommage. Il était en outre parfaitement dans son élément, très à l’aise dans ce monde d’art et de contre-culture qu’est The Box. Nous sommes allés prendre un verre au bar : ici, il était en bonne compagnie, dans l’illustre lignée qui débute avec Barbara Turner Smith et Allan Kaprow, et se poursuit avec Mike Kelley, Paul McCarthy ou Chris Burden. Lorsque l’art sera sur le point de disparaître, à L.A., il ira se réfugier à la galerie The Box. Et c’est là qu’était Sterling.

 

 

Aussi fort, furieux, violent que puisse être son travail, il est aussi extrêmement généreux, raffiné et, dans une certaine mesure, tendre. 

 

 

Lors de ma dernière plongée dans la dystopie de l’atelier où il produit ses monstrueuses merveilles, je me suis rendu compte à quel point toutes étaient infiniment précieuses, parce qu’il était l’auteur de chacune. Sterling est un artiste démiurge, dont les oeuvres sont issues de l’anonymat, où elles retournent ensuite. Cela en dit long sur lui : aussi fort, furieux, violent que puisse être son travail, il est aussi extrêmement généreux, raffiné et, dans une certaine mesure, tendre. Sterling est un homme de la technique, et bien d’autres choses encore. Nous avons souvent parlé ensemble de Grayson Perry : Sterling et lui ne pourraient guère être plus dissemblables – Sterling dans son numéro de bravoure macho, produisant son travail rude, abstrait, prolifique, et poussant le marché de l’art à ses confins ; Grayson avec ses performances travesties, ses céramiques figuratives, si délicates en apparence et qui racontent d’innombrables histoires. Et pourtant, leur travail à tous les deux a le même aspect vernissé. De leurs contradictions naissent les ressemblances. Se pourrait-il alors que Sterling Ruby soit le Grayson Perry de Los Angeles, partageant une même humanité en tant qu’artiste ? On peut dire ce que l’on veut de son art, on aura sans doute raison – et le contraire sera vrai aussi. C’est là, en effet, la marque de tout grand artiste.

 

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Sterling Ruby, exposition du 7 novembre 2019 au 2 février 2020 à l'ICA Miami et du 26 février au 17 mai 2020 à l'ICA Boston.

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