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04 Décembre

Photographe d’exposition, secrets d’un métier de l’ombre

 

Talent méconnu, le photographe d’exposition a le rôle délicat de comprendre l’artiste, tout en s’éclipsant, pour mettre en lumière son œuvre. Rencontre avec cette figure de l’ombre.

Propos recueillis par Nicolas Trembley

Photo: Annik Wetter
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Photographe d’exposition. Si ce métier est peu connu, c’est pourtant à travers lui qu’on appréhende le plus souvent l’art. Dans un monde où le devenir de cette discipline passe de plus en plus par l’image, les photographes d’exposition gagnent en visibilité. Voyez toutes les images que vous recevez par e-mails ou que vous regardez sur Instagram, toutes celles qui inondent les catalogues de vente imprimés ou en ligne dont les collectionneurs se servent pour enchérir, eh bien, toutes ces images sont produites par des photographes d’exposition. Leurs clichés sont en passe de devenir la ressource la plus importante des archives de l’histoire de l’art mondial et certains magazines comme Postdocument, AGMA ou Frog les accueillent dans leurs pages. Annik Wetter a commencé cette carrière un peu par hasard, puis s’est dernièrement retrouvée à collaborer, en exclusivité, avec des artistes comme Laura Owens ou John Armleder. Les meilleures institutions telles que le Centre Pompidou ou le Mamco [le musée d’Art contemporain de Genève], ainsi que de grandes galeries comme Gagosian ou Pace, font appel à son regard particulier. Récemment, le milieu de la mode a aussi eu recours à elle : la maison Balenciaga l’a invitée à photographier ses boutiques vides dans lesquelles des œuvres d’art étaient installées. Nous avons rencontré Annik Wetter, entre deux avions, dans son bureau de Genève (en fait, son studio est portable et elle se déplace en permanence avec des valises à roulettes).

 

Numéro : Quelle formation avez-vous suivie ?

 

Annik Wetter : Après mon bac, j’ai fait l’école de photographie de Vevey, la formation technique. Puis je suis allée à Paris, à l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, en arts plastiques, mais je n’y suis restée qu’une année. C’était trop théorique et pas assez pratique pour moi. J’ai donc commencé les beaux-arts de Genève [devenue aujourd’hui la HEAD] l’année suivante, et obtenu mon diplôme quatre ans plus tard.

 

De quelle façon le contexte dans lequel vous avez été éduquée vous a-t-il influencée ?

 

Mon grand-père était ingénieur aux chemins de fer suisses, membre du club de photo-labo de l’entreprise. Il vouait une passion à la photographie et collectionnait de sublimes appareils. Pour mes 8 ans, il m’a offert un moyen format à soufflet, assez vieux et 100 % manuel. Je devais compter les mètres pour établir la netteté, et regarder le ciel pour choisir mon temps de pose. J’ai adoré ça, et j’ai décidé de devenir photographe !

 

Comment devient-on photographe d’exposition ?

Un peu par hasard. Pour financer mes études aux beaux-arts, je travaillais comme assistante pour Les Amis du Mamco. J’y ai rencontré mon mari, Samuel Gross, historien d’art et curateur, qui m’a demandé de photographier ses premières expositions à la galerie Evergreene. J’ai été enthousiasmée ! Ça réunissait ce que j’avais étudié : la technique photographique et l’art.

 

Comment définiriez-vous votre style ?

 

Dans mes photos, j’essaie d’obtenir la même impression que celle qu’on a quand on se trouve dans l’exposition. C’est-à-dire que tout ce qu’on ne remarque pas en visitant une exposition n’apparaîtra pas dans mes photographies (les prises électriques, les symboles indiquant les sorties de secours, les murs colorés par un mauvais néon...). Elles sont donc très propres et épurées afin que l’œil se pose directement sur les œuvres et ne soit pas perturbé par des détails inutiles.

Êtes-vous en contact avec d’autres photographes qui ont la même pratique que vous ? Existe-t-il des courants dans la photographie d’exposition ?

Je travaille régulièrement avec Julien Gremaud. Nous sommes peu nombreux dans ce milieu. Je pense que nous sommes dans l’ère Photoshop de la photographie d’exposition. Après la photographie noir et blanc, puis l’ère de l’Ektachrome, on pratique aujourd’hui la retouche numérique pour un rendu plus réel – et paradoxalement plus faux !

 

Quels artistes vous ont influencée ?

 

J’ai grandi en collectionnant les cartons d’invitation du musée de l’Élysée à Lausanne. Ils recouvraient les murs de ma chambre. C’étaient plutôt des photographes classiques, Cartier-Bresson, Brassaï, Edward Steichen... Et mes parents m’emmenaient régulièrement voir des expositions de toutes sortes. Mais c’est avec les beaux-arts et mon emploi au Mamco que j’ai vraiment commencé à découvrir l’art contemporain. La première fois que j’ai travaillé, c’était sur les tee-shirts “Yes to All” de Sylvie Fleury. J’étais très admirative, elle est devenue une amie aujourd’hui.

 

Vous collaborez de façon régulière avec certains artistes comme Helen Marten ou Laura Owens, quelle est la nature de cette coopération ? 

 

Helen Marten a été la première artiste à me demander de venir photographier toutes ses expositions. Elle désirait que les photographies soient semblables dans toutes les publications portant sur son travail. En effet, chaque photographe a son propre style, et cela peut devenir compliqué quand il s’agit de juxtaposer les photos dans un livre. La plupart des artistes qui attachent de l’importance aux images et à la reproduction de leurs œuvres ont un photographe qui les suit partout.

 

Fait-on aussi appel à vous pour des reproductions d’œuvres classiques ou modernes ? Les photographiez-vous de façon particulière ? 

 

Oui, des collectionneurs privés ou des maisons de vente m’appellent pour ce genre de reproductions. Je réalise alors la photographie la plus “neutre” possible – c’est-à-dire en utilisant une lumière semblable à la lumière du jour, en éclairant l’œuvre de manière régulière, sans créer d’ombres trop fortes ni de reflets.

Les œuvres sont-elles photographiées différemment aujourd’hui ? La photographie d’exposition est-elle traversée par des courants particuliers, comme par exemple dans la mode ?

 

Le changement vient surtout de l’évolution du matériel et de l’informatique, notamment l’apparition du numérique et de Photoshop – qui a eu le plus gros impact sur la photographie d’exposition. Je réalise sans doute le même genre de cadrage qu’un photographe des années 70, mais le rendu n’est absolument pas le même. J’ai une esthétique “début du XXIe siècle”, je me réjouis de voir comment cela va changer dans les cinquante prochaines années !

 

Vous travaillez également avec la mode ou l’architecture, qu’est-ce qui vous y a incitée ? 

 

Quand je me suis lancée, je faisais également de la photographie d’architecture, qui emploie la même technique et le même matériel photographique que celle dédiée aux expositions. Mais quand j’ai eu suffisamment de travail avec le milieu de l’art, j’ai arrêté. Et puis la maison Balenciaga, accoutumée aux collaborations avec des artistes, m’a appelée afin de photographier ses nouvelles boutiques “comme une exposition”. Ce projet mixant architecture, art et mode est un vrai plaisir pour moi !

 

Avez-vous été marquée par des instants privilégiés lors de vos prises de vue ?

Je photographie toujours les lieux d’exposition lorsqu’ils sont fermés. Ainsi, je suis seule dans les expos, c’est une vraie chance ! Parfois je viens dès que le montage est terminé, avant le vernissage, ou alors les jours de fermeture. Mais quand il n’y a pas de jours de fermeture ou d’autres possibilités, j’ai droit à des ouvertures spéciales. On m’a donc déjà ouvert la Tate Britain à 6 heures du matin, afin que j’aie terminé avant l’arrivée des premiers visiteurs. Pour les boutiques Balenciaga en Chine, qui sont ouvertes sept jours sur sept, la boutique est vidée à la fermeture. J’arrive à minuit et je travaille jusqu’à 6 heures du matin, puis les employés viennent tout remettre en place pour l’ouverture habituelle.

Comment abordez-vous une photo ? Devez-vous répondre à un cahier des charges précis ?

Je commence toujours par une discussion avec l’artiste ou le curateur. Je dois comprendre ce qu’ils voulaient faire, comment ils ont construit leur exposition. Ensuite je cherche à faire passer leur message à travers mes images. Au départ, c’est toujours un dialogue. Ensuite, je réalise les photos qui me semblent le plus appropriées, en fonction des contraintes d’espace, de lumière, de concept, et qui rendent le mieux en 2D. Je refuse de faire une photo que je trouve inintéressante ou mal construite.

 

Vous sentez-vous proche aujourd’hui d’un groupe d’artistes ? D’une scène particulière ? 

 

J’ai la chance de vivre dans une région où la scène de l’art contemporain est très riche. Je suis proche de Sylvie Fleury, John Armleder, Mai- Thu Perret, Latifa Echakhch, Stéphane Dafflon, Valentin Carron, Denis Savary, Fabrice Gygi ou, en dehors de la Suisse, d’Helen Marten, Laura Owens, Blair Thurman ou Jon Rafman...

 

Souhaitez-vous transmettre quelque chose en particulier ?

J’ai une vraie passion pour mon métier et j’adore les collaborations directes avec les artistes. Mon travail consiste à mettre en valeur le mieux possible leurs œuvres. Je suis une archiviste de la scène artistique, je crée les visuels des œuvres et parfois les portraits des artistes et curateurs comme une documentation pour les générations futures.

 

Vous faites également des reprographies pour des musées, pensez-vous que le futur de l’art passe par l’image et que l’on ira de moins en moins au musée ?

 

Ce serait dommage ! Comme je le disais précédemment, les reproductions des œuvres sont en général très neutres. On perd donc les effets de lumière, les jeux de réflexion et la tridimensionnalité des œuvres. Bien sûr, rien ne remplacera une visite au musée, mais c’est une bonne alternative quand on ne peut pas se déplacer.

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