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Peter Lindbergh, la rétrospective évènement d'un women lover

 

Une exposition rétrospective à Rotterdam
 et un livre chez Taschen immortalisent aujourd’hui le talent et l’œil uniques de cet homme hors du commun. L’occasion de contempler ses admirables clichés au réalisme poignant qui célèbrent la beauté des femmes.

Réunir dans une exposition les images du photographe qui a toujours dépassé la dénomination de “photographe de mode” : tel est le pari du curateur Thierry-Maxime Loriot qui présente à la Kunsthal de Rotterdam l’exposition Peter Lindbergh – A Different Vision on Fashion Photography (jusqu’au 12 février 2017). À travers 220 tirages, l’événement permet de mesurer la singularité du photographe allemand dont le regard incisif a su mettre à nu l’âme des femmes et transcender les époques pour s’inscrire dans l’éternité. Des extraits de notes personnelles, des storyboards, des accessoires, des Polaroid, des planchescontacts et des films sont également présentés. Un ouvrage publié par Taschen complète l’exposition, en proposant une somme de 400 clichés.

Kate Moss, New York, USA, 1994, Harper’s Bazaar. 

Peter Lindbergh, courtesy of Peter Lindbergh, Paris/Gagosian Gallery 

Loin des canons de l’industrie, Peter Lindbergh refuse dès ses débuts, à la fin des années 80, de se focaliser sur le vêtement. Il maquille peu ses mannequins et retouche à peine ses images pour chercher, avec obstination, la beauté propre de la femme qu’il photographie. Son réalisme n’est pas cru ni trash (à la Larry Clark), mais plutôt une ode à la beauté contrastée de la vie, qui s’oppose à la quête morbide de la perfection : “Estimant que toute photographie de mode est d’une certaine façon un portrait, il est convaincu que les photographes ont aussi le devoir de définir l’image de la femme contemporaine, bien au-delà d’un simple être humain vêtu d’une robe. Il croit fermement que le photographe doit tout faire pour que chaque image devienne le portrait de quelqu’un ou l’histoire de quelque chose”, explique Thierry-Maxime Loriot. En se jouant de ses règles et des codes esthétiques, Peter Lindbergh dévoile au cœur de la mode, sous sa surface lisse, glossy et commerciale, une dimension humaine et dramatique, une profondeur abyssale. Si bien que ses clichés composent, au fil des décennies, un long film muet où se lit l’influence du cinéma allemand expressionniste. Rencontre.

Numéro : Quel est exactement le projet de cette exposition et de ce livre ?


Peter Lindbergh : Thierry-Maxime Loriot a eu l’idée d’organiser cette exposition fondée sur mon regard sur la mode pendant trente-cinq années. Le projet m’a d’abord étonné, car, depuis mes débuts, j’ai pris soin de garder mes distances avec le milieu de la mode, en refusant par exemple d’assister aux défilés. Puis nous avons discuté, et nous sommes convenus que c’était bien mon regard sur la femme et sa beauté, ses archétypes, qui était au cœur de cet événement. C’est ce qui m’a toujours intéressé : la femme, et non le vêtement. Dans cette exposition, les tirages sont donc regroupés selon plusieurs grandes thématiques qui correspondent à ce que le curateur appelle mes “passions” : les supermodels, l’esprit du temps – car certaines de mes images rejoignent des enjeux sociétaux tels que la question du genre –, la danse, les grandes villes, les Martiens et les extraterrestres, qui reviennent régulièrement dans mon œuvre. Nous avons ajouté à cette rétrospective une série inédite shootée pour l’occasion dans le port de Rotterdam avec Lara Stone.

On vous compare souvent à un cinéaste. Votre écriture du noir et blanc, qui est votre signature, est-elle directement inspirée de références cinématographiques ?

Le cinéma allemand de Pabst et de Fritz Lang, notamment les chefs-d’œuvre que sont Metropolis et L’Ange bleu, m’a beaucoup influencé. Pour moi, le noir et blanc est plus vrai que la couleur, même si cela peut sembler contradictoire à la plupart des gens. Je crois que cette conviction me vient des photographes américains de la Farm Security Administration qui, dans les années 30, ont documenté en noir et blanc les ravages de la Grande Dépression dans les États du Sud.

Vos images sont absolument intemporelles alors que la mode est liée à des saisons et à des cycles, est-ce intentionnel de votre part ?


C’est totalement intentionnel car les tendances ne m’intéressent pas. J’ai utilisé la mode pour parler des femmes, et j’ai cultivé depuis longtemps mon côté outsider. J’espère qu’on ne peut pas dater mes images des années 80 ou 90. C’est aussi pour cette raison que les maquillages et les coiffures sont assez minimaux dans mes photos. Je n’accepte pas non plus ce diktat de la jeunesse, qui ne prend pas en compte la vraie beauté qui tient à l’individualité, au courage d’être soi-même. Récemment, j’ai retravaillé avec les supermodels qui ont à présent une cinquantaine d’années. C’est un plaisir de voir comme ces filles ont bien vieilli. Je veux montrer qu’elles sont magnifiques aujourd’hui.

 

Peter Lindbergh - A different vision on fashion photography, jusqu'au 12 février 2017

Kunsthal, Westzeedijk 341, 3015 AA Rotterdam, Pays-Bas.

www.kunsthal.nl

 

Peter Lindbergh - A different vision on fashion photography, 

Publié chez Taschen,

www.taschen.com

 

Propos recueillis par Delphine Roche.

 

 

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