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Numéro
18

4 jeunes photographes à découvrir dans le métro parisien

Photographie

Cette année, le festival de la jeune photographie européenne Circulation(s) se réinvente en ligne, faute de pouvoir investir les murs du Centquatre, dans le nord-est parisien, comme à son habitude. En plus de sa reconversion digitale, faite de playlists et de vidéos en direct, le festival expose quatre photographes de l’édition 2021 dans les couloirs de treize stations du métro parisien, jusqu'au 2 mai.

Le travail d'Inka & Niclas photographié dans la station Hôtel de Ville, à Paris.

Les temps sont durs pour la planète, mais aussi pour les rendez-vous artistiques. Alors que la crise sanitaire s'installe et que les lieux culturels français sont contraints de garder porte close, le festival de la jeune photographie européenne Circulation(s) n’échappe pas à la règle, et doit transformer sa traditionnelle exposition au Centquatre en un ensemble d’évènements en ligne et autres réjouissances, marqués par plusieurs rendez-vous hebdomadaires, qui dureront tout le temps du festival, jusqu'au 2 mai. Parmi ces alternatives virtuelles figurent notamment un live interactif, tous les mercredis à 18h, qui interrogera l’un des trente-trois artistes de cette 9e édition sur sa pratique ; tous les jeudis à 9h, les photographes dévoileront tour à tour une playlist “InFiné x Circulation(s) Curated By” assorties de leurs dernières trouvailles musicales. En plus de ces déclinaisons distanciées, Circulation(s) s’offre une exposition dans treize stations emblématiques du métro parisien : au détour des couloirs, de Châtelet à Saint-Michel en passant par Luxembourg, les franciliens pourront admirer, jusqu'au 2 mai, les œuvres de quatre artistes, dont les pratiques fort différentes se prêtent toutes à l’évasion.

© Inka & Niclas, "Family portraits" (2018-2020) Festival Circulation(s) 2021

1. Les photos de famille sublimées par Inka et Niclas

 

Originaires de Suède, Inka et Niclas s’intéressent dans leur pratique au rapport entre photographie et paysage, et à la façon dont l’omniprésence du médium photographique change et altère notre rapport à la nature, considérée pour beaucoup comme un simple décor ou fond de toile à leur portrait. Les photographies hyperréalistes du duo se caractérisent par une stylisation de la nature à travers des flashs de couleurs roses, jaunes et bleus produisant des images aussi kitsch que poétiques et apaisantes. Dans sa série d’autoportraits Family portraits, le couple et leur fils se sont parés de vêtements réfléchissants et apparaissent comme des formes lumineuses au centre de paysages de mer, de forêt et de plaines. En rejouant le cliché – dans tous les sens du terme – de la photo de famille de vacances, le couple d’artistes le déjoue et, loin d’en faire une satire, en opère une  véritable sublimation : la magie du moment de la prise d’une photo en famille y est magnifiée par sa fluorescence. Dans la lumière éclatante du flash intense, qui fait de leurs trois corps une seule entité, comme pour signifier visuellement l’unité de leur petite famille, leurs visages s’effacent et deviennent ainsi anonymes. Nous ne faisons désormais plus face à la famille d’Inka et Niclas, mais à l’incarnation suprême de la famille et de l’amour qui l'unit, rayonnant avec éclat.

© Bobby Beasley, "Roughy 1,000 Miles Per Hour" (2020), Festival Circulation(s) 2021

2. Le quotidien flashé de Bobby Beasley

 

 

Photographe autodidacte, l'Anglais Bobby Beasley travaille, en parallèle de sa carrière, avec sa famille à la gestion d’un magasin de vêtements vintage américains à Hull. Toute sa production artistique est largement liée à sa propre vie de commerçant au nord de l’Angleterre, que le photographe explore dans sa série Roughly 1,000 Miles Per Hour. Réalisés tout au long de l’année 2020, ces clichés s’inscrivent dans une redécouverte de la rue et de ses passants après des mois entiers passés confiné dans l’intérieur de son appartement. Par l’utilisation de flashs puissants, Bobby Beasly immortalise un inconnu portant la photo encadrée de deux chats, des pigeons en train de picorer les graines que leur lancent une dame assise dans la rue, mais aussi des fleurs, un champ d’herbe, ou encore une soupe de tomates à la renverse… Autant de détails du quotidien nous rappelant, comme le formule le père de l’artiste, que “nous sommes tous debout sur un rocher qui tourne à environ 1000 miles par heure. Nous tournons autour d’une énorme boule de feu dans un univers infini…”

© Bianca Salvo, "The Universe Makers" (2016-2018), Festival Circulation(s) 2021

3. Les clichés pop et cosmiques de Bianca Salvo

 

 

Le 21 juillet 1969, Neil Armstrong pose son pied sur la Lune. S’ensuivront le succès de Star Wars, les tee-shirts de la NASA, Elon Musk, l’espoir d’une installation humaine permanente sur Mars, le regain d'intérêt pour l’astrologie... C’est après deux ans de recherche documentaire et iconographique que Bianca Salvo termine son projet photographique, The Universe Makers (2016-2018), voué à illustrer la vision humaine de l’espace dans la pop culture. Prenant comme point de départ l’idée, désormais ancrée, selon laquelle une vie humaine existe après la Terre, la photographie italienne a voulu créer un melting-pot esthétique et spatial : cosmonautes, scaphandriers, planètes, étoiles et fusées peuplent alors ses œuvres pop et douces. Mêlant photographie et collage, elle confectionne avec douceur des images rétro-futuristes en noir et blanc ou aux couleurs passées et pastel, dont quatre d'entre elles sont actuellement visibles dans le métro parisien. Dans la continuité de ce voyage galactico-photographique, Bianca Salvo a réalisé Time and Again entre 2017 et 2018, une série composée d’images reprenant les codes esthétiques de The Universe Makers érigée comme le symbole d’une humanité qui a, depuis la nuit des temps, cherché des réponses en regardant le ciel.

© Benjamin Schmuck, "Lever les sages" (2019-2020), Festival Circulation(s) 2021

4. Les mystiques chatoyants de Benjamin Schmuck

 

 

Si les rites funéraires occidentaux sont parés de noir, les hommages aux morts du Bénin se parent de mille couleurs. Diplômé de l'école des Gobelins à Paris, Benjamin Schmuck a passé deux ans dans ce petit pays d'Afrique de l'Ouest, pendant lesquels il y a capturé les mystiques béninois. Dans sa série Lever les sages (2019-2020), réutilisant une expression locale qui signifie “remercier les anciens pour leurs conseils prodigués”, le photographe français réalise des images précises et somptueuses, aux couleurs aussi vives et subtiles qu’un tableau de Jean-Léon Gérôme, et rend un hommage sublime aux traditions ancestrales du Bénin. Ses compositions majestueuses aux couleurs vibrantes documentent un panthéon vaudou où les villageois incarnent des revenants, les convoquent et les accompagnent avec liesse dans leur traversée vers l’autre monde. 

 

Découvrez les 13 stations de métro :

 

Hôtel de Ville (L1)

 

Châtelet (L7)

 

Luxembourg (RER B)

 

Saint-Denis Porte de Paris (L13)

 

Gare de Lyon (L14)

 

La Chapelle (L2)

 

Saint-Michel (L4)

 

Madeleine (L14)


Pyramides (L14)


Les Halles (RER A et B)


Bir-Hakeim (L6)


Jaurès (L2)


Nanterre-Université (RER A)

 

Découvrez toutes les informations concernant la programmation en ligne du festival Circulation(s) 2021