Parallèlement, Harley Weir voyage depuis 2013 à plusieurs reprises le long de la frontière israélo-palestinienne, entre Jérusalem et la Cisjordanie, désireuse d’explorer avec son appareil une région régie et transformée durant plus d’un demi-siècle par ses nombreux conflits. Réalisée là-bas sur six ans, sa série Walls fait actuellement l’objet d’une exposition à la Maison Européenne de la Photographie jusqu’au 12 janvier prochain, dans un écho manifeste au travail de la photographe allemande Ursula Schulz-Dornburg qui investit simultanément deux étages du bâtiment. Alors que cette dernière sillonne depuis des décennies la Russie et le Moyen-Orient, dont elle capture des paysages dépouillés en noir et blanc où n’apparaît nulle âme qui vive, Harley Weir reste fidèle à son approche très incarnée et sensible de l’espace où transparaît la poésie de son regard. 

 

Un sac plastique bleu ciel s’immisce dans un parterre de coquelicot, des braises enflamment un tas de détritus pendant que des fils de barbelés s’entremêlent… La photographe britannique opère ici un pas de côté, préférant à la retranscription directe du conflit israélo-palestinien le calme éloquent de son décor désolé. S’écartant de la narration, sa chronique sans chronologie retranscrit l’atmosphère de cette zone très tendue, dont la violence se dilue à la fois dans la douceur de la lumière et des couleurs et dans son attention aux détails, pourtant explicites : caméras de surveillance, clôtures érigées en béton… Les murs de l’une des salles de la MEP se voient ainsi habillés par plusieurs dizaines de ces images, toutes imprimées dans un même grand format : comme souvent dans ses accrochages, Harley Weir présente ses tirages hors cadres fixés par de discrètes épingles. Au fond de la salle, nous sommes fixés par le regard puissant d’un homme au visage balafré – un portrait intime qui exprime avec puissance le cri silencieux d’une région bouleversée.

 

Harley Weir, Walls, jusqu’au 12 janvier à la Maison Européenne de la Photographie, Paris 4e.