Avec Sous l’œil de Malick Sidibé et Un chant contre le sida, le musée Barbier-Mueller de Genève (Suisse) met à l’honneur une œuvre riche mais surtout un style intuitif, celui de Malick Sidibé, de ses portraits sur fond neutre à une odyssée le long du fleuve Niger où résonnent les rires et la musique des enfants. Cette exposition présente des tirages très connus qui font revivre le Mali des années 1960-1970 mais aussi une douzaine de portraits inédits pris dans le cadre d’un concours de chant contre le sida, organisé au Mali en 2005 par Monique Barbier-Mueller.

 

L’insouciance, la désinvolture, ce reporter de la jeunesse les a côtoyées avant de les capturer. Face à son objectif : de jeunes modèles flegmatiques en pattes d’eph et des soirées endiablées rythmées par les cuivres de James Brown. Sidibé a su “ saisir les instants magiques d’une jeunesse moderne qui vit son indépendance, la liberté. Il est considéré comme un maître par les plus jeunes comme Omar Victor Diop. (photographe sénégalais) ” raconte André Magnin qui a prêé des photographies exposées au sous-sol.

 

Né en 1935 à Soloba un village du sud de Bamako, Malick Sidibé rêve d’être dessinateur. Son talent lui ouvre les portes de l’école des artisans soudanais de Bamako, il y obtient son diplôme en 1955. Sept ans plus tard, la capitale malienne s’éveille et découvre le “studio Malick”. Désormais photographe, Malick Sidibé s’implique dans la vie socioculturelle de la ville jusqu’à en devenir une figure incontournable. Timide, généreux, souriant, il est un invité de prestige et couvre les soirées d’une jeunesse explosive. Il assiste ainsi à l’arrivée de la mode occidentale sur le continent africain que s’approprient les jeunes dandys noirs aux allures de rockeurs. Son art de prédilection : le portrait. Le studio Malick ne désemplit pas : “J’étais obligé de plaire : les films et développements sont coûteux ici au Mali ! J’ai vu des photographes qui laissaient faire le modèle et ne produisaient pas de belles poses… Tout le monde venait alors à mon studio du coup” expliquait le photographe. Première reconnaissance en 1994 lorsque les organisateurs des Rencontres Photographiques de Bamako décident d’exposer son travail. Quelques années plus tard, en 2003, Malick Sidibé est le premier artiste africain à recevoir le prix international de la photographie Hasselblad. La même année, la Biennale de Venise, le consacre avec un Lion d’or, le “photographe du bonheur” est adoubé.

 

 

Double exposition Sous l’œil de Malick Sidibé et Un chant contre le sida, jusqu’au 12 janvier 2020, Musée Barbier-Mueller, Genève (Suisse).