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Lauréate du festival InCadaqués, Maria Lax capture les mystères des nuits polaires

Photographie

Jusqu’au 25 octobre, les mystères de la campagne finlandaise photographiés par Maria Lax s'invitent sur les rives de la mer Méditerranée à l’occasion du Festival international de photographie InCadaqués, dont l'artiste est lauréate de l’édition 2020. 

"Some Kind of Heavenly Fire", Maria Lax, 2020 © Setanta Books

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Cadaqués semble être la destination idéale pour s’évader de la grisaille hexagonale et de son confinement nocturne. En plus d’avoir été le théâtre ensoleillé des vacances du jeune Salvador Dalí, qui s’installera plus tard dans la commune voisine de Figueras dans une maison aujourd'hui devenue son musée, ce village authentique catalan accueille jusqu’au dimanche 25 octobre la quatrième édition du Festival international de photographie InCadaqués. Des galeries d’art et sites culturels aux cafés, restaurants ou encore murs des rues, cette manifestation investit l'ensemble de la ville pour mettre en lumière les œuvres de photographes émergents venus du monde entier.  

 

Lauréate de l’édition 2020, l’artiste d’origine finlandaise basée à Londres Maria Lax y présente sa série Some Kind of Heavenly Fire, un road-trip fantasmagorique à travers les régions sauvages de son pays natal dont la légende veut qu’elles aient été visitées par des ovnis dans les années 60. Un travail à mi-chemin entre le conte et l’enquête journalistique, qui laisse transparaître les nombreuses expériences de Maria Lax sur les plateaux de tournage de cinéma. “J’utilise rarement le flash, je préfère favoriser les techniques d’éclairage utilisées pour le cinéma ou la lumière déjà présente pour créer une scène. Avec mon designer Jan Hillman, nous avons séquencé le livre de manière à ce qu’il se déroule comme un film”, explique l'artiste dans son ouvrage. 

 

Festival international de photographie InCadaqués, jusqu’au 25 octobre, Cadaqués, Espagne. 

 

 

Retrouvez la série de Maria Lax dans le Numéro 218, en kiosques dès le 29 octobre prochain. 

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  • Comment John Malkovich a-t-il réinterprété 61 photos cultes ?

    En 2011, le photographe américain Sandro Miller se lance un défi improbable: recréer 61 images cultes des plus grands photographes, en faisant poser John Malkovich. Pour la sortie de son livre présenté à Paris Photo en novembre, Sandro Miller a accepté de livrer à Numéro quelques-uns des secrets qui se cachent derrière son incroyable projet.

    Einstein qui tire la langue, Marilyn Monroe nue derrière un voile, John Lennon et Yoko Ono enlacés sur le sol… Chacun de nous a conservé précisément en tête ces clichés cultes. Titiller cette mémoire universelle, c’est le projet improbable que le photographe américain Sandro Miller a initié en 2011. L’idée : rendre hommage aux plus grands photographes en recréant leurs images les plus célèbres, dont les protagonistes seront incarnés par son ami et muse John Malkovich. C’est d’une sélection initiale de trente images que naît ainsi Malkovich, Malkovich, Malkovich, Homage to Photographic Masters, une œuvre titanesque entre travail d’archives et jeu de rôles. Les clichés les plus célèbres d’Irving Penn, Diane Arbus, Andy Warhol, André Kertész, Herb Ritts, ou encore Richard Avedon, sont passés au crible de Sandro Miller, qui en note chaque détail pour les reproduire à la perfection, aidé du talent de caméléon de John Malkovich. “Ce qu’il faut comprendre, c’est que se lancer dans un projet comme celui-ci aurait pu être une erreur de carrière et faire de moi la risée du monde de l’art et de la photographie, expliquera le photographe. La dernière chose que je voulais, c’était qu’un David Bailey ou une Annie Leibovitz m’insulte au téléphone pour avoir massacré leur idée.” Et c’est tout le contraire : en s’approchant aussi près des images, en scrutant leurs détails, en jouant le modèle comme le photographe, Sandro Miller et John Malkovich ont capturé l’esprit des originaux, avec des recréations qui agissent comme des madeleines de Proust. Pour Numéro, Sandro Miller a accepté de partager quelques-uns des secrets que renferment ses recréations.

    David Bailey. “Mick Jagger, Fur Hood” (1964), Sandro Miller, 2014

    1. Le Mick Jagger de David Bailey : séance de botox maison

     

    “Prenez cette image de David Bailey : John Malkovich en Mick Jagger. Jagger avait 21 ans, un sex symbol, une rock star en ce temps-là ; il avait ces magnifiques lèvres voluptueuses et une peau de petit garçon. Malkovich, lui, avait 60 ans au moment de recréer ce cliché. On a dû enfoncer du coton entre ses lèvres et ses gencives pour que sa bouche ressorte de la même façon que celle de Jagger. Le manteau de fourrure à capuche a été étudié en profondeur et reproduit aussi proche que possible de l’original que David Bailey avait sélectionné pour Jagger. Malkovich, de toutes les personnes qu’il peut incarner, est devenu Mick Jagger, il s’est réellement transcendé devant mon objectif. Il pensait sincèrement être Mick Jagger pendant ces dix minutes où j’appuyais sur la détente de mon appareil. C’est une méthode que je n’ai jamais vue utilisée à ce point d’excellence, de toutes mes années à photographier des acteurs et actrices.”

    Philippe Halsman. “Salvador Dalí” (1954), Sandro Miller, 2014

    2. Le Salvador Dali de Philippe Halsman : orange mécanique

     

    “Avec l’image de Philippe Halsman de 1954 de Salvador Dali, nos défis étaient évidemment l’iconique moustache de Dali, et le fait qu’il avait ces yeux incroyablement immenses. La moustache était une tâche bien plus aisée que les yeux, puisque nous avions embauché un grand expert de la moustache qui nous avait créé cette magnifique moustache en guidon sous stéroïdes portée par Malkovich sur la photo. Les yeux, c’était une autre paire de manches. Ceux de John ne sont pas particulièrement grands. Pour atteindre la ressemblance avec Dali, j’ai dû faire venir un de mes maquilleurs sur le plateau, et lui demander d’écarter les paupières supérieures et inférieures de Malkovich aussi loin l’une de l’autre qu’elles pouvaient s’étirer, ce qui était très inconfortable. À mon compte à rebours, le maquilleur devait retirer ses mains aussi vite que possible et j’appuyais sur la détente, espérant capturer l’œil à son ouverture maximale sans la main dans la photo. John, en ultime soldat et perfectionniste, nous laissa faire cela une vingtaine de fois avant que l’on ait enfin un cliché satisfaisant.”

    Christopher Makos. “Lady Warhol Standing” (1981), Sandro Miller, 2017

    3. Lady Warhol de Christopher Makos : le sacre de la perruque

     

    “J’ai rencontré Christopher Makos à l’un de mes vernissages dans la galerie de David Fahey à Los Angeles, et nous avons parlé de recréer cette image de 1981, Lady Warhol debout. J’étais un immense fan de cette série, qui pour moi est la plus iconique de Makos. Je lui ai dit que le seul moyen possible de refaire cette image était de me laisser utiliser la perruque originale que Warhol portait lors de cette session. Makos venait justement de la récupérer après une exposition. Il m’a fait fabriquer une mallette spéciale pour la perruque et m’a dit que la condition pour qu’il me laisse l’utiliser était de venir moi-même en avion la récupérer, afin qu’elle ne quitte jamais ma surveillance, et ce pendant tout le temps qu’elle serait en ma possession. J’espère que Makos ne sera pas fâché de voir un jour un Polaroid de moi avec la perruque et du rouge à lèvres refaire surface, imitant l’un des portraits célèbres de Warhol ! Étrangement, j’ai senti l’esprit de Warhol en portant cette perruque. Malkovich, encore une fois, a exécuté la posture et le regard timide et inquisiteur de Warhol à la perfection.”

    Arthur Sasse. “Albert Einstein Sticking Out His Tongue” (1951), Sandro Miller, 2014

    4. Albert Einstein de Arthur Sasse : Mme Malkovich s’y trompe elle-même !

     

    “Pour cette session, John Malkovich et sa femme sont restés à la maison pendant quatre jours de shooting. J’avais tout juste fini de photographier John quand sa merveilleuse femme entre dans le studio et avance jusqu’à l’écran d’ordinateur, qui affichait justement l’image recréée. Mme Malkovich regarde l’écran et me dit que John va adorer recréer cette image. Je me tourne vers elle et lui demande de regarder l’image de plus près… Elle ne s’était pas encore rendu compte qu’elle était en train de regarder John, et non Einstein ! Ce qui est intéressant aussi avec cette image, c’est qu’à l’origine, Arthur Sasse l’a prise avec un appareil photo 35mm, horizontalement ; des deux côtés d’Einstein dans la voiture, il y avait deux compagnons. Einstein les coupa plus tard lui-même pour utiliser cette image sur des cartes de vœux destinées à ses amis.”

    Bert Stern. “Marilyn Monroe, crucifix II” (1962), Sandro Miller, 2014

    5. Marilyn Monroe de Bert Stern : certains l'aiment chaud

     

    “Au moment du shooting avec Bert Stern, Marilyn sortait d’une opération de la vésicule biliaire qui lui avait laissé une énorme cicatrice rouge sur le flanc droit. Quand elle vit les clichés, elle prit un marqueur et fit une croix sur toutes les images qui ne devaient jamais être vues, à cause de cette cicatrice. Et c’est ainsi qu’est née Crucifix II, l’image que j’ai choisi de recréer. Encore une fois, il faut garder à l’esprit que pour recréer cette image, je n’avais pas un sex symbol de 36 ans — Marilyn Monroe —,  j’avais un homme de 60 ans. Je n’avais pas la bouche, les seins, les courbes, mais j’avais l’un des plus grands acteurs, un homme qui peut littéralement se transformer en presque n’importe qui. Et quand John entrait dans la salle de costumes du studio, on pouvait déjà voir la transformation s’opérer. Là, sur la chaise, alors qu’on lui appliquait le maquillage et les perruques, on voyait ses lèvres, ses épaules et ses yeux commencer à changer. On voyait la force et la robustesse de cet homme doucement se transformer en cette femme délicate et érotique. Une fois John prêt avec le maquillage, la perruque, la cicatrice et la serviette autour de sa taille, c’était Marilyn qui entrait sur le plateau. Il ne laissait pas de place au doute : il était la “vraie” Marilyn Monroe.”

    André Kertész. “Distortion #4” (1932-1933), Sandro Miller, 2017

    6. Les distorsions d’André Kertész : un stupéfiant jeu de miroir

     

    “Comme n’importe quel photographe peut le comprendre, récréer à la perfection les distorsions de Kertész aurait été un exploit irréalisable, parce qu’il m’était impossible de reproduire avec John la réaction que Kersétz avait obtenue avec ses modèles et ses miroirs. Je pouvais seulement essayer de recréer au mieux le style de Kertész. Après beaucoup de recherche et de tests, j’ai compris sa formule pour créer ces stupéfiantes distorsions. Je me rappelle très clairement, alors que Malkovich commençait à poser, les images qui apparaissaient sur mon écran d’ordinateur ; on était sidérés par ce qui se passait entre les miroirs et mon appareil photo. À ce moment-là, je ne pouvais que me représenter Kertész dans son studio, ressentant cette même joie. J’ai juste laissé Malkovich faire son truc, il posait comme un top model ; ainsi se sont formées ces images magnifiques pour lesquelles j’honore fièrement le grand Kertész.”

    Jim Marshall. “Johnny Cash (Flipping the Bird), San Quentin Prison” (1969), Sandro Miller, 2014

    7. Le Johnny Cash de Jim Marshall : capturer le fuck you parfait

     

    “Cette photo culte de Johnny Cash faisant un doigt d’honneur à l’appareil, a été prise par Jim Marshall, lors d’un concert à la prison de San Quentin [en Californie] en 1969. Marshall avait dit à Cash : “faisons un cliché pour le directeur”. Cash y a vu la parfaite opportunité de faire un doigt d’honneur à l’administrateur, pour les mauvaises conditions de vie, l’infâme nourriture et autres problèmes de gestion de cette prison célèbre. Pour refaire cette photo, les détails devaient être vraiment perfectionnés, de la guitare à la combinaison, jusqu’à la sangle de l’instrument et au mur en béton de 16 pieds de haut que l’on a dû reconstruire dans mon studio. On a bien dû prendre plus d’une centaine de clichés pour avoir le doigt parfait, et la structure de la bouche parfaite. Sur l’image de Marshall, on peut voir Cash dire “fuck you”. On avait besoin de la même puissance dans le doigt et les lèvres de Malkovich pour que la photo marche.”

     
     
    Le livre “Malkovich, Malkovich, Malkovich, Homage to the Photographic Masters” de Sandro Miller est disponible sur skia.com.
     
    L’exposition “Malkovich, Malkovich, Malkovich, Homage to the Photographic Masters”, de Sandro Miller, du 31 octobre 2020 au 31 janvier 2021 au Museum Magazine Delle Idee à Trieste en Italie, et du 12 au 15 novembre à Paris Photo.
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