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15 Juin

Comment Marvin Bonheur magnifie les héros ordinaires

 

Révélation de la 10e édition du Festival Circulations, le jeune photographe Marvin Bonheur offre un regard neuf sur la banlieue parisienne, dont il est originaire. À la recherche de son identité d’enfant enfouie sous des kilomètres de barres d’immeubles, sa série “La Trilogie du Bonheur” dresse une fresque tendre de la Seine Saint-Denis. Retour sur un des photographes français les plus prometteurs de sa génération.

Par Margaux Coratte

Vague © Monsieur bonheur
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L'héroïne de l'ombre © Monsieur bonheur
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La fierté © Monsieur bonheur
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La glace © Monsieur bonheur
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La vie de rêve © Monsieur bonheur
5/7
L'autre monde © Monsieur bonheur
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Cortège © Monsieur bonheur
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Vague © Monsieur bonheur
L'héroïne de l'ombre © Monsieur bonheur
La fierté © Monsieur bonheur
La glace © Monsieur bonheur
La vie de rêve © Monsieur bonheur
L'autre monde © Monsieur bonheur
Cortège © Monsieur bonheur

Quatre petites silhouettes encapuchonnées, de dos, entourées de bitume, lèvent la tête vers le ciel. Sous cette photographie, on peut lire “la vie de rêve”. C’est en Seine Saint-Denis, sur les lieux de son enfance, que Marvin Bonheur a réalisé la majeure partie de son travail. Entre barres d’immeubles, centres commerciaux et l’espoir de s’en sortir. Si dernièrement il s’est aussi intéressé à Londres et à la Martinique (voir ses très belles séries 30° degré à l’ombre et London), le jeune photographe s’est d’abord fait connaître pour le regard poétique qu’il pose sur la banlieue parisienne. Une partie de sa série La Trilogie du bonheur est en ce moment exposée au 104 à Paris, dans le cadre du Festival Circulations.

 

À la recherche d’un temps perdu

 

Armé d’un appareil compact argentique 35 mm, le jeune autodidacte arpente les barres d’immeubles, photographie leurs fantômes et les fissures du temps. L’origine de son projet ? L’envie de renouer avec ses souvenirs. En 2014, il investit les lieux de son enfance, délaissant le Paris intramuros où il vit désormais. Là-bas, il entame le premier volet de son travail, intitulé “Alzheimer”. Une exploration de la cité qui l’a vu grandir, dévoilée ici comme une plaine thébaïde, craquelée et vieillissante. Tout en réminiscences et lumières rases, le portfolio invoque le passé de l’artiste, qui s’incarne dans des photographies au grain sensiblement vaporeux. Au travers de la texture de la pellicule se dévoilent des atmosphères spectrales, dénuées de toute vie. Le passé y est comme figé, prisonnier des terrains déserts où l’absence d'êtres humains se fait criante. Et avec un sentiment presque post-apocalyptique, les lieux semblent pleurer sourdement ceux qui les ont autrefois foulés.

 

Difficile cependant de se contenter de vivre dans un temps révolu. Après les terrains vagues et les fantômes, le photographe enchaîne avec deux nouveaux volets, bien vivants cette fois-ci. Dans “Thérapie”, le photographe se soigne avec l’humain. Ses clichés se parent alors de visages, le portrait en porte-à-faux. Et si le travail de Marvin Bonheur est si puissant, c’est qu’il parvient à lier à la perfection les êtres et les espaces. Quand son objectif se détourne des individus pour ne capturer qu’une place vide, un tunnel ou un stade désert, les personnages brillent par leur absence. Mais lorsque les corps s’imposent à lui, ces derniers ne peuvent être appréhendés par le spectateur sans le cadre qui les entoure.

La Glace © Monsieur Bonheur

Donner une voix à ceux qui n’en n’ont pas

 

Canettes de Tropico, stades de foot, lignes de RER, supérettes et cartes à jouer… Avec Marvin Bonheur, tout un monde méconnu d'une frange de la population parisienne se dévoile en ce moment sur les murs du 104, dans le 19e arrondissement de la capitale. Mais ce qui fait la force de cet univers, c’est avant tout ces “visages oubliés” que le photographe capture. Parmi eux, beaucoup font partie de ses amis, de sa famille ou de ses connaissances. En tirant leur portrait, l’artiste leur accorde la reconnaissance dont ils manquent et leur donne une voix et une visibilité. C’est comme si Marvin Bonheur se faisait le passeur de cette banlieue vaste pour en dévoiler les innombrables richesses. Intitulé “Renaissance”, le troisième volet de La Trilogie du bonheur permet ainsi aux habitants de ces lieux de sortir d’entre les murs du 93. Alors même qu’ils apparaissent indissociables de la banlieue, toute l’intention de l’artiste est bien de les dévoiler au monde.

 

Alors que les protestations contre les violences policières ont récemment enflammé l’actualité, des Etats-Unis à la France, il n’est pas étonnant de voir fleurir sur le compte Instagram de l’artiste des portraits magnétiques des manifestants. “Nos vies comptent” peut-on lire sous ses publications tandis que son objectif transcende les foules et élit parmi elles des héros ordinaires. Car en définitive, le travail de Marvin Bonheur s’attache à rendre hommage à des vies de l'ombre. S’achevant par un volet profondément optimiste, La Triologie du bonheur ouvre la voie à une carrière particulièrement prometteuse.  Avec lui, la photographie de demain s’entoure d’un halo poétique et militant, aussi nécessaire que fascinante. 

 

La Triologie du Bonheur - Marvin Bonheur. En ce moment exposée par le Festival Circulations au 104 à Paris et disponible sur le site de Marvin Bonheur.  

 
 
 
 

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

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