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Numéro
11

5 beaux livres de photographie à (s')offrir pour les fêtes

Photographie

Des monographies de Mary Ellen Mark et Buck Ellison à un ambitieux répertoire des femmes photographes, l'année 2020 aura été riche en ouvrages photographiques. Découvrez pour les fêtes cinq beaux livres explorant différentes facettes du huitième art.

  • Newsha Tavakolian, “Portrait de Negin à Téhéran” (2010) © Newsha Tavakolian / Magnum Photos

  • Deborah Willis, “Carrie au salon Euro”, Eatonville, Floride (2009) © Deborah Willis

  • Anna Atkins, “Alaria esculenta”, extrait de Photographs of British Algae: Cyanotype Impressions (1849-1850) © The New York Public Library

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1. Pour une histoire mondiale des femmes photographes

 

300 photographes, 164 auteures. Tel est l’ambitieux programme de l’ouvrage dirigé par Luce Lebart et Marie Robert. Ensemble, ces deux historiennes françaises de la photographie ont épluché pendant des mois archives, livres et expositions afin d’établir une liste des femmes dont la pratique du médium aura marqué son histoire. Ces recherches, nourries par toutes les écrivaines, critiques d’art et autres universitaires dont elles ont croisé la route, leur ont permis d’identifier des femmes photographes du monde entier sur deux siècles, de l’invention de la technique à aujourd’hui. Classées par date de naissance et non regroupées en chapitres, ces artistes et leur pratique sont ainsi appréciées dans toute leur singularité, échappant ainsi aux catégorisations et aux regroupements parfois bancals des discours théoriques. D’Anna Atkins à Newsha Tavakolian, en passant par les célèbres Julia Margaret Cameron, Sabine Weiss, Diane Arbus et Cindy Sherman, mais aussi les moins célèbres Impératrice Cixi et Nicoline Weywadt, ces femmes réunies dans cet épais recueil aux airs de manifeste permettent ainsi de combler les lacunes d’une histoire encore majoritairement masculine et occidentalo-centrée.

 

 

Une histoire mondiale des femmes photographes, par Luce Lebart et Marie Robert aux éditions Textuel (2020). 69€

Synchrodogs, “Lights on hill”, série “Slightly Altered”.

2. L'Ukraine fantasmée du duo Synchrodogs

 

Peter Lindbergh à Berlin, Sølve Sundsbø en Colombie Britannique, Harley Weir en Iran ou encore Sarah Moon à bord de l’Orient Express… Depuis la création par Louis Vuitton de sa collection de livres “Fashion Eye”, nombreux sont les photographes de renom dont les tirages ont été édités par la maison française. Se proposant de donner à découvrir une région du monde en incitant au voyage et à l’évasion, ces livres pensés comme des albums mettent en exergue le talent de ces artistes et leur capacité à offrir de ces lieux une vision surprenante. Dernier projet Fashion Eye en date : un road trip en moto dans les Carpates ukrainiennes effectué par le duo Synchrodogs. Nés tous deux dans ce pays d’Europe de l’Est, Tania Schcheglova et Roman Noven y ont apporté pendant plusieurs semaines leur regard fortement imprégné par la photographie de mode, où le corps et les vastes paysages se rencontrent pour ne former qu’un espace surréel. Baptisée Slightly Altered, leur série offre ainsi un parcours incarné proche de l’expérience mystique dans l’immensité de ces montagnes, collines et vallées brutes et dépeuplées.

 

Ukraine : Synchrodogs, collection “Fashion Eye” aux éditions Louis Vuitton. 50€

“Amanda and her cousin Amy. Valdese, North Carolina, 1990”. © Mary Ellen Mark Foundation.

3. L'œuvre immense de Mary Ellen Mark

 

En 2015, la photographie américaine perd l’une de ses plus grandes figures : Mary Ellen Mark. Pendant des décennies, ses clichés en noir et blanc auront su dépeindre les multiples facettes de son époque, de ses figures les plus éminentes – célébrités dont elle a souvent tiré le portrait – à ses plus abandonnées – sans abris, drogués et autres laissés pour compte d’une société inégalitaire. Si ses grands photoreportages ont fait sa réputation, c’est notamment en ce qu’ils lui ont permis de pénétrer des cercles très hermétiques, à l’instar des réunions du Ku Klux Klan ou des réseaux de prostituées de Bombay. Cinq ans après son décès, son mari le réalisateur Martin Bell a réuni pour les éditions Steidl près de 600 clichés signés par son épouse dans un ouvrage colossal et collector, offrant une plongée très complète dans son œuvre prolifique.

 

 

Mary Ellen Mark: The Book of Everything, aux éditions Steidl (2020). 480€

Gerardo Vizmanos

Florian Hetz

4. La nouvelle photographie queer par 40 photographes

 

Qu’est ce qu’être queer en 2020 ? Si l’on aura jamais autant entendu ce terme que ces dernières années, ses nombreuses utilisations et réappropriations ont rendu ses limites bien plus poreuses et difficiles à définir. Un moyen permettrait toutefois d’y parvenir : la photographie. En mettant en scène les différents corps et sexualités, celle-ci peut en effet de manière très immédiate dresser le portrait des identités et cultures queer contemporaines. Afin de les réunir dans un livre, Benjamin Wolbergs est parti à la découverte de ces photographes qui, aujourd’hui, composent une nouvelle iconographie queer à travers ses figures anonymes. Dans son ouvrage New Queer Photography paru aux éditions Verlag Kettler, 40 artistes sont répertoriés, leur travail exposé et décrypté. On y retrouve par exemple les gros plans intimistes de Florian Hetz, les soirées extravagantes capturées par Ralf Obergfell, les corps fragmentés de Damien Blottière ou encore les nus féminins de Melody Melamed. Autant de visions singulières qui, ensemble, définissent de nouvelles frontières où genres et sexualités peuvent trouver leur place.

 

 

New Queer Photography, par Benjamin Wolbergs aux éditions Verlag Kettler (2020). 58€

5. Le privilège blanc vu par Buck Ellison 

 

Grandir auprès des riches aura sans doute inspiré à Buck Ellison sa passion photographique. Dès son adolescence dans un lycée très aisé de Californie, l’Américain commence à s’intéresser à ces familles ultra-privilégiées de la côte ouest, aux enfants dont les parents sont prêts à dépenser une fortune pour leur assurer le meilleur train de vie possible. Il utilise alors la prise de vue pour revisiter les codes de ces milieux dans des mises en scène savamment préparées : des matchs de golf aux scènes domestiques dans des décors clinquants, jusqu’à ses fameux portraits de familles où tout semble forcé, ses images intriguent et suscitent souvent un malaise grinçant. Car derrière elles se lit avant tout une critique acerbe de la reproduction sociale et du privilège qui en découle, fortement lié à la couleur de peau de ces acteurs tous blancs. Réunis et chapitrés dans un livre publié aux éditions Loose Joints Publishing, les clichés de Buck Ellison mettent ainsi en exergue les indices discrets mais insidieux d’une domination dont le confort quotidien façonne dans l’inconscient collectif un modèle vers lequel tout un chacun devrait aspirer. L’ouvrage vient de remporter le prix du premier livre décerné par l’institution artistique Aperture Foundation et le prix du livre de la foire Paris Photo, et est actuellement en vente à la librairie parisienne Delpire & Co aux côtés des 34 autres livres sélectionnés. 

 

 

Buck Ellison : Living Trust, aux éditions Loose Joints Publishing (2020). 50€