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Numéro
23 Prix Picto, Soliou Ligali, Annabelle Foucher, Maxime Antony

Prix Picto : découvrez les nouvelles pépites de la photographie de mode

PHOTOGRAPHIE

Ce lundi 22 mai, dans la cour d'honneur du Palais Galliera, la fondation Picto dévoilait les noms des trois lauréats de la 25e édition de son prix annuel pour la photographie de mode. Focus sur les pratiques de ces trois jeunes artistes, éclairées par les membres du jury.

  • © Annabelle Foucher

    © Annabelle Foucher © Annabelle Foucher

Le prix Picto, un tremplin pour la photographie de mode depuis 1998

 

Sofia et MauroGabriel Dia, Charlotte Abramow, ou encore Adeline Care… La liste des photographes de mode de renom distingués par le prix Picto ne cesse de s'allonger depuis la création de la récompense en 1998. Initiative lancée par la Picto Foundation, fondation des laboratoires photographiques éponymes, celle-ci récompense chaque année des jeunes talents du monde entier dont les pratiques singulières, sensibles et prometteuses pourraient bien à leur tour renouveler le genre et le champ prestigieux de la photographie de mode. Ce lundi 22 mai à 19 heures, dans la cour du Palais Galliera comme de coutume, ce sont encore cette année trois artistes qui ont reçu les prestigieuses récompenses : Annabelle Foucher pour le Grand Prix Picto de la Photographie de Mode, Soliou Ligali pour la dotation le 19M de la Photographie des Métiers d’Art, et Maxime Antony pour la dotation Filippo Roversi. 


Cette 25e édition s’est principalement focalisée sur les nouvelles techniques de la photographie numérique et le travail de l’image en post-production, privilégiant néanmoins l’authenticité du message tantôt en corrélation avec l’héritage personnel tantôt avec l’approche virtuose du sujet. “Nous faisons en sorte que les concourants soit les plus créatifs possibles soit de manière frontale, soit en faisant un pas de coté, explique Philippe Gassmann président de la Picto Foundation. Le groupe de finalistes que nous composons doit être équilibré et susceptible de porter une nouvelle énergie créative qui nous semble stimulante.” Sélectionnés parmi plus de 150 candidatures, vingt photographes ont été retenus pour la finale cette année et départagés par un jury émérite composé, entre autres, des photographes Paolo Roversi et Françoise Huguier, de la créatrice de mode Christelle Kocher ou encore d'Axelle Thomas, directrice des éditions Louis Vuitton.

  • © Annabelle Foucher

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Les corps sublimés d'Annabelle Foucher : lauréate du Grand Prix Picto de la Photographie de Mode 

 

La photographie d'Annabelle Foucher, “c’est l’audace dans la simplicité avec une lumière juste, des couleurs raffinées” résume Philippe Gassmann qui, à l'instar du jury de cette 25e édition du prix Picto, a été séduit par le travail de cette jeune artiste basée à Reims. Ce que l’on retient le plus de ses images, ce sont sûrement les corps, parfois écorchés par la vie que la jeune artiste basée à Reims sublime, et sur lesquels elle pose un regard tendre. Sa série Tako Tsubo – du nom d’une maladie caractérisée par une insuffisance cardiaque aiguë, aussi appelée syndrome des cœurs brisés – opère par exemple un savant mélange entre des jeux de lumières créant des univers troubles, des visages lacérés et des cadrages serrés, dont résultent des compositions poétiques où les corps semblent meurtris par les blessures de l’amour. Pour la photographe de renom Françoise Huguier, présidente du jury du Grand Prix Picto cette année, les points forts du travail de la jeune femme sont avant tout “ses cadrages et la lumière qu'elle donne à voir, surtout dans les scènes de nuit ” – que l'on constate aussi bien dans ses autres projets personnels, immortalisant des objets ou paysages dépeuplés, que dans ses collaborations avec des jeunes labels de mode, tels que la créatrice de bijoux Juliette Laloë. En remportant la plus haute récompense du groupe, la Française se voit dotée d’un appareil photo Leica SL2-S et d’un montant de 2000 euros pour la conception d’une exposition.

  • © Soliou Ligali

    © Soliou Ligali © Soliou Ligali
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Les contes intimes de Soliou Ligali, lauréate du 19M

 

Installé aujourd'hui en région parisienne, Soliou Ligali a partagé sa vie entre le Bénin et la France, baignant dans une culture hybride à partir de laquelle il a construit sa grammaire photographique et les sujets qui l’animent. En témoigne sa série Marronnage – terme qui évoque la fuite d'un esclave hors de la propriété de son maître à l'ère coloniale – où ses mannequins vêtus de plusieurs couches de vêtements s'inspirent directement des tenues des sorciers vaudous qui l’ont effrayé pendant son enfance au Bénin. Constante de ses photographies, le jeu sur la saturation et le contraste mais aussi, et surtout, les fonds colorés qui envahissent chacun de ses clichés, du bleu nuit au rouge terreux en passant par le vert clair... À la manière des scènes nocturnes peintes par l'Américain Edward Hopper, ces couleurs mettent l’accent sur les personnages capturés qui deviennent tantôt des ombres, tantôt de sublimes apparitions. Un travail extrêmement minutieux de la composition qui n'a pas manqué de toucher l'équipe du 19M, haut lieu des métiers d'art et de la mode créé sur l'initiative de Chanel, qui rassemble à Aubervilliers de prestigieuses maisons telles que les brodeurs de chez Lesage, les chapeliers de Maison Michel ou encore les plumassiers et fleuristes de chez Lemarié. Directrice artistique de cette dernière et de son propre label Koché, Christelle Kocher, chargée de sélectionner le photographe gagnant du prix 19M de la Photographie des Métiers d’Art, a apprécié chez Soliou Ligali son sens du récit et sa manière de mêler son vécu et sa sensibilité à des portraits en studio, jouant avec les personnages, paysages et couleurs. “J'aime les histoires que ses clichés racontent. Ils posent la question du territoire, qui est chère au 19M”, confie la créatrice française à Numéro. Avant d'ajouter : Comme en couture, il y a quelque chose de très ‘crafted‘ dans la photographieJ’ai tout de suite projeté le travail de Soliou Ligali à Aubervilliers, présent auprès de tous les artisans dans cet espace pluriel qu'est le 19M.” Avec la dotation reçue hier soir, Soliou Ligali est invité à réaliser une commande photographique d’une valeur de 5000 € en collaboration avec l’une des maisons résidentes du 19M, qui sera ensuite exposée dans la galerie du lieu, profitant de cette entrée par la grande porte dans le monde de la photographie de mode.

  • © Maxime Antony

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Les portraits surréalistes de Maxime Antony, lauréat de la dotation Filippo Roversi

 

Oniriques, définies par des lignes sinueuses qui leur donnent un aspect presque liquide, et semblables à des peintures de maîtres, les images du photographe autodidacte Maxime Antony explorent les outils numériques pour proposer des mises en scène et représentations surprenantes du corps humain. Telles “des sculptures de corps qui emportent le regard dans un voyage vers l’inconnu”, comme les décrit Philippe Gassmann, ces clichés surréalistes, à l'image de ceux de la série en noir et blanc L’encéphale, augmentent et déforment la réalité à en perdre ses repères. L'artiste âgé de 29 ans y déploie une narration entre deux mondes, dans sorte d’ivresse qui transformerait le corps humain en créature théâtrale distordue et reflèterait les pensées les plus enfouies. Membre du jury du prix Picto depuis 2019, le célèbre photographe de mode italien Paolo Roversi a été sensible à ces images mystérieux et presque abstraites, et lui a remis le troisième prix : la dotation Filippo Roversi, rattaché à l’atelier de tirage argentique en noir et blanc créé par Picto et le photographe en hommage à son propre fils, qui offre à Maxime Antony une journée de workshop  aux côtés de Paolo Roversi et un tirage exclusif signé du photographe. “Paolo Roversi et Picto, c’est une longue histoire, développe Philippe Gassmann. Il est passionnant, humain dans la manière avec laquelle il accompagne le photographe lauréat, généreux dans sa curiosité et aussi radical dans son exigence.” Des qualités qui devraient permettre au jeune lauréat d'entrer dans le monde de la photographie de mode de la meilleure des manières.