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Les impayables de Paris Photo 2015, visite guidée

 

Grandeur et opulence au rendez-vous incontournable de la photographie à Paris.

Dans les allées du Grand Palais, le collectionneur sensible sera aussi bien fasciné par la beauté des propositions formelles et par les vieilles légendes de la photographie que protégé du fracas du monde contemporain. Si refléter l’état du monde n’est sans doute pas l’ambition d’une foire, certaines galeries s’y essaient pourtant avec talent. Le marché, quant à lui, est bien représenté avec les valeurs sûres et les nouvelles coqueluches de l’art photographique.

Kim Kardashian photographiée par Juergen Teller sur le stand de la galerie Suzaenne Tarasiève,183 x 275 cm.

Mais avant de flâner entre les stands des galeries, place aux expositions du Salon d’honneur. L’organisation y inaugure un nouveau secteur Prismes, dédié aux œuvres sérielles et aux projets hors normes. Hors normes, l’œuvre du photographe japonais d’avant-garde Daido Moriyama l’est, assurément. Sur tout un mur, le public découvrira les 80 tirages noir et blanc de sa série “Farewell Photography” (galerie Akio Nagasawa à Tokyo et Jean Kenta Gauthier à Paris). Bien plus nombreux, donc, que ceux présentés cet été, aux Rencontres d’Arles, dans le cadre de l’exceptionnelle exposition consacrée à 8 maîtres de la photographie japonaise. On est ébloui. Malheureusement, un peu trop… par l’éclairage inadéquat et par le prix (400 000 euros pour l’ensemble). Sur l’autre mur, tout aussi rare est le portfolio Double Elephant (galerie Thomas Zander à Cologne). Il regroupe 60 œuvres historiques, signés des cultissimes Manuel Alvarez Bravo, Garry Winogrand, Lee Frielander et Walker Evans. On passera rapidement sur les 2000 Polaroid de Nobuyoshi Araki, qui a fini par devenir un artiste trop présent dans ce type d’évènements, pour se concentrer sur les très poétiques photographies de Cy Twombly (représenté également au stand de la galerie Gagosian) issues de la collection Enea Righi.

Attraction de la foire au stand de la galerie Suzanne Tarasiève, le très présent postérieur de Kim Kardashian, photographiée par Juergen Teller sur un vaste et nécessaire format de 183 x 275 cm, vaut son poids en livres sterling : 37 000. Pour la suite, il faudra accepter d’explorer au-delà des grands noms – une exposition Brassaï enthousiasmante chez Karsten Greve, Jacques-Henri Lartigue chez Alain Gutharc, Weegee chez Daniel Blau... – pour dénicher quelques pépites contemporaines. Et pourquoi pas chez Imane Farès, jeune et passionnante galerie dédiée à l’art contemporain d’Afrique et du Moyen-Orient, qui réussit la gageure de présenter des artistes embrassant les questions actuelles tout en étant formellement prodigieux. On pense notamment au grand format de Sammy Baloji qui a fait sensation, tout comme aux œuvres de l’artiste libanais Ali Cherri exposé à la galerie l’été dernier. Des noms à suivre. Au stand de l’excellente Stevenson, on assiste là encore à un rare effort pour raccorder l’art photographique à la réalité à travers deux artistes majeurs, Viviane Sassen qu’on ne présente plus, et surtout Zanele Muholi, dont les autoportraits en noir et blanc sont fabuleux et encore accessibles (entre 5 000 et 8 000 euros selon les pièces). Cela ne durera pas (elle a déjà été achetée par la célèbre collection Walther). L’artiste transcende son activisme de lesbienne noire sud-africaine dans des photos à la puissance visuelle implacable. 

On se laisserait bien tenter par quelques classiques éblouissants, tel un Lewis Baltz (chez Yancey Richardson à New York) au noir et blanc graphique bien plus intéressant que le surévalué Lucien Hervé. La galerie présente d’ailleurs des clichés d’Olivo Barbieri, dont la cote ne pourra que s’envoler alors que son exposition se poursuit jusqu’en janvier 2016 au MAXXI, le musée d’art contemporain de Rome. Mais ses œuvres récentes  – donnant l’illusion que les grands espaces et les monumentales architectures ne sont que des miniatures – sont-elles au niveau des plus anciennes ? Du côté des photographes de légende, toujours, quelques très beaux Irving Penn, dont le somptueux Cuzo Children (33 000 euros) sont à redécouvrir au stand de la galerie Stephen Daiter

Plus accessibles, les Masao Yamamoto (moins de 2 000 euros) séduiront par leur poésie à la galerie Camera Obscura. Tout comme les incroyables Eleonor d’Harry Callahan (dépassant, eux, les 22 000 euros), où les jambes de la femme de l’artiste se fondent dans un noir intense et sensuel. On finira la séquence nostalgique par des photographies sur bronze éblouissantes de l’Ouest américain d’Edward S. Curtis chez Bruce Kapson.

Pour les nouveaux talents, on se tournera sans hésiter vers la très bonne galerie M+B de Los Angeles. C’est là que la “branchitude” parisienne se retrouve, à raison, pour admirer les œuvres les plus enthousiasmantes de la foire, signées d’un certain Matthew Brandt. Le jeune photographe (vivant et travaillant à Los Angeles) joue avec les techniques (il a enterré ses clichés à Hawaii cette fois-ci) pour offrir à ses images de nature ou de paysage des effets hallucinatoires. La magie opérant, il serait dommage de passer à côté de deux autres talents de la galerie. D’une part, Ellen Carey, née en 1952, dont les collages graphiques et colorés devraient enfin connaître le succès qui leur est dû. D’autre part, les nus féminins en noir et blanc de Whitney Hubbs. Toujours dans l’univers contemporain, la galerie Nathalie Obadia est satisfaite : la nouvelle série de Super Models de Valérie Belin se vend très bien à 28 000 euros pièce. 

C’est chez Air de Paris que l’on découvre un autre des artistes qui fait déjà sensation  : Torbjørn Rødland. Son approche acide et étrange de la réalité s’y fait magistrale. De même, l’œuvre méconnue de Bruno V. Roels dédiée à la sérialité et présentée à la galerie anversoise 51 devrait faire parler d’elle rapidement. Un grand musée américain – qui a souhaité rester discret – et un autre britannique, le plus évident, auraient déjà acheté. Déception, les clichés de l’ère industrielle de Bernd et Hilla Becher présentés en majesté chez Sprüth Magers ne sont pas à vendre… la mort d’Hilla Becher le 10 octobre laissant en suspens toute considération commerciales. Et ce n’est peut-être pas une si mauvaise nouvelle à la vue des prix atteints en général pour cette édition 2015 de Paris Photo.

 

Paris Photo 2015, au Grand Palais, Paris. Jusqu’au 15 novembre. www.parisphoto.com

Bernd & Hilla Becher

Gasometers, 1973-2009

9 black and white photographs

Copyright Bernd & Hilla Becher/Courtesy Sprüth Magers

Exposant : Sprüth Magers

L'esprit de Saint Laurent capturé par le photographe Daido Moriyama
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La légende de la photo Ari Marcopoulos signe une série exclusive pour Numéro art
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Les paysages saisissants de Hiroshi Sugimoto en vente chez Christie’s
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Rencontre avec Gregory Crewdson, photographe de l’angoisse et de la solitude
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Photographie Sa logique de production est celle du cinéma : des équipes de quarante personnes, des mois de préparation et de repérages... Réminiscences des films de David Lynch, les images ultra composées de Gregory Crewdson, baignées dans des clairs-obscurs mystérieux, saisissent des scènes de vie américaine ordinaire habitées par des personnages aux prises avec eux-mêmes, dans des moments de solitude où pointe l’angoisse. Alors qu’il se lance dans une toute nouvelle série, l’artiste se confie à Numéro Homme. Sa logique de production est celle du cinéma : des équipes de quarante personnes, des mois de préparation et de repérages... Réminiscences des films de David Lynch, les images ultra composées de Gregory Crewdson, baignées dans des clairs-obscurs mystérieux, saisissent des scènes de vie américaine ordinaire habitées par des personnages aux prises avec eux-mêmes, dans des moments de solitude où pointe l’angoisse. Alors qu’il se lance dans une toute nouvelle série, l’artiste se confie à Numéro Homme.