Dans l’édition 2018 du Grand Larousse illustré, la définition du terme “plagier” est la suivante : “Piller les œuvres d’autrui en donnant pour siennes les parties copiées.” On reconnaîtra l’ambiguïté du terme qui, dans le milieu artistique, se substitue souvent à celui d’“inspiration”, alibi favori des faussaires. La plupart du temps, l’artiste pris en flagrant délit de plagiat s’en remet difficilement, le public l’abandonne, furieux de s’être fait duper de la sorte. Mais qu’en est-il lorsque l’artiste incriminé est décédé et que sa supercherie est démasquée à titre posthume?

 

Dans le cas du photographe Ren Hang, tout commence par l’e-mail d’un mystérieux Lucien Y, visiteur de l’exposition Love, Ren Hang, présentée jusqu’au 26 mai prochain à la Maison européenne de la photographie. En sortant de l’institution parisienne, il fait part de sa stupéfaction à Jean-Jacques Naudet, directeur de la publication du magazine l’Œil de la photographie : “La préface de l’exposition indiquait que Ren Hang avait été influencé par Terry Richardson et [Nobuyoshi] Araki, mais ne mentionnait rien de Ryan McGinley, Guy Bourdin, Robert Farber ou encore Robert Mapplethorpe… Tandis que ces noms me revenaient à l’esprit, les similitudes entre ce que je connaissais et ce à quoi je faisais face dans cette exposition se bousculaient dans ma tête.” Il fait alors suivre un portfolio qui ne laisse aucune place au doute.

 

 

Subversif, l’artiste homosexuel mêlait désir et insouciance, identité flottante et sexualité fantasmagorique.

 

 

D’abord les animaux. Tandis que des papillons habillent le corps nu d’un jeune homme flegmatique, un python réticulé se donne comme un leitmotiv dans les travaux du photographe chinois, errant sur la peau de modèles rêveurs, dissimulant leurs parties intimes pour en affirmer la dimension obscène tout en la niant. On retrouve ces animaux et une scénographie similaire dans les travaux de Ryan McGinley, photographe new-yorkais qui compose avec la nature. Proche de la culture underground américaine, il se voit consacré, dès ses 25 ans, par une exposition solo au Whitney Museum de New York. Comme présenté ci-dessus, on pense à une source d’inspiration importante. Mais Ren Hang emprunte également les mises en scène centrées sur la flore à son homologue : il photographie ses modèles dans des arbres ou les invite à s’étreindre, enrobés de Cellophane, au cœur de paysages verdoyants. Robert Mapplethorpe et Guy Bourdin ont, eux aussi, été pillés. Car dans ces cas-là, on parle de pillage : une chorégraphie de jambes nues pour le premier, et une demi-douzaine de mains aux doigts vernis de rouge qui prennent une femme d’assaut pour le second.

 

Héritier du réalisme cynique, ce mouvement artistique chinois né des événements de Tian’anmen en 1989, le photographe Ren Hang avait accédé au statut d’icône après sa disparition prématurée, le jeune homme s’était suicidé en 2017 dans sa trentième année. Subversif, l’artiste homosexuel mêlait désir et insouciance, identité flottante et sexualité fantasmagorique. Son sens de la mise en scène lui a permis d’accéder au panthéon des photographes de nu, un statut aujourd’hui malmené par ces révélations et ces preuves sans équivoque…

 

Découvrez le portfolio complet sur le site de l’Œil de la photographie.