05 Octobre

Les 6 nouveaux talents de la photographie à retenir de Unseen Amsterdam

 

Fin septembre, la photographie contemporaine se donnait rendez-vous pour la septième édition de la foire Unseen Amsterdam. Les compositions futuristes de Kenta Cobayashi succèdent aux paysages dévastés de Jaako Kahilaniemi… Reportage en Hollande du Nord et focus sur les nouveaux talents de la photographie.

Par Alexis Thibault

“Untitled”, from the series “Will my manequin be at home when I return”, Arko Datto.

1. Arko Datto et les ténèbres phosphorescentes de Calcutta (East Wing)

 

C’est somptueux n’est-ce pas ? L’artiste est dans les parages, il faut absolument le rencontrer !” Les paysages nocturnes quasi phosphorescents d’Arko Datto font l’unanimité. Inspiré par l’œuvre du photographe américain Michael Ackerman, l’artiste né à Calcutta (Inde) révèle les fractures d’une nation : dans une nuit éclairée par les contrastes, il décrit les mutations d’un État, autocratie contestée par la montée  des revendications de la communauté hindoue. Issue d’une trilogie entamée en 2015 avec SnakeFire en Malaisie et en Indonésie, sa série photographique Will My Mannequin Be Home When I Return dresse le portrait du crépuscule et des nuits d’encre bleu électrique de l’Inde.

100 Mistakes Made by Previous Generations, Jaakko Kahilaniemi, 2017.

2. Jaakko Kahilaniemi, sur la première marche du podium (Unseen Gallery)

 

Lorsque Jaakko Kahilaniemi débarque sur scène à l’annonce de son patronyme, la salle éclate de rire. Et pour cause, le géant de plus de deux mètres doit se courber pour récupérer son prix des mains d’Erik Van Den Eyden. Trente centimètres plus bas, le dirigeant de l’antenne belge du groupe financier ING s’amuse, lui aussi, de la situation. Aussi ému que surpris, ce natif d’Helsinki à peine trentenaire a su séduire le jury du ING Unseen Talent Award – mécène du prix – qui offre un chèque de 10 000 euros au meilleur des cinq finalistes. Dans sa série Nature Like Capital, ses forêts décharnées, auxquelles il superpose des hachures ou des cercles rouges servent, en images, ses revendications écologiques. Des paysages craquelés et écorchés par la main de l’homme qui transforme la nature en scène de crime.

“Untitled”, œuvre issue de la série “Matter/Burn Out”,  2016, Daisuke Yokota

“Untitled”, œuvre issue de la série “Matter/Burn Out”,  2016, Daisuke Yokota

3. Daisuke Yokota, l’alchimiste de l’image (G/P Gallery)

 

Le Japonais Daisuke Yokota provoque des “accidents” photographiques. D’abord lorsqu’il appuie sur le déclencheur et isole des individus piégés par le cadre. Ensuite lorsqu’il retravaille ses clichés tel un expert de la police scientifique. Daisuke Yokota photographie ses propres images, en modifie la couleur et la transparence en les exposant à des rayons X et à des solutions chimiques. Il numérise ensuite l’œuvre finale. L’artiste fait ainsi surgir des détails totalement artificiels et interroge la matière. Fils spirituel de Daidō Moriyama, le photographe encastre des hommes nus dans le néant, sorte de personnages en lévitation dans les entrailles d’un trou noir. L’érotisme latent de sa photographie est lié à la transformation des individus en simples silhouettes anonymes aussi abstraites que les paysage dont il pulvérise les formes et les couleurs.

“Evil communications”, (Menander), œuvre issue de la série Antiquity, Micha Cattaui.

“Pathos-Genes”, (Hygeia), œuvre issue de la série Antiquity, Micha Cattaui.

4. Les anachronismes de Micha Cattaui (Mirko Mayer Gallery/m-projects)

 

Le photographe suisse Micha Cattaui s’est installé en Grèce. C’est là-bas qu’il puise son inspiration et mêle pop culture et civilisation hellénique avec ses clichés de sculptures en ciment. Ici, Socrate dissimule son visage sous le masque de Hannibal Lecter – le psychopathe raffiné de Thomas Harris – et les maîtres de l’Olympe prennent les traits des demi-dieux contemporains dont Batman est l’un des principaux représentants. En métamorphosant ainsi les piliers de la philosophie et les icônes de l’Antiquité, Micha Cattaui s’oppose fermement à la consommation de masse – non sans anachronisme – et fustige avec sarcasme une jeunesse qui délaisse progressivement sa culture ancestrale.

“Untitled”, Lin Zhipeng, 2017

5. Le voyeurisme poétique de Lin Zhipeng (Stieglitz19)

 

Le photographe chinois Lin Zhipeng s’est fait spécialiste d’un érotisme aussi précaire que délicat. Sous le pseudonyme 223, il ose avec pudeur et dévoile avec retenue, initiateur d’un voyeurisme poétique. De ses clichés ambigus – principalement des nus – surgit une imagerie cinématographique dont l’œuvre du réalisateur hongkongais Wong Kar-wai fait office de référence. La jeunesse et le temps en guise de fil d’Ariane, Lin Zhipeng présente des photographies empreintes d’une certaine candeur et véhicule un hédonisme rieur et insouciant.

 

“Pink and Blue”, #blur #sharpness, Kenta Cobayashi, 2016.

“Orange Blind”, #smudge, Kenta Cobayashi, 2016.

6. Kenta Cobayashi, la photographie sous l’ère Black Mirror (G/P Gallery)

 

Kenta Cobayashi est un enfant de l’ère Photoshop. Sa photographie arbore fièrement les stigmates de la retouche et cette chirurgie esthétique poussée à son paroxysme invite à poser un nouveau regard sur l’image. Les œuvres de cet artiste japonais pourraient être assimilées à de la photographie mais pourraient aussi ne pas l’être tant sa pratique induit des paramètres auxiliaires liés à de multiples logiciels. Ce “digital native” n’a que faire des réticences de ses aînés à l’égard des innovations technologiques. Kenta Cobayashi génère des visuels futuristes qu’il intitule par des hashtags, fracture le réel et appose des empreintes digitales sur les visages qui remplacent alors les touches des Smartphone. Subtilement, Kenta Cobayashi explore un monde digital et se penche, par le biais de la photographie, sur son hypothétique obsolescence programmée.

 

 

Unseen Amsterdam

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