Advertising
3123

L'exposition évènement “Walk with Pierre Hardy“

 

Numéro a rencontré Pierre Hardy et le photographe Philippe Jarrigeon qui ont demandé à des étudiants de l’ECAL de réinterpréter l'univers du célèbre chausseur.

Propos recueillis par Delphine Roche

Pierre Hardy par Karim Sadli

 

En marge de Paris Photo, qui se tient ce week-end, le chausseur Pierre Hardy propose dans sa boutique de la place du Palais Bourbon une exposition éphémère. Sous la direction du photographe Philippe Jarrigeon, spécialiste de nature morte et de mode, des étudiants de l’ECAL, école d’arts visuels de Lausanne, ont réalisé autour de chaussures puisées dans les archives de Pierre Hardy, des images saisissantes qui déjouent les codes de la photographie de mode. Rencontre avec les deux protagonistes de cet événement.

 

Numéro : Comment est né ce projet d’exposition ?

Philippe Jarrigeon : Pierre et moi nous sommes rencontrés au moment où sa maison menait une réflexion sur le développement de son image. Cela m’a donné envie de l’inviter à l’ECAL, où j’enseigne. J’ai imaginé un workshop où les étudiants travailleraient sur un exercice de représentation de ce qu’est une maison de chaussures. C’était le point de départ de l’histoire. 

 

Philippe Jarrigeon par Arnaud le Brazidec

Anais Leu, étudiante à l'ECAL, réinterprète Pierre Hardy

 

Etait-ce aussi l’idée de confronter les étudiants à une réalité professionnelle, à une commande?

Philippe Jarrigeon : Oui car c’est l’intitulé même de mon cours, où j’accompagne les étudiants de deuxième année sur des premiers projets de commande. L’idée est de leur expliquer qu’un contexte de commande, quel qu’il soit, peut être une plateforme créative. J’ai donc voulu ici les amener à se demander ce qu’est une maison de mode, et plus particulièrement une maison de chaussures. Je voulais qu’ils s’interrogent sur ce qu’est une image de mode. Pierre Hardy s’est prêté au jeu, nous avons fait avec ses équipes une sélection d’un certain nombre de pièces d’archives, destinées à être réinterprétées par les étudiants. Chaque étudiant s’est vu attribuer une chaussure, tirée au sort. Une fois les images réalisées, nous avons mené un deuxième workshop consacré au projet d’exposition, en nous demandant comment montrer des photographies de ce type. 

 

Peut-on dire qu’il existe une esthétique photographique propre à l’ECAL, qui joue avec le kitsch ou en tout cas, flirte avec les frontières de ce qui est commercialement acceptable? C’est ce qui ressort notamment des livres regroupant les travaux d’anciens étudiants.

Philippe Jarrigeon : Je ne suis pas d’accord avec le mot « kitsch ». Je dirais que l’ECAL est un endroit où nous maîtrisons un certain nombre de codes de l’image qui jouent parfois sur la provocation et la séduction. De fait, les images que nous avons réalisées lors d’un workshop avec Walter Pfeiffer étaient dans cette veine. Mais l’ECAL a aussi produit des images plus documentaires, qui ne sont pas diffusées dans les mêmes réseaux. 

 

Tanya Kottler, étudiante à l'ECAL, réinterprète Pierre Hardy

Cecilia Poupon, étudiante à l'ECAL, réinterprète Pierre Hardy

 

Mais l’idée de tester les limites de l’image de mode, et de déconstruire le glamour, est tout de même très présente chez les photographes issus de l’ECAL.

Pierre Hardy : Complètement, j’aime cette démarche qui est propre à l’ECAL. Dans ce cas précis, ce projet est une commande, mais elle est ambiguë puisqu’elle ne vient pas de moi et n’a pas de but commercial. J’ai moi-même longtemps été professeur, et je me suis donc interrogé sur le rapport que les étudiants entretenaient avec la réalité du monde de la mode. L’intérêt de ce projet est qu’il opère un décalage sur ce questionnement, puisque les chaussures proviennent de mes archives et non des collections de la saison. Les images produites n’ont donc pas d’intérêt commercial direct, elles se situent en dehors de la contrainte imposée par le système de la mode, et en dehors de son rythme. 

 

Philippe Jarrigeon : L’enjeu était de comprendre le travail d’un créateur. Les étudiants devaient produire, en tant que plasticiens, un certain nombre d’images à partir de leur interprétation d’un modèle de chaussures, pour développer à partir de là un travail photographique fort. L’exposition dessine un portrait de Pierre Hardy et propose un point de vue sur le créateur, sur le personnage, et sur un certain nombre d’années de sa création. Le tout prend des formes très différentes. 

 

Pierre Hardy : Ce qui est troublant, c’est que chacun des étudiants a exprimé des aspects de ma création sur lesquelles je ne communique pas. Car les créateurs ont des fantasmes, des obsessions, qui ne sont pas forcément formulés frontalement dans les objets qu’ils produisent. J’étais sidéré de voir comment les étudiants, avec une seule chaussure chacun, ont fait resurgir de façon presque archéologique ce qui était enfoui dans mes créations. C’est une chose qu’on a rarement l’occasion de vivre, car nous sommes pris dans un rythme saisonnier, sans pouvoir nécessairement prendre ce recul.

 

Diriez-vous que ce projet, en exhumant les fondements de votre univers, est une antithèse du cynisme qui prévaut aujourd’hui dans la mode, où la quête de followers sur Instagram est devenue une obsession?

Pierre Hardy : Merci pour ce mot, « cynisme », oui c’est cela. Je suis tout à fait d’accord, notre projet est totalement anti-cynisme.

 

Philippe Jarrigeon : Dans ce travail rayonne un certain enthousiasme, une générosité de la part des étudiants. Les écritures sont très hétérogènes, qui font que ce projet ne pourrait pas être une campagne. C’est une sorte d’encyclopédie d’images, et c’est plutôt à contre-temps. 

 

Walk with Pierre Hardy,

Boutique Pierre Hardy,

9-11, place du Palais Bourbon, Paris VIIe,

du vendredi 11 au dimanche 13 novembre 2016 de 10h à 19h.

Offrez-vous le portrait d'Alexandra Micu & Lexi Boling par Mondino
2

Offrez-vous le portrait d'Alexandra Micu & Lexi Boling par Mondino

Photographie Offrez-vous un tirage unique signé Jean-Baptiste Mondino présenté lors de son exposition au Studio des Acacias en juillet dernier. Offrez-vous un tirage unique signé Jean-Baptiste Mondino présenté lors de son exposition au Studio des Acacias en juillet dernier.

Offrez-vous le portrait de Sylvester Ulv Henriksen par Mondino
1

Offrez-vous le portrait de Sylvester Ulv Henriksen par Mondino

Photographie Offrez-vous un tirage unique signé Jean-Baptiste Mondino présenté lors de son exposition au Studio des Acacias en juillet dernier. Offrez-vous un tirage unique signé Jean-Baptiste Mondino présenté lors de son exposition au Studio des Acacias en juillet dernier.

Advertising
Plongée dans le théâtre fantastique de Tim Walker
379

Plongée dans le théâtre fantastique de Tim Walker

Numéro art Pour sa plus grande rétrospective à ce jour –présentée jusqu’au 8 mars au Victoria and Albert Museum, à Londres – l’illustre photographe de mode britannique Tim Walker a lui-même orchestré la présentation de son travail, appuyé par une scénographie épatante. Retour sur un fantastique voyage au cœur de l'œuvre de ce maître de l'image, rythmé par ses célèbres mises en scène oniriques, gourmandes voire érotiques, mais également dix séries inédites inspirées par des artefacts issus de la vaste collection du musée. Pour sa plus grande rétrospective à ce jour –présentée jusqu’au 8 mars au Victoria and Albert Museum, à Londres – l’illustre photographe de mode britannique Tim Walker a lui-même orchestré la présentation de son travail, appuyé par une scénographie épatante. Retour sur un fantastique voyage au cœur de l'œuvre de ce maître de l'image, rythmé par ses célèbres mises en scène oniriques, gourmandes voire érotiques, mais également dix séries inédites inspirées par des artefacts issus de la vaste collection du musée.

Paul Pouvreau, le photographe qui transforme les sacs plastique en fleurs
756

Paul Pouvreau, le photographe qui transforme les sacs plastique en fleurs

Art Jusqu’au 18 janvier, la galerie les Douches présente une sélection d'œuvres du photographe français Paul Pouvreau. Parmi elles, sa dernière série “Les invasives” fait écho aux enjeux écologiques contemporains avec des natures mortes surprenantes.  Jusqu’au 18 janvier, la galerie les Douches présente une sélection d'œuvres du photographe français Paul Pouvreau. Parmi elles, sa dernière série “Les invasives” fait écho aux enjeux écologiques contemporains avec des natures mortes surprenantes. 

Portfolio: La sélection de la 10e édition du festival Circulation(s)
832

Portfolio: La sélection de la 10e édition du festival Circulation(s)

Photographie Depuis 2011, le festival Circulation(s) met en avant la jeune création photographique européenne à travers une sélection de talents présentés au Centquatre, dans le 19e arrondissement parisien. Pour l'édition anniversaire de ses dix ans, qui aura lieu du 14 mars au 10 mai, 42 photographes émergents seront à découvrir à travers une sélection de leurs travaux. Depuis 2011, le festival Circulation(s) met en avant la jeune création photographique européenne à travers une sélection de talents présentés au Centquatre, dans le 19e arrondissement parisien. Pour l'édition anniversaire de ses dix ans, qui aura lieu du 14 mars au 10 mai, 42 photographes émergents seront à découvrir à travers une sélection de leurs travaux.

“Screen Tests” : quand Andy Warhol faisait son cinéma
843

“Screen Tests” : quand Andy Warhol faisait son cinéma

Numéro art Portraits filmés par Andy Warhol à la fin de sa carrière, les “Screen Tests” ont saisi les visages de Lou Reed, la chanteuse Nico ou encore Bob Dylan, ainsi que d'autres individus anonymes dans des situations très intimistes. Du 23 janvier au 6 février, ceux-ci sont rassemblés dans une exposition tenue par James Hedges à la GALERIE! de David Giroire, dans le 1er arrondissement de Paris. Portraits filmés par Andy Warhol à la fin de sa carrière, les “Screen Tests” ont saisi les visages de Lou Reed, la chanteuse Nico ou encore Bob Dylan, ainsi que d'autres individus anonymes dans des situations très intimistes. Du 23 janvier au 6 février, ceux-ci sont rassemblés dans une exposition tenue par James Hedges à la GALERIE! de David Giroire, dans le 1er arrondissement de Paris.



Advertising