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Benjamin Millepied quitte l’Opéra de Paris

 

Alors que Benjamin Millepied vient d’annoncer son départ de l’Opéra de Paris, retour sur notre interview où le célèbre chorégraphe confiait sa vision très personnelle de la danse.

Benjamin Millepied par Pierre Even.

Vidéo réalisée par et avec Benjamin Millepied, pour la Fondation Galeries Lafayette.

Produite et crée par Amélie Couillaud et Dimitri Chamblas

© Casoar/Fondation Galeries Lafayette 2015

Numéro : L’école française de danse n’est-elle pas fondée sur une élégance qui donne peut-être une distance, met en retrait la personnalité du danseur ?

Benjamin Millepied : C’est le cas, mais il existe de grands interprètes français tels que Nicolas Le Riche, qui m’a marqué par son mélange de liberté et de technique. Ce n’était pas quelqu’un qui dansait dans une cage. Manuel Legris, aussi, ne dansait pas dans une forme cloisonnée. Il donnait beaucoup d’énergie… On a envie de voir une danse libre. L’élégance est importante, certes, mais elle n’implique pas nécessairement une distance. On a envie que la danse semble improvisée et non exécutée.

 

Cette liberté de mouvements, de formes, de langages, est-ce quelque chose que vous cultivez avec le L.A. Dance Project ?

Tout à fait. La première chose, c’est de donner confiance aux danseurs pour qu’ils osent s’exprimer et qu’ils découvrent ce qu’ils ont de spécifique. Dès qu’ils commencent à avoir cette confiance, c’est magnifique. On voit rarement des interprètes si jeunes dotés d’une telle aisance. C’est parce qu’ils travaillent en petits groupes avec des chorégraphes de qualité. Tout cela fait qu’ils avancent continuellement.

 

Pourquoi mêlez-vous, avec le LADP, des pièces conçues par des chorégraphes connus, tels que Sidi Larbi Cherkaoui, avec celles de jeunes inconnus ?

Car j’adore découvrir des talents, qu’ils soient connus ou inconnus m’importe peu. Cette curiosité s’applique aux danseurs comme aux chorégraphes.

 

Daphnis et Chloé, par Benjamin Millepied, décor de Daniel Buren

Vous aimez donner leur chance pour des premiers rôles à des jeunes danseurs…

Les danseurs, il faut les pousser au bon moment. Je n’avais pas l’intention de bousculer les grades ou de briser la tradition, il s’agit simplement d’être juste. Faire son premier grand rôle à 24 ans, comme Léonore Baulac, il faut que ce soit possible. Tout cela n’a rien à voir avec la hiérarchie, avec la vitesse à laquelle on monte. Il y a des moments à ne pas rater, ces moments où on commence à exprimer des choses, où on peut les assumer, c’est ce qui fait qu’on crée des personnalités de danseurs forts. Attendre qu’ils aient 34 ans et les jeter dans un rôle avec une pression énorme, cela ne me paraît pas opportun. Il faut les accompagner tout le temps, et les habituer tôt à tenir des rôles importants. J’en suis convaincu. Sinon, on se démotive. Ce doit être organique, naturel.

 

Avec votre compagnie LADP, vous avez développé un programme de vidéos. La vidéo est-elle un accompagnement naturel de la danse ?

Absolument. Dans le cadre du LADP, j’avais collaboré en 2012 avec le réalisateur Alejandro González Iñárritu pour la vidéo Naran Ja. Ce court-métrage a touché un public qui n’est pas celui des théâtres. Comme l’a fait le film Black Swan. Ces collaborations, c’est ce qui m’intéresse vraiment.

 

Vous avez également lancé une marque de vêtements liée à votre compagnie. S’agit-il pour vous de trouver un nouveau levier de branding ou de financement ?

Alex Israel a créé un teddy pour le LADP, et Barbara Kruger a réalisé un tee-shirt qui prolonge le décor qu’elle a conçu pour nous. J’ai envie d’explorer la façon dont une institution culturelle peut développer sa marque ; nous allons donc imaginer de nouveaux vêtements. C’est une piste intéressante quant au financement d’une institution culturelle, en Amérique, au xxie siècle. L’idée de départ est simplement celle-là, et je pense que nous pouvons y parvenir.

 

Propos recueillis par Delphine Roche

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