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Jonathan Anderson, directeur artistique de Loewe à l'ascension fulgurante

 

Interview exclusive du créateur Jonathan Anderson, fondateur de JW Anderson et directeur artistique de Loewe.

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Séducteur et très talentueux, Jonathan Anderson a pensé un temps embrasser une carrière d’acteur… Aujourd’hui directeur artistique de Loewe, le bel Irlandais exprime avec force et détermination sa vision du branding et de la création. Rencontre.

Numéro : vous avez connu une ascension fulgurante, votre ego a-t-il explosé ou parvenez-vous à garder les pieds sur terre ?

 

Jonathan Anderson : Je me dis qu’après tout, il ne s’agit que de mode. Et parfois le succès arrive si vite qu’on n’a pas le temps de s’en rendre compte. J’ai compris soudain que j’étais responsable de deux équipes créatives, celle de ma propre marque et celle de Loewe. La réalité du travail quotidien aide cependant à garder les pieds sur terre. On dit que tout est allé très vite pour moi, mais j’ai créé ma première collection de prêt-à-porter masculin il y a bientôt neuf ans, j’ai donc travaillé sans relâche depuis presque une décennie. En réalité, j’ai eu beaucoup de chance que LVMH ait souhaité investir dans ma marque, ait pris ce risque en m’offrant le poste de directeur créatif de Loewe. Tous les designers veulent marquer leur temps, je ne fais pas exception à la règle. Je veux être capable d’apporter ma contribution à une industrie qui, aujourd’hui, va à la vitesse d’une formule 1. La chute peut être aussi rapide que l’ascension. Le monde dans lequel j’évolue est totalement différent de ce qu’il était il y a une dizaine d’années.

 

Êtes-vous proche des créateurs britanniques ? Avez-vous perçu une jalousie de leur part à votre égard ? 

 

Pour être honnête, je n’ai jamais été proche des designers britanniques. Je pense que, parfois, dans la mode il vaut mieux s’isoler. Je n’ai aucune envie de parler chiffons le soir, après ma journée de travail. J’ai donc tendance à séparer ma vie privée de ma vie professionnelle. Le soir et le week-end, je ne veux plus entendre parler de vêtements.

 

Comment occupez-vous donc vos week-ends ?

 

Je ne sais pas… Je finis généralement par faire le ménage.

 

Vraiment ? Vous faites le ménage vous-même ?

 

Je le faisais encore récemment… Je nourris depuis peu des passions pour la céramique, le jardinage ou la décoration. Ces obsessions prennent de l’ampleur jusqu’à ce que j’aie fait le tour du sujet et fini, en général, par acheter quelque chose dans une galerie. Et le week-end suivant, je suis pris d’une nouvelle obsession. On peut dire que c’est ma méthode pour ne plus penser à la mode. Ou y penser moins.

 

Vous avez déclaré plusieurs fois vouloir prendre modèle sur Tom Ford et Hedi Slimane, qui, au-delà de la stricte création, ont révolutionné le marketing et le branding de l’industrie. En quoi vous inspirent-ils ?

 

Il est inévitable que les figures tutélaires de l’époque dans laquelle vous grandissez aient un impact sur vous. Dans ma jeunesse, Tom Ford était omniprésent. Sa conception du branding m’a énormément influencé. Hedi Slimane, lui,était une figure majeure lorsque j’étais étudiant. Sa contribution au prêt-à-porter masculin a eu une influence considérable qui s’est même étendue au prêt-à-porter féminin. Il a imposé le règne du jean skinny. En ce qui me concerne, j’ai toujours été clair : je ne me considère pas comme un designer, mais comme un directeur de création. Lorsqu’on dirige deux marques, il est simplement impossible de dessiner dix collections par an en s’enfermant seul dans une pièce. Je préfère être impliqué dans l’image de la marque, dans le développement des boutiques, dans toutes les décisions qui concernent la publicité. C’est beaucoup plus excitant. J’adorerais avoir le talent de designer de M. Alaïa, mais je ne le posséderai jamais.

 

Retrouvez cette interview dans son intégralité dans le Numéro 163, disponible actuellement en kiosque et sur iPad.

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Propros recueillis par Delphine Roche

Portrait de Jonathan Anderson par Eric Nehr

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